‹ TorquemadaChapitre 85 sur 176 · DEUXIÈME PARTIE — ACTE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — ACTE II

Hosanna ! la blessure éternelle guérit.

Plus d'enfer. C'est fini. Les douleurs sont taries.

Il regarde le quemadero.

Rubis de la fournaise ! ô braises ! pierreries ! Flambez, tisons ! brûlez, charbons ! feu souverain, Pétille ! luis, bûcher ! prodigieux écrin D'étincelles qui vont devenir des étoiles ! Les âmes, hors des corps comme hors de leurs voiles. S'en vont, et le bonheur sort du bain de tourments l Splendeur ! magnificence ardente ! flamboiements I Satan, mon ennemi, qu'en dis-tu ?

En extase.

Feu ! lavage De toutes les noirceurs par la flamme sauvage ! Transfiguration suprême ! acte de foi ! Nous sommes deux sous l'œil de Dieu, Satan et moi. Deux porte-fourches. Lui, moi. Deux maîtres des flammes, Lui perdant les humains, moi secourant les âmes ; Tous deux bourreaux, faisant par le même moyen' Lui l'enfer, moi le ciel, lui le mal, moi le bien ; Il est dans le cloaque et je suis dans le temple. Et le noir tremblement de l'ombre nous contemple.

Il se retourne vers les suppliciés.

Ah ! sans moi, vous étiez perdus, mes bien-aimés ! La piscine de feu vous épure enflammés. Ah ! vous me maudissez pour un instant qui passe, Enfants ! mais tout à l'heure, oui, vous me rendrez grâce Quand vous vendez à quoi vous avez échappé ;

Car, ainsi que Michel archange, j'ai frappé ;

Car les blancs séraphins, penchés au puits de soufre,

Raillent le monstrueux avortement du gouffre ;

Car votre hurlement de haine arrive au jour,

Bégaie, et, stupéfait, s'achève en chant d'amour !

Oh ! comme j'ai souffert de vous voir dans les chambres

De torture, criant, pleurant, tordant vos membres.

Maniés par l'étau d'airain, par le fer chaud !

Vous voilà délivrés ! partez ! Fuyez là-haut !

Entrez au paradis !

Il se penche et semble regarder sous terre.

Non, tu n'auras plus d'âmes !

Il se redresse.

Dieu nous donne l'appui que nous lui demandâmes Et l'homme est hors du gouffre. Allez, allez, allez ! A travers l'ombre ardente et les grands feux ailés. L'évanouissement de la fumée emporte Là-haut l'esprit vivant sauvé de la chair morte ! Tout le vieux crime humain de l'homme est arraché ; L'un avait son erreur, l'autre avait son péché, Faute ou vice, chaque âme avait son monstre en elle Qui rongeait sa lumière et qui mordait son aile ; L'ange expirait en proie au démon. Maintenant Tout brûle, et le partage auguste et rayonnant Se fait devant Jésus dans la clarté des tombes. Dragons, tombez en cendre ; envolez-vous, colombes ! Vous que l'enfer tenait, liberté ! liberté ! Montez de l'ombre au jour. Changez d'éternité !

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