‹ Tournebut, 1804-1809Chapitre 4 sur 115 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

« — Et pour manger?... dit la servante.»

Le jardinier expliqua qu'il descendait constamment au château, avec sa charrette, et que la cuisinière aurait toute facilité pour faire ses emplettes à Aubevoye. — Quant à ma mère, Mmede Combray, pensant bien que cette ascension à travers bois lui serait trop pénible, devait envoyer un âne, qui nous servirait de monture, quand nous irions au château, l'après-midi, en visite, ou, le soir, pour y souper.

Au premier étage, deux chambres séparées par une cloison — une pour ma mère et moi, l'autre pour la servante — ne recevaient du jour que par les meurtrières. — C'était sinistre et glacial...

« — Et ça, s'écria ma mère, c'est la prison! »

Le jardinier fit observer qu'on n'était là que pour dormir, et, ma mère s'apprêtant à monter au deuxième étage, il l'arrêta, lui montrant les marches qui y conduisaient, disjointes ou absentes.— « Cet étage était abandonné : la plateforme au dessus était en très mauvais état, l'escalier impraticable et dangereux jusque-là; Mme de Combray nous invitait formellement à ne jamais dépasser le palier du premier, de peur de quelque accident. »

VIII TOURNUBUT

Après quoi, le jardinier alla chercher nos bagages.

Ma mère alors donna cours à sa mauvaise humeur. C'était une dérision de nous loger dans ce grenier à rats 1 Elle ne panait de rien moins que de repartir à l'instant pour Paris. Mais notre servante était si heureuse de n'avoir plus à redouter la police : ...j'avais pris tant de plaisir, dans le bois, à cueillir des fleurs et à courir après les papillons ; ma mère elle-même se trouvait si bien de ce grand calme, de ce grand silence, que la décision fut remise au lendemain. — Et, le lendemain, on renonça au départ !

Notre vie là, pendant deux mois, ne fut troublée par aucun incident. On était aux plus longs jours de l'année ; une fois par semaine on nous invitait à souper au château, et nous revenions la nuit par les bois, en pleine sécurité. Dans l'aprèsmidi, manière allait parfois rendre visite à Mme de Combray et la trouvait toujours occupée à jouer aux cartes ou au trictrac avec des amis de séjour ou de passage ; mais, le plus souvent, avec un gros homme , son notaire. Aucune existence n'était plus paisible, plus bourgeoise que celle-là. Encore que l'on parlât politique librement, — mais avec plus de mesure que ma mère, —

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