PREMIÈRE PARTIE — ACTE I
Vie et mort. Rire une heure et pleurer à jamais 1 L'enfer ! O vision ! Des caves, des sommets ; La braise dans les puits, sur les cimes le soufre. Cratère aux mille dents ! bouche ouverte du gouffre ! Sous l'infini vengeur, l'infini châtié ! Joie est une moitié ; deuil est l'autre moitié. Cela brûle. On entend des cris : mon fils ! ma mère ! Grâce ! et l'on voit tomber en cendre une chimère, L'espérance ; des yeux, des visages s'en vont. Puis reviennent, hagards dans le brasier profond ; Sur les crânes vivants le plomb fondu s'égoutte. Monde spectre. Il torture et souffre ; il a pour voûte Le dessous monstrueux des cimetières noirs. Piqué de points de feu comme le ciel des soirs, Plafond hideux percé de fosses pêle-mêle. D'où tombe dans l'abîme une pluie étemelle D'âmes, roulant au fond des braises, au milieu Du supplice, plus loin que le pardon de Dieu. Nuit, sanglots. Un vent triste, à travers des trouées, Tord les flammes sans cesse aux flammes renouées. L'ardente lave enflée emplit les porches sourds. Et le ciel dit : jamais ! Et l'enfer dit : toujours ! Et tout ce qui sur terre a, par vice ou paresse, Mal usé du temps, fait un faux pas dans l'ivresse. Erré, failli, péché, quiconque chancela.
Ne fût-ce qu'un instant, une minute, est là ! Châtiment ! Précipice ! En douter, impossible. Qu'avons-nous là devant nos yeux ? L'enfer \isible. Son souffle jusqu'à nous vient pestilentiel !
L'âtre de Bélial fait jusqu'en notre ciel. Avec la fumée acre et rouge de la cuve. Monter sa cheminée horrible. Le Vésuve.
L'Etna. Le Stromboli funèbre. Au nord l'Hékla. Mais à quoi donc penser si ce n'est à cela ? Nous avons devant nous, béant sous notre terre, Crachant la flamme et l'ombre et la mort, ce mystère. Nous pouvons nous pencher et regarder dedans. La nuit nous pouvons voir les damnés, les ardents. Rouler en tourbillons comme des étincelles. S'enfuir, et retomber, le feu brûlant leurs ailes. Hélas ! pas de sortie et de fuite. Rentrez. Rentrez dans vos cachots de braise pénétrés. Redevenez les flots du noir chaos de flamme. Au-dessus de vous rit Satan, l'immense infâme ! Ils roulent effrayants, rongés de toutes parts. Tisons vivants, fumée et flamme, affreux, épars. Dans l'immobilité morne des étendues.
Tous les serpents du feu lèchent leurs mains tordues ; L'huile les mord, le plomb les boit, la poix les fond ; Ils ont sur eux l'énorme aveuglement sans fond. Et l'infini farouche, à travers tous ses cribles. Ne laisse rien passer que ces deux mots terribles : Jamais ! Toujours ! — Mon Dieu ! qui donc aura pitié ? Moi ! Je viens sauver Thomme. Oui, l'homme amnistié, J'ai cette obsession. En moi l'amour subUme Crie, et je combattrai l'abîme par l'abîme. Dominique ébaucha, j'achèverai. L'enfer ! Comment faire tomber le couvercle de fer ?