Déposition de Chevalier, aubergiste à Aubigny
ment de l'Orne, et lui dit en clignant de l'œil sur la caisse que les commis du roulage hissaient dans le chariot :
— Si nous en avions chacun dix fois autant, notre fortune serait faite*.
Le dimanche 7, il attela à quatre heures du matin; en raison du supplément de charge, on lui avait imposé un quatrième cheval; trois gendarmes étaient commandés pour l'accompagner. On fit assez lentement les cinq lieues qui séparent Argentan de Falaise oii l'on arriva vers dix heures et demie. Gousset s'arrêta chez Bertami, au « Cheval noir^ », oii les gendarmes le quittèrent; il y dîna et, comme la chaleur était forte, il s'y reposa jusqu'à trois heures de l'après-midi; le chariot, pendant l'étape, resta devant la porte de l'auherge, sans surveillance. On remarqua que les chevaux demeurèrent attelés trois heures d'avance et l'on en conclut que Gousset désirait n'arriver qu'à la nuit à Langannerie, lieu de la couchée.
De fait, il prit son temps. A trois heures un quart seulement, il se mit en chemin, sans escorte cette fois, tous les hommes de la brigade de Falaise étant employés aux opérations du recrutement qui avaient lieu ce jour-là. Par hasard, à la sortie de la ville, il rencontra Vinchon, gendarme de la brigade de Langannerie, qui, accompagné de son neveu, jeune garçon de dix-sept ans. nommé Antoine Morin, regagnait à pied sa résidence. Ils en-
1. Déposition du sieur Lapej'rière. Archives nationales, F- 8172.
2. Interrogatoire de Jean Gousset. Arctiives nationales, F^ 8172.
L AFFAIRE DU QUESiNAY 147
gagèrent la conversation avec le roiilier, qui marchait à la gauche de sa voiture, et firent la route avec lui. Ces corapagons de rencontre n'étaient pas pressés ; Gousset ne paraissait pas, lui non plus, avoir hâte d'arriver. Aux dernières maisons du faubourg, il offrit une tournée de cidre ; après quelques cents mètres, le gendarme rendit la politesse et on s'arrêta devant le cabaret du « Sauvage )).Une lieue plus loin, nouvelle halte à la « Vieille cave' ». Là, Gousset proposa une partie de quilles que le gendarme et Morin acceptèrent. Il était près de sept heures du soir lorsqu'on passa à Potigny. La journée était magnifique et le soleil encore haut sur l'horizon ; comme on savait ne plus rencontrer d'auberge avant l'étape, on fit là une quatrième station. Enfin Gousset et ses compagnons se remirent en marche : en une heure ils pouvaient maintenant atteindre Langannerie, où le charriot devait s'arrêter pour la nuit.
La veille au soir, M"^ Acquêt de Férolles, en rentrant à Falaise avec le notaire Lefebvre, s'était couchée plus malade de fatigue que d'ivresse ; pourtant, dès l'aube, elle avait regagné Donnay, dans la crainte que son absence n'y éveillât des soupçons ; ce dimanche 7 juin était, en effet, le jour de la Fête- Dieu, et elle devait s'occuper, comme elle le faisait chaque année, de l'ornementation des reposoirs.
Lanoë, arrivé la veille au soir de sa ferme de Glatigny, travailla toute la matinée à tendre des