ACTE ni — SCÈNE IV
Il faut que je lui parle absolument. — C'est bien. Pose tout sur la table.
Chandenier pose le flambeau et le portefeuille sur la table.
Ah ! pour n'oublier rien, Laisse-moi ton poignard.
Chandenier ôte le poignard de sa ceinture et obéit, puis il sort sur un signe du cardinal.
LE CARDINAL, jouant avec le poignard et en essayant la pointe sur le bout de son doigt.
Qui sait ? Prudence est mère De sûreté.
Il pose le poignard sur la table.
LE PRISONNIER, qui a tout observé avec terreur, refermant le paravent.
Mon Dieu ! sauvez-moi !
Dès que Chandenier a disparu, le cardinal prend une petite clef à sa ceinture et ouvre le portefeuille, dont le couvercle, garni d'une glace intérieurement, fait miroir en se renversant. Le portefeuille ainsi ouvert fait pupitre. Dans un coin est une écritoire, dans l'autre un pot de rouge avec ses accessoires. Une carte sort à demi du portefeuille. Le cardinal la déroule, l'examine quelques mstants, c'est une carte d'Europe ; puis il se redresse en toussant.
LE CARDINAL, rêvant.
La chimère C'est la santé. J'ai tout, pouvoir, richesse, honneurs, 10 a
Tout, excepté la vie ! Et je sens que je meurs.
Jouant avec le poignard.
Comme j'étais heureux quand j'étais mousquetaire ! Quand j'avais vingt-cinq ans !
Il se lève et se regarde dans la glace.
Je fais peur.
11 met du rouge, — ■ puis il se regarde un moment et retombe dans sa rêverie.
Comment faire Ce mariage ? Il va manquer ! Tous ces affronts Rebuteront le roi. — Eh bien ! nous en prendrons Un autre. — Charles deux, prétendant d'Angleterre ; — Ou l'infant que me fait offrir par le saint-père Jean, roi de Portugal et seigneur de la mer ; — Ou Conti... — Nous verrons. — Ce serait bien amer ! — N'importe ! je suis maître et sur moi tout repose 1
Tylettant la main sur sa poitrine.
— Je souffre !
n tousse.
Travaillons ! Faire une grande chose C'est oublier qu'on doit mourir.
Il déroule la carte et y promène son regard avec une attention profonde.
Plus de revers !
La France en se calmant a calmé l'univers.