‹ Topographie historique du vieux ParisChapitre 54 sur 202 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'abbaye Saint-Germain-des-Près fut fondée par le roi Childebert, fils et suc-

cesseur du grand Clovis. Grégoire de Tours rapporte que, Fan 549, Childebert

et son frère Clotaire, qui assiégcaient Saragosse, ayant élé témoins de la vénération que les habitants de cette ville montraient pour l'étole de saint Vincent demeurée en leur possession, renoncèrent à s'emparer de la place, dans la crainte d'encourir la réprobation du saint W. Plus explicite, l'auteur des Gesta regum Francorum, qui écrivait au commencement du vif siècle, et qui relate les mêmes faits en termes presque identiques, ajoute que Childebert réclama le don de l'étole. L'ayant obtenue, il fit élever, à son retour à Paris, une église en l'honneur du bienheureux martyr : « Childebertus vero, Parisius veniens, ecelesiam in honore «B. Vincentii martyris ædificavit ®). » Acquise de cette façon ou de toute autre, la relique de saint Vincent détermina le vocable de la nouvelle basilique, qui reçut, en outre, celui de Sainte-Croix, à cause, dit Gislemar, d’une croix d'or que Childebert rapporta pareillement d'Espagne F, et qui passait pour un ouvrage de Salomon. Fortunat, dans sa Vie de saint Germain, raconte un miracle que ce prélat aurait accompli en se rendant à la basilique de Sainte-Croix ), et Grégoire de Tours mentionne plusieurs fois la basilique de Saint-Vincent, où saint Germain avait reçu la sépulture 6)

La grande dévotion des Parisiens envers saint Germain, leur évêque, et la présence de sa tombe dans un oratoire contigu à l'église, amenèrent promptement la substitution du vocable de Saint-Germain à ceux de Saint-Vincent et de

Sainte-Croix. En 615, on disait déjà la basilique de l'évèque Germain Ü; en © Greg. Tur. lib. I, cap. xux. ap. D. Bou- suit.» (Vita S. Droctovei, ap. Act. SS. ord. S. Bened. quet, LIT, p. 199. ‘t I, p. 240.)

D. Bouquet, £ Il, p. 558 G ® «Cum ad basilicam Beatæ Crucis vir Dei pro-

” «Asportavit crucem auream pretiosis gemmis sredimitam, necnon ex opere Salomonis ut fertur.… rGratia igitur vivilicæ crucis ecelesiam sanctissimi is

emartyris, ubi ipsam cum aliis pretiosissimis monu-

“mentis delegavit, in modum erucis ædificare dispo-

#cederet.» (Vita S. Germani, ibid. LT, p. 240.)

% Lib. IV, cap. xx; lib. VIT, Cap. XXII el XXII, et De Gloria confessorum , cap. xc.

® Childebert avait fait don à saint Germain de la basilique de Saint-Vincent.

690 et 696, la basilique ou monastère des saints Vincent et Germain, et, en 786. le monastère de Saint-Germain seulement 0, On a ensuite désigné habituellement le monastère sous le nom d'abbaye Saint-Germain de Paris, wbbatia Sancti German Parisiensis; enfin, vers la fin du xu° siècle, a prévalu l'appellation de Saint-Germain-des-Prés, motivée par les prairies environnantes ®. On écrivait encore, en 1073, Cœnobium Sanchi Vincentii Sanctique German.

Suivant la prétendue charte de fondation de l'abbaye 5, qui porte la date du 6 décembre 558, c'est à la sollicitation de saint Germain que Childebert entreprit l'érection de la basilique de Saint-Vincent: or, saint Germain n’étant devenu évèque de Paris qu'en 555 ou 556, D. Bouillart O et les auteurs du Gallia christiana ont reporté jusqu'à cette dernière année l'origine du monument; mais l'hypothèse est

invraisemblable pour diverses raisons. Sans invoquer le défaut d'authenticité du

diplôme qui lui sert de base, on peut objecter que les relations de saint Germain et de Childebert sont antérieures à 556; que ce monarque eut avec ses frères, en

556 et 557. des démêlés au milieu desquels il ne put guère songer à bâtir des

>, 1] n'avait

églises, et que, d'ailleurs, ayant acquis les reliques espagnoles en 5 sans doute point attendu quatorze ans avant de construire l'édifice destiné à les

abriter, On connaît en outre ces vers souvent cités de Fortunat :

Hine iter ejus erat, eum limina sancla petebat, Quæ modo pro merilis incolit ille magis.

Antea nam vicibus loca sancta lerebal amatus;

Nunc lamen assidue templa beata tenet P).

Ces vers sont généralement considérés comme se rapportant à léglise Saint-

Vincent; 1 faut donc en conclure que Childebert la visitait fréquemment. et [ [

quil n'en commença point la construction en 556 seulement. Il est sage de croire, avec Adrien de Valois, Jaillot et Guérard, que la fondation de la basilique Saint-Vincent remonte à l'issue de la guerre de la péninsule, c'est-à-dire à 543 où à peu près; il y aurait quelque témérité à préciser davantage.

I y a pareillement doute sur l'année où saint Germain procéda à la dédicace de la basilique, cérémonie que le martyrologe d'Usuard place au 23 décembre,

simultanément avec les funérailles de Childebert ©. La solennité, célébrée avec

Conf. le testament de Bertchram , ap. Pardessus (Dipl. L 1, p. 202), et les chartes transcrites par D. Bouillart, dans ses Preuves, p. v, vr et xu.

L'abbé Lebeuf (6

cile une donation de 811, dans laquelle l'abbaye

. Gocheris, & TT, p. 2)

serait appelée Saint-Germain-le-Neuf; mais, dans san mémoire sur Les trois Saint-Germain de Paris, M. J. Quicherat a combattu cette opinion , que nous

aurons l'occasion de discuter ailleurs.

Nous reproduisons en appendice, d'après D.

Bouillart, le texte de cette charte apocryphe, avec la solide dissertation de M. H. Cocheris. — L. M. r.

@) Hist. de l'Abbaye , P. h.

De horto Ultrogothonis regine, ap. D. Bou-

quet, t. I, p. 510.

® +Décimo calendas januari, Parisius, dedicalio

rbasilicæ S: Crucis et S. Vincentii martyris. et de-

æpositio domni Ghildeberti regis. »

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