Archives nationales
2. Ainsi on avait expédié à Paris le pêcheur Horne, père de neul enfants, et mis sous les verrous tous ses parents, cousins, cousines et belles-sœurs. On les expédia sous la surveillance de la haute police à Auxerre; puis, comme ils y mouraient de faim, à Bruxelles où ils avaient du moins la ressource de coucher à l'hospice. 11» ne furent autorisés à rentrer chez eux qu'en 1810.
maison. C'est sur ce faible indice qu'il se mit en campagne. 11 apprit, qu'un manœuvre, nommé Saint-AuLin \ domiciliéau hameau de Coppegueule, avait été chargé de reconduire un cheval à l'adresse d'une lettre que Monnier lui avait remise. Cet homme, appelé à comparaître, reconnut avoir mené le cheval « à une belle maison bourgeoise des environs de Gournay : lorsqu'il y était arrivé, un domestique avait conduit la bête à l'écurie et une dame s'était présentée pour recevoir la lettre »; mais il se défendit de connaître le nom de la dame et la situation de la maison.
Manginot résolut de battre le pays en compagnie de Saint-Aubin, et celui-ci, qui n'avait pas l'esprit délié ou qui jouait la bêtise, s'obstinait à ne pouvoir fournir aucun renseignement. Il promena les gendarmes jusqu'à six lieues d'Aumale, et crut d'abord reconnaître le château de Mercatel-sur-Vil- 1ers; pourtant, en examinant les avenues et la disposition des bâtiments, il déclara « qu'il n'était jamais venu là». Même déconvenue à Beaulevrier, et à Mothois ; mais, en approchant de Goi:rnay,j ses souvenirs se précisèrent et il mena Manginot' à une maison du hameau de Saint-Clair qu'il désigna comme étant celle où Monnier l'avait adressé ; même, en entrant dans la cour, il reconnut le domestique auquel, six mois auparavant, il avait remis le cheval : c'était un garçon
i. Procès-verbal des perquisitions opérées par Manginot, en compagnie de Saint-Aubin, aux environs d'Aumale et de Gournay. Archives nationales, F'' 6397.
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d'écurie, nommé Joseph Planchon, que Manginot fit immédiatement arrêter. Puis il commença son enquête.
La maison appartenait à un ancien officier de marine, François-Robert d'Achô^, qui l'iiabitait rarement, étant grand chasseur et préférant le séjour de ses terres, plus giboyeuses, des environs de Neufchâtel-en-Bray. Saint-Clair n'était donc occupé que par M"^ d'Aché, toujours souffrante, sortant à peine de sa chambre, et ses deux filles, Louise et Alexandrine. La mère de d'Aché, presque octogénaire etimpolente, y vivaitégalementdepuis quelques années, ainsi qu'un jeune homme, nommé Gaqueray2, qu'on appelait aussi le chevalier de Lorme, et qui, par affection, s'occupait à faire valoir les terres de M. et de M"" d'Aché, dont un jugement récent avait prononcé la séparation de biens. Caqueray se considérait comme faisant partie de la famille; l'aînée des filles, Louise, lui était fiancée.
Rien n'était moins suspect que cette patriarcale demeure; on y paraissait ignorer la politique, et les révolutions semblaient n'avoir jamais sévi sur ces gens tranquilleset peu fortunés. L'absence seule du
1. « Mairie de Marbeuf, Eure. L'acte de baptême de François- Robert d'Aché, né à Marbeuf, fils de François Placide d'Aché, profession de chevalier {sic) et de Louise-Marguerite Duchesne, a été reçu et enregistré à la paroisse de cette commune le 24 décembre 1158. » Archives de la mairie de Marbeuf.
2. «Commune de Beauvoir-en-Lions du 2 mai 1779, acte de naissance de Jean-Baptiste de Caqueray, Gis de Honoré-CJiarles de Caqueray, maitre et propriétaire de la verrerie des Routieux et de Louise-Angélique-Marie Godart, son épouse. »
Archives nationales, F'' 6397.
chef de cette famille très unie pouvait étonner; mais M"' d'Aché et ses filles expliquèrent que, s'ennuyant à Saint-Clair, il habitait ordinairement Rouen, qu'il cJ^assait beaucoup et qu'il partageait son temps entre des parents fixés aux environs de Gaillon^ et des amis qui habitaient Saint-Germainen-Laye. Elles ignoraient où il se trouvait pour le moment, n'en ayant pas reçu de nouvelles depuis près de deux mois. Mais, en interrogeant les domestiques, Manginot recueillit certains renseignements qui changeaient l'aspect des choses : Lambert, le jardinier, avait été fusillé récemment à Evreux, convaincu d'avoir pris part, avec une bande de chouans, à l'attaque d'une diligence ; le frère de Gaqueray venait d'être exécuté à Rouen pour la même cause; Constant Prévôt, le garçon de ferme, accusé d'avoir tué un gendarme, avait été acquitté ; mais le pauvre homme était mort peu de temps après son retour à Saint-Clair... Manginot avait mis la main sur un nid de chouans, et quand il apprit que le signalement de d'Aché ressemblait singulièremeut à celui du mystérieux Reaumont qu'on avait vu avec Georges à la Poterie, à Aumale et à Feuquiôres, il comprit seulement l'importance de sa découverte; après une rapide perquisition, il prit sur lui de mettre en arrestation tous les habitants de Saint-Clair et expédia à Real un exprès pour l'aviser de l'incident et demander des instructions complémentaires.
Depuis plusieurs années, chaque fois qu'un indi-