SCÈNE .IX MADAME DE GERMOISE, LE MARQUIS
LE MARQUIS
Madame, cvoyez-moi...
MADAME DE GERMOISE, sans l'écouter, descendant à gauche du canapé.
Et ie l'avais peignée moi-même, savonnée, parfumée' Nous voici dans la chamL.e nuptiale, émue, tremblante... Enfin seuls! Dans notre petite cervelle bouillonnent encore les conseils que votre petite mère vous a donnés. Et au lieu des caresses que nous .ommes en droit d'attendre de sa part, monsieur Bobv reste insensible devant nos charmes ! Il nous dédaicne ' Il bâfre ! Il ronfle! 1 (passant à droite, très émue fEt seule, abandonnée, humiliée, nous en sommes "réduite, pour tâcher d'oublier et de nous consoler, à faire la chasse aux mouches !
Elle éclate en sanglots en tombant sur le siège, près de la table.
LE MARQUIS, gagné par l'émotion.
Elle pleure ! Elle pleure !
MADAME DE GERMOISE.
Pauvre petite ! Tu auras connu les désillusions du mariage à 18 mois.
LE MARQUIS
Madame!...
MADAME DE GERMOISE, l'interrompant.
Moi, du moins, monsieur, j'avais 24 ans!
36 TUTOIE ET JJOBY
LE MARQUIS, à lui— même.
Et c'est Boby qui l'ait pleurer ces jolis yeux-là. (Haut.) .Madame .. Ecoutez-moi !...
MADAME DE GERMOISE.
Non, non, monsieur, tout est rompu ! Je reprends la patte de ma fille I Monsieur votre fils n'est qu'un goinfre et un malotru !
LE MARQUIS, très exalté.
Vous avez raison, madame.
MADAME DE GERMOISE.
A moins qu'il ne soit fini, usé avant l'âge à force d'avoir fait la fêle avec des chiennes-cocottes de chez RJaxim's I
LE MARQUIS
Quelle que soit la cause de sa conduite, ila deshonoré le blason des Pontet-Ganet. Il mérite un châtiment!
MADAME DE GERMOISE, approuvant.
Oh I ça !
LE MARQUIS, avec énergie.
Je vais lui flanquer une de ces raclées I
MADAME DE GERMOISE.
Je vous en prie !
LE MARQUIS
Ahl Tu ne veux rien savoir! Attends un peu!
Il entre vivement à gauche premier plan. MADAME DE GERMOISE.
Si jamais chien a mérité une correction, c'est bien celui-là !
(On entend à la cantonade Boby aboyer furieusement et la
voix du marquis crier :) Tiens, animal ! Tiens, rossard! Ça t'apprendra ! Ah ! tu ne veux rien savoir !
C'est bien fait !
On entend un dernier aboiement plus fort que les autres, puis le marquis apparaît pâle, défait, une paire de pincettes à la main.
MADAME DE GERMOISE, effrayée, se levant.
Ah I mon Dieu !
LE MARQUIS, d'une voix brisée.
J'ai tapé dessus, jusqu'à ce qu'il se taise I
MADAME DE GERMOISE.
Avec des pincettes ?
LE MARQUIS
J'ai saisi la première chose qui m'est tombée sous là main.
MADAME DE GERMOISE, d'une voix brisée, faisant un mouvement pour remonter.
Je vais faire téléphoner au vétérinaire.
LE -MARQUIS
C'est inutile 1 II arriverait trop tard.
Il tombe assis sur le canapé.
MADAME DE GERMOISE, avec effroi.
Mort?
LE MARQUIS
Presque !
MADAME DE GERMOISE, pousse un cri.
Ahl
Elle tombe assise sur la chaise près du petit bureau. LE MARQUIS, d'une voix étranglée.
A chaque coup de pincette, il levait sur moi des yeux étonnés ayant l'air de dire : Eh I quoi, c'est toi? C'est bien toi?... Toi ({ui jetas par la fenêtre la
38 ' ÏOTOTE Kï I50BY
marquise de Pontet-Ganet parce qu'elle refusait de partager sa couche avec un bull-dog trempé et inconnu? (se levant et d'une voix forte.) Mais je ne VOyais
plus ses yeux, je voyais les vôtres, madame, vos beaux yeux mouillésde larmes, et je frappais, je frappais comme un sourd I
MADAME DE CERMOISE.
Et c'est à cause de moi?
LE MARQUIS
L'amour des bêles avait fait place à un autre amour.
Il laisse tomber les pincettes à droite du canapé. MADAME DE CERMOISE, se lovant vivement au bruit.
Monsieur !
LE MARQUIS, allant vers madame de Germoise.
Un amour que je ne soupçonnais pas, qui bouleverse tout une vie, renverse tout sur son passage, ainsi qu'un cyclone.
MADAME DE CERMOISE, passant à gauche.
Monsieur ! monsieur !
Madame ! Je suis membre de la société protectrice' des animaux... j'ai tué mon chien... et je vous aime !
Il tombe à genoux, à droite de madame de Cermoise. MADAME DE CERMOISE.
Vous m'aimez? Vous me connaissez depuis une demi-heure à peine t
LE MARQUIS
Cette demi-heure n'a-t-elle pas suffi pour faire de moi un assassin?