DEUXIÈME PARTIE — ACTE II
LE MARQUIS
Le péril est urgent !
Le congédiant.
Va.
LE GRAND RABBIN
Je compte sur vous.
LE MARQUIS
Compte sur ton argent.
LE GRAND RABBIN
Nous sera- 1- il permis de venir tout à l'heure. Toute la pauvre foule au désespoir qui pleure. Nous jeter aux genoux de la reine et du roi ?
LE MARQUIS
Oui. Soit. — Mais pour l'instant, va-t'en.
LE GRAND RABBIN
O jour d'effroi!
Si le roi ne nous aide, on va, dans cette ville. Brûler cent vieillards juifs, ici même, à SéviUe ; Et le reste du peuple, hélas ! sera chassé.
LE MARQUIS, pensif.
Oui, pour l'autodafé, dès longtemps annoncé, Tout est prêt.
LE GRAND RABBIN
Est-il vrai que ce soir le roi parte ?
LE MARQUIS
Oui. Pour un jour. Demain il reviendra. La charte De l'ancien roi Tulgas, notre plus vieille loi, Veut que, le lendemain d'un supplice, le roi Passe un jour en prière au cloître avec la reine. Au bourg de Triana.
LE GRAND RABBIN
L'on n'aurait pas la peine De prier pour les morts, si l'on ne tuait pas. Tâchez de nous sauver, monseigneur.
LE MARQUIS
Parle bas.
Et va-t'en.
Le grand rabbin salue jusqu'à terre et sort par la porte de tapisserie qui se referme sur lui.
LE MARQUIS, regardant la porte par où il est sorti. A part.
Ce n'est point ta peau de juif, ni celle De ton peuple, qui fait mon angoisse et mon zèle. Et qui va me pousser à tout risquer. Hélas, Quand de l'autodafé j'entends l'horrible glas. Je frissonne. Don Sanche est dans un monastère, Refusant d'être moine, obstiné, réfractaire. On peut à chaque instant le jeter au bûcher. Je tremble. Ah ! cloître affreux ! il faut l'en arracher ! Comment ?