Archives nationales, F
MADAME ACQUET 265
suivre bientôt Lanoë, Vannier, Placène et les Buquet, sauf Joseph, qu'on n'avait pas revu. Mais, avant de reprendre le chemin de Rouen, Licquet voulut présenter ses devoirs au comte Caffarelli, préfet du Calvados, sur les terres duquel il venait de chasser. Celui-ci ne cachait pas son mécontentement et jugeait singulier qu'on disposât de sa police et de ses gendarmes pour procéder à des enquêtes et à des arrestations dont on négligeait même de ,1'informer. Licquet assure qu'après « lui avoir fait grise mine, Caffarelli rit aux larmes » au récit des histoires du faux patron Delaitre et du faux inspecteur des droits réunis. Il est possible que l'anecdote fût bien contée ; mais le préfet du Calvados n'en estimait pas moins le procédé sans façon : il devait le témoigner un peu plus tard avec quelque crânerie. Du reste Licquet ne s'y trompa point; lui-même écrivait, à son retour de Caen : « Me voilà brouillé avec le préfet du Calvados1. »
Il s'en souciait peu, d'ailleurs; on avait tacitement arrêté que le vol du Quesnay serait jugé à Rouen par une cour spéciale, et c'était là que se concentraient tous les éléments du procès. Licquet en était devenu l'ordonnateur et le metteur en scène; à la fin de 1807 il gardait, sous les verrous, trente-huit prévenus2, hommes ou femmes, qu'il ne cessait d'interroger, de tenir en haleine de confronter... Mais il ne se déclarait pas satisfait : l'absence