Archives nationales. F
le cheval dans le vague espoir que la présence de ce « ténipin muet » amènerait quelque révélation : môme Licqiiet prit le soin de lui couper quelques poils qu'il fit passer, précieusement empaquetés, à M"^" de Gombray, lui laissant croire que cet envoi provenait du fidèle Delaitre auquel elle avait confié le soin de faire disparaître l'animal compromettant. Le soir môme, la marquise rassurée, adressait au notaire ce billet :
Vous voyez que mon commissionnaire est d'expédition. J'en reçois par occasion sûre une lettre. Il a été chez la femme Lanoë, a trouvé le cheval, a monté dessus, a fait cinq à six lieues, Ta tué et a emporté la peau. Il m'en envoie les crins dont je partage avec vous moitié pour vous faire voir la vérité ; ainsi soyez sans inquiétude. Je vais écrire à Soyer pour qu'il dise qu'il a vendu le cheval 350 livres à l'époque de la Guibray, à un marchand.
Dans sa joie d'ôtre délivrée de son cauchemar, la prisonnière écrivait le même jour à Colas, son valet d'écurie, écroué, lui aussi, à la Conciergerie :
Ne t'ennuie pas; as-tu besoin d'argent? Je te ferai passer douze francs. Le maudit cheval : il m'en a envoyé du poil. Je t'en fais tenir pour que tu le reconnaisses ; brûle ce billet.
Et à sa femme de chambre, Catherine Querey :
Le cheval est tué : mon commissionnaire a pris la peau et l'a brûlée. Si on vous interroge sur un cheval qui a manqué, vous direz qu'on l'a vendu... Ma maudite fille me donne bien du mal.
Ainsi finit l'histoire du cheval jaune : il termina
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sa mystérieuse odyssée dans les écuries du préfet Savoye-Rollin où Licquet venait souvent le visiter, comme s'il eût pu lui arracher son secret, dar il luirestait un doute : la phrase de Real le poursuivait : Si ce cheval lï avait servi quà la fuite de ili™^ Acquêt^ on ne conseillerait pas V étrange précaution de lui faire faire unvoyage de douze lieues^ de le tuer et de le dépouiller sur-le-champ. Aujourd'hui même qu'on peut aisément pénétrer les dessous de l'intrigue, il reste là une sorte d'énigme. Le cheval n'avait pas servi à M""' Acquêt, puisque nous savons que, depuis le vol du 7 juin, elle n'avait point quitté la région de Falaise : le notaire Lefebvre l'avait monté, il est vrai, pour revenir de Tournebut ; mais était-ce une circonstance à dissimuler avec tant de soin? Pourquoi la marquise, dans ses lettres confidentielles, insiste-t-elle à ce point? — Dites que le notaire est rentré chez lui à pied, est une jphrase qu'on retrouve à chacun de ses billets ; puisqu'on ne faisait pas mystère du voyage, la façon dont il s'était effectué n'était-elle pas indifférente ?
Il resta donc là une part d'inconnu et Licquet ne s'en consola pas : ses ruses n'avaient amené aucun résultat ; d'Aché restait introuvable. M""" Acquêt avait disparu; son signalement avait été vainement adressé à toutes les brigades de gendarmerie*. Manginot, désespérant de réussir, renonçait à la poursuivre, et Savoye-Rollin lui-même « était dé-
1. Le préfet du Calvados à Real. Archives nationales, V 8172.
terminé à tout suspendre ^». Telle était la situation dans les derniers jours de septembre; il était bien probable que le vol du Quesnay et le grand complot dont il semblait être l'une des péripéties iraient rejoindre, dans les cartons des affaires à classer, toutes les tentatives du même genre dont la police de Fouché renonçait à rechercher les auteurs insaisissables, lorsqu'un incident inattendu réveilla la verve de Licquet et lui suggéra l'idée d'une nouvelle machination.
1. « Au moment de fermer cette lettre arrivent les principaux agents que j'avais envoyés chez Lanoë. Le compte rendu qu'ils me font me fait renoncer à envoyer de nouveau à Falaise où l'on ne peut plus espérer de trouver M™' Acquêt. M. Savoye-Rollin vous fera connaître les motifs qui l'ont déterminé à tout suspendre. »
Lettre de Licquet à Real, 21 septembre 1807. Archives nationales, F7 8112.