est tombé comme une bombe... 11 a passé un mois chez
probable que ce passag-e à Paris et ce séjour chez M™' de Combray étaient motivés par un pressant besoin d'argent : à cette date, d'Aché avait épuisé le crédit ouvert chez le banquier Nourry; croyant la source intarissable, il l'avait exploitée largement ^ ; sadéception fut cruelle quand on l'avisa que son compte était définitivement clos. II se trouvait de nouveau sans argent, et, par une coïncidence qu'il faut bien signaler, tandis qu'il séjournait à Tournebut, en ce mois de novembre 1806, la diligence de Paris à Rouen fut dévalisée au Moulin de Mouflaines-, à quelque cent mètres d'Authevernes où avaient eu lieu les précédentes attaques. Cette fois le butin fut médiocre ; quand d'Aché reprit le chemin de Mandeville, il n'avait que six cents francs pour toute ressource 3.
II dut passer l'hiver dans une oisiveté torturante : nul indice de ses agissements jusqu'en février 1807. Le temps des grands événements était proche, et il était urgentde les annoncer. II s'arrêta à l'idée d'un manifeste qui devait être répandu à profusion dans toute la province, et ne laissa à personne le soin de le rédiger; cette proclamation, faite au nom des princes, stipulait l'amnistie générale, la conservamoi, il y a environ neuf mois; mais ce n'est pas de Donnay qu'il venait, je ne sais d'où. » Interrogatoire de M"" de Combray, 2 août 1807. Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouen.
1. Une grande partie de cet argent avait été envoyée dans les environs de Rouen. Rapport du préfet de la Seine-Inférieure. Archives nationales F^ 8172.
2. Le 30 novembre 1806. Récapitulation des faits qui se lient au procès des dames Combray. Archives nationales, F'' 8170.
3. M™" de Combray affirma lui avoir prêté cette somme. Archives du grelie de la Cour d'assises de Rouen.
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tion des autorités, la modification des impôts et l'abolition de la conscription '. Lanoë, mandé à Mandeville, reçut dix louis et le manuscrit de ce manifeste avec ordre de le faire imprimer aussi secrètement que possible-. Le madré Normand promit, glissa le papier dans la doublure de son habit et, après une tentative infructueuse — et probablement assez molle — auprès d'un apprenti typographe de Falaise, il le remit à Flierlé, avec toutes les recommandations de prudence, mais en y joignant cinq louis seule aient ^. Flierlé s'adressa à un libraire de la Froide-Rue à Caen; celui-ci, après avoir pris connaissance du texte, refusa son concours. Ici se place un incident dont il est difficile de démêler l'importance, qui semble avoir été considérable, cependant, à en juger par le mystère dont il resta entouré. Soit qu'il eût reçu quelque communication urgente d'Angleterre, soit, plutôt, que, dans son
1. Déclarations de M""" Acquêt de Férolles, et rapport du préfet de la Seine-Inférieure, déjà cité.
2. «Au mois de février de Tan dernier, et vers la moitié, M. Deslorières m'écrivit par la poste à Donnaj' et me dit de me rendre où il était parce qu'il voulait me parler. 11 me remit un manifeste pour le faire imprimer : il annonçait aux Français que les anciens princes allaient rentrer; qu'ils conserveraient les autorités, que les propriétés seraient respectées et que chacun eût à se tenir bien paisible chez soi. » Interrogatoire de Guillaume dit Lanoë, 5 février 1808. Archives du greffe de la Cour d'assises de Rouen.
3. «Lanoë me dit qu'ayant été chargé par M. Deslorières de faire imprimer la proclamation, et n'ayant pu trouver d'imprimeur qui voulut le faire, il me priait de voir si je serais plus heureux que lui et qu'il me remettrait les cinq louis que lui avait donnés M. Deslorières. — D. M. Deslorières lui en avait donné dix : ne vous le dit-il pas? — R. 11 ne m'en parla pas. » Interrogatoire de Flierlé, 16 janvier 1808. Archives du greffe d"" 'a Cour d'assises de Rouen.
dénuement, il eût pensé à réclamer l'assistance de ses amis de Tournebiit, d'Aciié expédia en hâte Flierlé à M"^ de Combray et lui remit deux lettres en lui recommandant la plus extrême discrétion Flierlé partit de Caen achevai, le 13 mars au matin. Le lendemain, à l'aube, il arrivait à Rouen, et, tout de suite, il se rendait rue de l'Hôpital, chez une modiste, la dame Lambert, à laquelle était adressé un des billets dont il était porteur. « — Je le lui remis, dit-il, sur son escalier, sans lui parler, parce qu'on m'en avait donné l'ordre, et je partis dans la matinée même pour Tournebat où j'arrivai entre deux et trois heures. Je donnai l'autre lettre à M"^ de Combray qui la jeta au feu après l'avoir lue^. )'
Flierlé coucha au château; le lendemain, Bonnœil le conduisit à Louviers et lui confia là un paquet de lettres à l'adresse de d'Aché. Tous deux se dirigèrent ensemble sur Rouen, et l'Allemand prit, rue de l'Hôpital, « la réponse de la marchande de modes qui la lui remit elle-même sans dire un mot^ » . Puis il poursuivit aussitôt son voyage : le 20 mars, au soir, il était de retour à Mandeville et déposait le précieux courrier entre les mains de d'Aché. A peine celui-ci en eût-il pris connaissance qu'il expédia à David l'ordre d'appareiller son canot et, sans perdre un moment, les lettres venues de Rouen furent portées en mer aux stationnaires