PREMIÈRE PARTIE — ACTE I
DON SANXHE.
Mais j'ai pris le baiser.
DOSlA ROSE,
contemplant les papillons qui reviennent aux fleurs.
Comme aux pieds de leur dame ils viennent se poser ! Bon ! les voilà partis, les petits infidèles !
Elle les regarde voler.
Pourquoi donc s'en vont-ils si loin, si haut ? que d'ailes !
Don Sanche survient en arrière doucement et l'embrasse. Elle le repousse.
Avant le mariage, un baiser ! Non. Jamais. Je n'en veux pas.
DON SANCHE
Alors rends-le-moi.
DORA rose, souriant.
Non.
DON SANCHE
Si.
D05ÏA ROSE.
Mais...
Je t'aime !
Ils s'embrassent. Ils viecment s'asseoir sur une tombe. Elle pose la tête sur son épaule. Tous deux, comme en extase, suivent des yeux les papillons.
DON SANCHE
Oh ! la nature immense et douce existe ! Vois- tu, que je t'explique. En hiver, le ciel triste Laisse tomber sur terre un linceul pâle et froid ; Mais, quand avril revient, la fleur naît, le jour croît ; Alors la terre heiueuse au ciel qui la protège Rend en papillons blancs tous ses flocons de neige. Le deuil se change en fête, et tout l'espace est bleu. Et la joie en tremblant s'envole et monte à Dieu. De là ce tourbillon d'ailes qui sort de l'ombre. Dieu sous le ciel sans borne ouvre les cœurs sans nombre Et les emplit d'extase et de rayonnement. Et rien ne le refuse et rien ne le dément. Car tout ce qu'il a fait est bon !
Eh bien ! je t'aime.
DON SANCHE, éperdument.
Rose!
Il l'étreint dans ses bras. Un papillon passe. Dona Rose s'arrache de l'embrassement de don Sanche et court après le papillon.
D05ÎA ROSE.
Ah ! qu'il est beau ! Viens ! prenons-le. Viens !
DON SANCHE
Dieu sème Les grâces du printemps pour égayer tes yeux.
Le papillon se pose sur un buisson.
DORA rose, avançant la main pour le saisir.
Ne faisons pas de bruit.
Le papillon s'envole.
Comme il est ennuyeux !
Il s'en va.
Elle suit le papillon. Don Sanche la suit.
Dans les lys.
Le papillon vole plus loin.
Bon, dans les clématites.
DON SANCHE
Nos âmes ont toujours vécu, toutes petites L'une à côté de l'autre. O ma femme !
Le papillon vole plus loin.
doRa rose.
Il me voit !
Le papillon est sur l'églantine. Elle veut le prendre, elle tend la main, puis la retire vivement.
Oh ! le méchant rosier qui m'a piqué le doigt !
DON sanche.
Ces roses ! cela veut boire du sang des anges !
Le moine en habit de dominicain paraît sous Jes arbres, parmi les tombeaux. Il ne les voit pas. Dona Rose l'aperçoit.
doRa rose.
Ah ! voilà ce vieux moine aux allures étranges. Cet homme me fait peur. Viens-nous-en.
Ils sortent du côté des massifs d'arbres. Le moine avance lentement comme ne voyant rien hors de lui. — Le jour commence à baisser.