Procès de Georges, Pichegru et autres, t. I, p
t!"est là qu'elle conduisit Georges dans la nuit du 17 février. Le lendemain, deux de ses officiers, Burban et Joyaut, vinrent l'y rejoindre ; tous trois vécurent chez la femme Lemoine pendant vingt jours ; ils habitaient la chambre haute, laissant inoccupée la boutique du rez-de-chaussée, où se tenaient en surveillance M"^ Hisay et la petite Lemoine, âgée de quinze ans. Le soir venu, toutes deux montaient à la chambre des proscrits et y passaient la nuit, séparées par un rideau des lits oij dormaient Georges et ses complices. D'ailleurs la fruitière et sa fille ignoraient absolument la qualité de leurs hôtes. M"' Hisay les ayant présentés comme étant trois commerçants inquiétés par leurs créanciers et que le malheur des temps obligeaient à se cacher.
Cet incognito occasionnait des incidents assez piquants : certain jour, la femme Lemoine, revenant du marché oii les commères du quartier avaient disserté sur la conspiration dont tout Paris s'entretenait, dit à ses locataires :
— Oh ! mon Dieu ! vous ne savez pas ? On assure que ce malheureux Georges veut nous faire tous périr: si je savais où il est, je le ferais prendre ^
Une autrefois, la jeune fille apporta la nouvelle que Georges avait quitté Paris, déguisé en aide de camp du Premier Consul. Quelques jours plus tard, comme Georges lui demandait « ce qu'on disait de nouveau » elle répondit :