RUE DE GRENELLE
La rue de Grenelle à toujours commencé au carrefour de la Croix-Rouge; elle se terminait, comme rue, à la porte de la Tranchée, placée un peu après la rue de la Chaise, et se prolongeait ensuite, sous forme de chemin, par delà le fief de l'abbaye, en passant devant la ferme de Grenelle.
Nous avons dit, en opposition avec Jaillot, que le nom de chemin des Vaches, dans les archives de l'abbaye, est loin d'indiquer toujours la-rue Saint-Dominique; nous allons montrer qu'il s'applique très-fréquemment à la rue de Grenelle.
Dans le second triage de l'arpentage de 1529, lequel est compris entre le Préaux-Cleres et le chemin représenté par la rue Saint-Dominique, cette dernière voie, mainte fois mentionnée, ne l'est jamais par le nom de chemin aux Vaches! Dans le troisième triage, compris entre les rues Saint-Dominique et de Grenelle, on rencontre, au contraire, de continuelles énonciations du chemin aux Vaches: et il en est de mème dans le quatrième triage, où il ne saurait être question de la rue Saint-Dominique, puisque ce quatrième triage est renfermé entre les rues
de Grenelle et de Babylone. I est done incontestable que le chemin aux Vaches,
de l'arpentage, est la rue de Grenelle, séparant le troisième triage du quatrième. Ce fait est, du reste, pleinement confirmé par la rubrique du troisième triage et par plusieurs passages de ce document, où il est parlé de pièces de terre +sur le +chemyn aux Vaches, à l'entrée de la ville,» c’est-à-dire près du carrefour de la Croix-Rouge, «aboutissant d'un bout au chemyn aux Vaches, d'autre bout au «chemyn allant de Sainct Père à Grenelle» (rue Saint-Dominique), ou + aboutissant d’un bout au chemyn aux Vaches, et d'autre bout au chemyn des Treilles » (aussi la rue Saint-Dominique). Nous pouvons encore citer, comme probant au plus haut degré, un titre de 15924, où une maison est dite « faisant le coing de la crue aux Vaches, tenant... à la grande rue du Four,x en d'autres termes, au carrefour de la Croix-Rouge, et un acte de 1585, où l’on fait allusion à «la rue raux Vaches près la Croix Rouge.» Toute confusion avec la rue Saint-Dominique est ici absolument impossible.
D'un autre côté, il appert d'un texte de 154, qui est cité par Jaïllot luimême, et où le chemin aux Vaches est énoncé + autrement dict de la Justice,» que les deux dénominations s'appliquaient à la même voie, et, par suite, si nous élablissons que le chemin de la Justice ne peut être la rue Saint-Dominique, nous aurons prouvé que le chemin des Vaches, dans le texte allégué, est la rue de Gre-
Ce nom s'y rencontre à peine, et se rapporte à une pelite voie de communication perpendiculaire à
la Seine (rue Saint-Jean ou Nicot, au Gros-Caillou).
RUE DE GRENELLE. 181 nelle. Or nous savons parfaitement où s'élevait le gibet ou justice de l'abbaye. Plusieurs vieux plans, gravés où manuscrits, nous on permis de constater avec ioute certitude qu'il était situé à un peu moins de quatre cents mètres de l'axe des Invalides, sur un chemin supprimé lors de l'ouverture de avenue de la Motte-Piquet. La rue Saint-Dominique en était éloignée d'environ cent qualrevingts mètres de plus que la rue de Grenelle; celle-ci méritait done bien mieux d'être regardée comme le chemin de la Justice que la rue Saint-Dominique, qui, en réalité, ne conduisait point au champ de la Justice. Du reste, les documents ne laissent pas de doute sur le fait que le chemin de la Justice partait, non du voisinage de la chapelle Saint-Père, mais du carrefour de la Croix-Rouge, et les passages suivants en font foi: « Maison... rue du Four» (carrefour de la Croix- Rouge), + tenant d'une part à Jehan Pasquier» (dont la maison faisait le coin de Ÿ
« Ginq quartiers !) derrière le Sépulchre, tenant... au chemin allant à la Justice
la rue de Sèvres), «et d'autre part au grand chemin tendant à la Justice » (1594).
