‹ Tournebut, 1804-1809; d'après des documents inéditsChapitre 44 sur 125 · Archives de la famille de Saint- Victor · texte numérisé non relu

Archives de la famille de Saint- Victor

le château lui-même, dont la façade s'allongeait naguère au bout de solennelles avenues, avait souffert de ses dévastations; ce n'était plus qu'une masure, aux portes battantes, au toit effondré où Acquêt s'était réservé un logement, abandonnant le reste aux ravages des saisons et du temps. Rembuché dans cette ruine comme un fauve dans sa bauge, il ne supportait aucune atteinte à ce qu'il appelait ses droits. M"'' de Combray ayant voulu en 1803, passer le temps des moissons dans ce château oii s'étaient écoulées ses années heureuses, oh. tous ses enfants avaient été élevés, il l'en avait fait expulser par huissier, et la marquise s'était réfugiée au presbytère du village, vendu comme bien national lors de la Révolution, et qu'elle avait racheté de compte à demi avec la commune pour le rendre à son ancienne destination ^. Comme aucun desservant n'avait encore été nommé, elle put s'installer là, tant bien que mal, à la grande colère de son gendre qui considérait cette intrusion comme une bravade.

Deux ans plus tard, M""^ de Combray n'avait pas à Donnay d'autre asile et c'est à ce presbytère, toujours inoccupé, qu'elle amena d'Aché ; ils y arrivèrent le 17 juillet au soir. Il ne pouvait être question, pour le proscrit, d'un long séjour dans cette maison très en évidence et sans cesse exposée à

1. « Celui qui l'avait acheté d'abord voulut s'en défaire et le proposa aux habitants de la commune auxquels il le vendit 3.600 francs et ma mère a foiu'ni la moitié de la somme. » Interrogatoire de Bonnœil. Archives du grefl'e de la Cour d'assises de Rouen.

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l'espionnage haineux d'Acquêt. Il y demeura, cependant quinze jours, ne se cachant pas, chassant meme^ et recevant quelques visites, celle de M""" Acquêt, entre autres, qui vint de Falaise pour voir sa mère et qui rencontra là d'Aché pour la première fois. Au commencement d'août, celui-ci quittait Donnay et M""' de Combray l'accompagna jusqu'au château d'un voisin de campagne, M. Descroisy-, oii il passa une nuit; au petit jour, il s'éloigna à cheval dans la direction de Bayeux. M"^ de Combray seule était dans la confidence du lieu où il se retirait. D'Aché avait danslarégion, le choix de plusieurs asiles. Il était particulièrement lié avec la famille Duquesnay de Montfiquet. qui habitait Mandeville près de Trévières. M. de Montfiquet, gentilhomme d'une grande loyauté, mais parfaitement insignifiant, ayant émigré au début de la Révolution, sa terre de Mandeviîle avait été mise sous séquestre, son château pillé et en partie démoli. M"^ de Monfiquet, femme de tête et d'énergie, restée sans ressources avec ses six filles, s'était réfugiée chez les d'Aché, à Gournay, où elle passa tout le temps de la Terreur^. M""" d'Aché garda même auprès d'elle, pendant cinq ans, une des jeunes filles, Henriette, qui était disgraciée et bossue, mais d'une intelligence remarquable.

1. Interrogatoire de Guillaume, dit ianoë, 4 janvier 1808. Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouen.

2. « — Qui est ce M. Descroissy? — C'est un gentilhomme des environs, fils de M. de Manoury, ancien ami de la maison. » Interrogatoire de Lanoë. M. Descroisy habitait à Les Moutiers-en-Cinglais.

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