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VII. — Le Gravier d'Agen

Agen, qui se posait volontiers en rivale de Bordeaux, se trouvait gênée dans son développement par une enceinte fortifiée flanquée de tours et bordée de fossés que les eaux de la Masse alimentaient à l'ouest et que celles de la Garonne remplissaient au sud. Le chemin de Bordeaux se frayait malaisément un passage par la porte de Saint-Georges, impossible à dégager, à cause de la proximité du coteau5.. Agen n'avait pour « tout dehors » que les quelques centaines de toises de son « Gravier », promenade

1. À. C., Libourne, BB 28, 20 mars 1756, délibération de Jurade.

2: Voir l’article intitulé Vieux Libourne, sans nom d'auteur, dans la Revue libournaise W1900 t LE Yp:"a1:

3. On trouve dans la liasse C 939 aux Archives de la Gironde un mémoire rédigé en vue de la construction à Libourne d’une porte du nom de Tourny. Pour le des: gement des portes existantes et pour l'aménagement du port, voir aux Archives de Libourne, dans les registres B B 26 et BB 27, la délibération du 17 août 1751, relalive au Priourat, et celle du 19 novembre 1753 relative au port.

4. Voir le compte rendu de la visite de Duquesne dans le procès-verbal de délibération du 17 mai 1756, A. C., Libourne, B B 28.

D. GQf. Lauzun, Les enceintes successives de la ville d'Agen, dans la Revue de lAge-

nais, 1894, p. 218. Voir aussi, du même auteur, Les souvenirs du vieil Agen, Agen 1913,

plantée, située en bordure de la Garonne, constamment menacée par les débordements du fleuve, condamnée même par certains ingénieurs qui voulaient arracher ses ormeaux!, d’ailleurs assez peu séduisante par les rigoles et les égouts qui la traversaient?, et parfaitement inutile pour la voirie, à cause de son isolement.

Du temps de Tourny, les gens d'Agen, déjà très fiers de leur Gravier, se préoccupaient de le préserver de toute atteinte, mais ils étaient moins portés à le développer où à l’aménager qu’à tenir en état les murs de la ville et les établissements publics, comme la mairie, la Maison du roi et le manège. C’est pour entretenir ces édifices que la Cowmunauté demandait à Tourny de s'imposer, en majorant les droits à percevoir sur les denrées #.

Ce qui intéressait, l’intendant, c'était plutôt, comme toujours, le tour de ville, les deux faces d'Agen, celle de l’ouest et celle du sud, dont l’une donnait sur la route, et dont l’autre bordait la Garonne. |

Au cours de ses fréquentes visites à Agen, Tourny né manqua pas d'observer, d'étudier, de consulter, et quand 1l eut mûri la question, il fournit, à son tour, aux gens du pays, des indications précieuses à suivre.

En 1749, il est fait mention d’un plan du contour de la ville d'Agen et des routes qui y aboutissent, levé par Santin, le colla-

1. En 1746, l'inspecteur et visiteur général des rivières navigables de la généralité d'Auch avait décidé de faire abattre, au bout du Gravier, une certaine quantité d’ormeaux. Le maire d'Agen prévint aussitôt les consuls. D’une commune voix, le Corps de ville alarmé décida de faire appel à l’intendant qui s’entremit. A. C., Agen, BB 76, 18 juillet 1746, délibération de Jurade.

?, Renseignement fourni par le grand mémoire de 1753 auquel nous reviendrons. A. D., Lot-et-Garonne, C 21, 1793.

3. À. D., Gir., C 508, 1751, supplique des maire el consuls pour la réparation des murs.

4. A. C., Agen, B B 76, 9 novembre 1752, délibération du Corps de ville. Dans sa lettre du 18 janvier 1755 à son subdélégué de Couloussae, le marquis parle d’une imposition de 4.000 1., sollicitée par les consuls d’Agen et pour Jaquelle il ne peut accorder l'autorisation demandée, A. D., Gir., C 1085. Dès le mois de janvier 1753, des travaux peu importants avaient été mis en adjudication pour la Maison du roi, pour les Écuries e£ pour le Manège. A. D., Gir., C 1084, ordonnance de Tourny.

5. Dans sa lettre du L8 novembre 1753, Santin parle à Tourny d’un projet d’aménagément. «Ce dernier projet, lui dit-il, parait plus beau que celui tracé au temps que vous étiez à Agen,» A. D., Gir., C 1835.

borateur du marquis. A lappui de ce plan, et en exécution des ordres de Pintendant, un instructif mémoire fut rédigé un peu plus tard. En voici l’idée directrice : Paccès de la ville doit être ouvert à la route dé Bordeaux. Cette route «conduit à la porte Saint-Georges d'Agen, d’où, au lieu d'entrer dans la ville, presque tous les voyageurs sont obligés de se détourner pour se rendre, par les dehors, aux auberges... qui font partie du faubourg Saint-Antoine. Pour éviter ce détour, Monsieur l’Intendant a jugé convenable de faire diriger un alignement de 941 toises de longueur depuis l'angle que forme la route... Un aligne ment de 8 toises de largeur planté d’ormeaux, avec une allée de même largeur dirigée parallèlement et des contre-allées de 4 toises plantées de même, en procurant aux voyageurs et aux voituriers un chemin sûr et commode, procurera au public une promenade des plus agréables, dont on peut augmenter beaucoup l'agrément par une autre allée et ses contre-allées. »

Après ce trait essentiel, marqué au tour de ville, les autres aménagements projetés peuvent ne paraître que secondaires ; ils n’en sont pas moins utiles à connaître, parce qu'ils annoncent tout le nouvel Agen. L’intendant propose d'aménager l'accès des portes déjà ouvertes, de détourner les ruisseaux ou égouts qui coupent le Gravier, de creuser d’autres canaux, de réparer les ponts, de combler une partie des fossés, de doubler les allées qui existent déjà du côté de la porté Neuve, d’«adoucir le ressaut qui se trouve au bout de la plate-forme de la rune Neuve vers la porte du Pin » ,joù accède la route de Toulouse. I1 demande encore qu'on ouvre les portes masquées de la Truelle et de Sainte-Foy, qu'on rende praticable et qu’on plante d'arbres le chemin qui existe sur la façade ouest, «pour faciliter aux habitants de ces quartiers la communication avec les routes de Bordeaux, de Villeneuve et de Tournon :», etc...

Agen, qui promettait d'être un chef-d'œuvre, mit du temps à le devenir. En 1750, l’intendant approuve le devis des réparations à effectuer au pavillon de la Porte-Neuve 3. En 1752, l'œuvre

1. A. D., Gir., C 3713, 1749, plans levés par Santin, peut-être au moment du pas-sage du marquis, : «

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