PREMIÈRE PARTIE — ACTE I
LE MOINE
J'ai pour moi le concile De Latran et le pape Innocent trois.
L'ÉVÊQUE
Docile, Tu peux prétendre à tout ; rebelle, à rien. Voyons, Ton erreur peut jeter, fils, de mauvais rayons. Un scliisme en peut sortir. Frappe-toi la poitrine. Dis : J'ai tort.
J'ai raison.
L'ÉVÊQUE
Renonce à ta doctrine, Bruno d*Angers, voulant grandir, se repentit,
LE MOINE
Je ne veux pas grandir, je veux rester petit.
L'ÉVÊQUE
Orgueilleux !
LE MOINE
Non, croyant.
L'ÉVÊQUE
Mais, que préterids-tu faire ?
LE :^IOINE.
J'irai, pieds nus, à Rome, avertir le saint-père.
L'ÉVÊQUE
C'est lui qui ni a donné Tordre de te juger. Chien !
LE MOINE
L'aboiement du chien réveille le berger. Moi, je réveillerai le pape. Il doit m'entendre.
L'ÉVÊQUE, aux assistants, montrant le moine.
Fils, cet homme est féroce.
LE MOINE
Oui, parce qu'il est tendre. Saint Paul a dit : La foi brûle par charité.
L'ÉVÊQUE
Tu te méprends au sens d'un texte mal cité. Sixte quatre, pasteur que le monde révère. Veut l'autel moins farouche et la foi moins sévère. L'indulgence est en lui comme la sainteté. C'est de bonté qu'il veut armer la vérité. L'inquisition tend à s'adoucir. Le pape, Quand il lève la main, bénit plus qu'il ne frappe. A peine on voit encor quelques bûchers fumants.