«et à l'entrée du boullouer» (le carrefour), «aboutissant d’un bout à la rue du. «Sépulchre» (du Dragon), «et d’aultre bout au petit chemin allant dudiet Sainet « Germain à Sainet Père » (extrémité de la rue des Saints-Pères). « Cinq quartiers + (les mêmes), «lenant d'une part au chemin du Sépulchre, d'autre au chemin e du cimetière aux malades» (rue des Saints-Pères), «aboutissant d’un bout sur la -terre du Sépulchre, et d'autre bout au chemin qui tend de la rue du Four à la
La rue de Grenelle ne lormait done qu'une seule et même voie avec le chemin
de la Justice; mais il faut observer que ce nom lui convenait uniquement dans sa
partie orientale, et avant sa bifurcation en deux routes, dont la seconde , située
au sud de l'autre el passant au pied même des fourches patibulaires, demeurail
le vrai chemin de la Justice. Un autre embranchement, partant de la rue de Grenelle à la hauteur des fourches, l'a fait également dénommer quelquefois «chemin
«du Port» (1529, 1535), et cela dans le voisinage même de la Croix-Rouge.
Le censier de 1355 indique «deux chemins aux Vaches,» el l'un de ces chemins est forcément la rue de Grenelle. On a dit en 1416: +le peut chemin aux « Vaches comme l'on va à Grenelle; ren 1419:+le petit chemin aux Vaches, » et en 1/19 aussi : «le grand chemin des Vaches.» À la même époque, se trouve énoncé «le chemin de la Justice, dit, en certains cas, grant chemyn de la Justice» (1534), ou «chemin tendant à la Justice.» Divers titres offrent des exemples de l'emploi simultané des deux dénominations.
La rue de Grenelle était la voie centrale parmi celles qui conduisaient au territoire de Grenelle, et elle peut ainsi se confondre avec « la voye de Garnelles »
(Il s’agit de la partie méridionale de l'ilot compris entre les rues du Dragon et des Saints-Pères.
du censier de 1395. On l'appelait sûrement «le grand chemin de Garnelles+: en 1hho, et cette locution, ainsi que celle de «chemin de Garnelles, » était fort communément usitée au xvr siècle. Sur un plan de 1670, nous avons lu «chemin - de la Forest,» et, sur un autre de 1674, «rue de la Grande Forest, » à cause du territoire de la grande forêt, placé là où a été bäti depuis l'Hôtel des Invalides. Sur un troisième plan, dressé en 1696, la rue de Grenelle est appelée le petit chemin de Grenelle, par opposition au chemin de la Justice, appelé abusivement
grand chemin de Grenelle.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
JUSTICE
ET CENSIVE DE L'ABBAYE
Pevre maisox sans désignalion (1532), contiguë à celle qui faisait le com du carrelour de la Croix-Rouge. Allain Leclere, qui la possédait, l'augmenta, en 1529, d'une place profonde de onze pieds d'un côté, de dix-sept pieds de l'autre, et large de sept Loises un pied, ce qui mit la maison à l'alignement de celle du coin.
Mason sans désignation (1532), qui appartenait, en 153, au boucher Pierre Tubœuf. I n’en était, du reste, que le troisième possesseur.
Perire musox couverte de chaume, laquelle était en masure vers 1539, el abattue à la fin du siècle.
Mason er Graxp san (1595), qui, en 1628, appartenait à Sébastien Zamet, évêque de Langres, el s'étendait alors, derrière les propriétés suivantes, jusqu'à la rue de la Chaise, sur laquelle elle avait issue. La maison de S. Zamet fut donnée par lui, le h novembre 1651, à Marie-Christine Zamet, femme de Hector Roger de Pardailhan de Gondrin, marquis d'Antin, et, le 28 mai 1657, Marie Zamet la vendit à Louis Foucault de Saint-Germain, maréchal de France, dont la veuve s'en défit, le 23 mars 1661, au profit du conseiller Pierre de Beauvais et de sa femme Claude de Bellier. Appelée, depuis, l'hôtel de Beauvais, la maison fut acquise, le 4 mai 1686 (1, des créanciers de la famille de Beauvais, par la communauté des Petites-Cordelières, qui y demeurèrent jusqu'à l'époque de leur suppression, en 1749. Le terrain de l'hôtel fat encore vendu et morcelé.
Mason ou «Lace» servant de bouverie (1595).
D'après le censier de 1687. Jaillot indique dossiers de l'abbaye, la date du 15 mai 1686, que
le 15 mai 1687, et nous trouvons, dans un des donne aussi Piganiol.