Malvezin, Histoire du ie de Bordeaux, t. Il, p
4, Cité par Weulersse, op. cit., , p. 429.
Après 1748, le relâchement s’accrut et se manifesta de plusieurs façons. L'intendant ne pouvait se résoudre à imposer le même traitement à tous les cantons de sa généralité. La prohibition ne pouvait s'appliquer au Périgord, par exemple, à eause de la nature des terrains. Dès 1745, quand un de ses commissaires lui proposa de faire respecter la règle par les viticulteurs du Périgord, Tourny s’empressa de répondre : « Je veux d’autant moins qu'elle y soit répandue que l'élection de Périgueux est ce.le où je compte, pour bien des raisons, avoir plus de tolérance sur les nouvelles plantations de vignes 1. » I] ne marchanda pas aux Périgourdins les autorisations de planter, surtout quand il s'agissait d'établir des vignobles-à flanc de coteau, où « presque toutes les vignes étant sur des rochers dont la terre s’emporte par la rapidité des pentes dans les orages, n’y durent communément que 14 à 15 ans..., au moyen de quoi, on ne peut se dispenser de donner de temps en temps des permissions pour de nouvelles plantations ?. » Le résultat fut tel qu'on le pouvait attendre. À la fin de l’intendance de Tourny, le vignoble du Périgord et du Sarladais se trouvait fortement accrü.
.. Dans les autres cantons de la généralité, à commencer par le Bordelais, l'administration de Tourny témoigna de plus de rigueur. Encore en 1753, l’intendant prend une ordonnance contre les abus qui se commettent dans le Blayais. Le marquis réitère ses menaces, mais d'autre part, il craint d’être trop sévère. Dès 1745, il avait rassuré le maréchal due de Biron sur la portée des
sanctions à prendre. Après avoir prononcé quelques condam-
nations en 1748, après avoir décrété d’arrachement certaines vignes des Dominicains, plantées par infraction aux règles 5, voilà
1. A. D., Gir., C 1340, 4 août 1745, minute autographe de Tourny, sur la lettre d’un certain Eston de Bourdeilles, qui lui avait fait part d’un projet de lettre circulaire à envoyer dans toutes les paroisses de l'élection.
R. À. D., Gir., GC 1346, 6 juin 1756, lettre de Tournyÿ au contrôleur général.
3. A. D., Gir., G 1345, 15 septembre 1753, ordonnance de Tourny.
4. Voir, à ce sujet, la lettre adressée par Tourny au duc de Biron, A. D., Gir., C 1340, 27 novembre 1745, déjà citée.
9. Pour les quelques mesures de rigueur prises par Tourny, voir les liasses C 1340 et CG 1341 aux Archives de la Gironde. Un arrêt du 2 novembre 1751 ordonne l’exécution d’une ordonnance de Tourny du 16 mars 1751, qui condamne les Dominicains de Bordeaux à faire arracher des vignes plantées sans permission, A. N., H 1553 2? novembre 1751.
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l’intendant pris de remords. Les religieux devaient payer une amende; le Conseil l'avait réduite de moitié. Tourny, qui avait prononcé la condamnation, ne voulut pas se montrer plus avare de ses grâces. Il arrangea l'affaire avec d'Ormesson, à qui il écrivit : « J’eus lieu alors d'imaginer que le Conseil avait envie, ainsi que moi, que cette condamnation fit du bruit dans le public et causät à ces religieux plus de peur que de mal... Aujourd'hui, il me paraît qu'il est temps de ne les plus tenir dans une crainte qui, en leur présentant la punition sans cesse prête à s’exécuter, a presque formé sur eux l'équivalent de la réalité, En conséquence, conclut le marquis, si vous voulez bien m'y autoriser, je leur annoncerai qu'en ne retombant plus par eux dans pareille faute, le Conseil a la bonté de leur faire grâce de celle-là 1. »
Inutile de dire que les Dominicains obtinrent une absolution complète. D'ailleurs, leur grâce ne fit point de jaloux, car-beaucoup d’autres particuliers furent appelés à bénéficier de la même indulgence. Les condamnations finirent par être de moins en moins nombreuses, tandis que les autorisations le devinrent de plus en plus ?. Ainsi le règlement de prohibition devenait parfaitement illusoire; ïl servait tout juste à l’intendant comme moyen de contrô e pour déterminer l'étendue des vignobles nouvellement plantés. En 1756, la clémence de Tourny avait achevé son œuvre et la fraude avait accompli la sienne de son côté. Les vignobles nouveaux semblaient sortir de terre; et l’intendant pouvait écrire, non pas seulement pour le Périgord, mais pour toute sa généralité : « Il y a plus de vignes partout actuellement qu’en 17313. » C’est à cette même conclusion qu’aboutissent de nos jours les économistes quand ils étudient la culture de la vigne en Guienne, pour la période comprise entre 1749 et 1756%.
1. A. D., Gir., C 1345, 7 décembre 1753, lettre de Tourny à d’'Ormesson et documents non classés, Jacobins, carton 20.
2. Les ministres, le Conseil sollicitaient des autorisations pour leurs protégés. Comme exemple, une dépêche du Secrétariat de la Maison du roi à Tourny, datée du 13 février 1750, A. N., O! 446. Saint-Florentin recommande à l’intendant de Bordeaux le marquis de Gudans qui commande à Foix et qui possède qüelques vignes dans le Bordelais.
3. A. D., Gir., C 1346, 6 juin 1756, lettre de Tourny au contrôleur général.
4, J. Benzacar, Les règles économiques de l'administration d'Aubert de Tourny, p. 35.
IIL — L'Encouragement des Cultures indigènes.
Tourny avait paru fort malheureux, en arrivant à Bordeaux, “de trouver une généralité sans grains et sans légumes, sans belles pêches et sans beaux abricots, sans les belles et bonnes pommes normandes!. Il avait essayé de réagir contre ces insuffisances non seulement en limitant le vignoble par des mesures administratives, mais encore en menant, de son chef, une véritable campagne de propagande pour développer le labourage, le pâturage et les ‘plantations d'arbres fruitiers. S’étant aperçu que les sols de Guienne répugnaient par trop à la culture du blé, il s’en remit au port de Bordeaux pour ravitailler sa généralité en grains et il se préoccupa plutôt de féconder les sols trop pauvres et de-faire prospérer les cultures particulières à la province.
Il s’intéressa peut-être à l'étude des engrais; en tout cas, 1] assura de sa protection tel auteur de mémoire qui prétendait « avoir le secret d’une composition pour procurer aux terres une fertilité beaucoup plus considérable que celle qui résulte des cultures ordinaires 2 » |
L'intendant provoqua encore une enquête sur un mémoire concernant les pruniers, à l’effet de savoir si les espèces dont la culture lui était recommandée, les pruniers «€ Roi » et « Robe de Sergent » donnaient un meilleur rendement que les « Saint Antonin » qui étaient les plus répandus, et pour rechercher en outre si les espèces importées s’accommoderaient aisément du climat et du sol aquilain Ÿ. |
Pour les chanvres, si utiles aux toileries et aux corderies du Condomois, de l'Agenais et du Périgord, Tourny eut encore des attentions particulières. Il prit une ordonnance, en 1745, pour qu’ils fussent mieux brayés#; il distribua des primes à ceux qui en faisaient prospérer la culture, et il se montra heureux de proclamer la supériorité des chanvres de Guienne sur ceux de Bretagne,