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précisément sur l’horizon des pays aquitains. Cette dédicace proposée par l’intendant le 8 septembre 1753, et agréée par les ministres les 20 et 22 septembre suivants, eut lieu le 18 novembre, avec le cérémonial accoutumé'. L’adjudication des travaux fut fixée au 127 mars 1754, en présence du marquis de Tourny?. Un certain nombre d’emplacements en bordure avaient déjà été vendus ?.
Après avoir traversé la place Saint-Julien, d’est en ouest, c’està-dire en direction de la rivière, le boulevard de Toyrny avait à se frayer un passage à travers un quartier sordide, dont on trouve la description dans un écrit de 1743. « Il n’est rempli que d’un menu peuple qui, de tout temps, y a formé une espèce de république composée de crocheteurs, portanières, regrattières, bouviers, charretiers etc…., lesquels sont entremêlés de gens tenant des logements où sont logés tous mendiants, résidants et passants, dont les hôtes et les hôtesses se prêtent communément à des commerces illicites. Presque toutes les maisons dont ce quartier est rempli n'offrent que des habitations baroques et lugubres4. » Tous ceux qui avaient honte ou qui avaient peur trouvaient un asile sûr dans cette partie du tour de ville où aucune porte ne s’ouvrait.
Dès son arrivée, Tourny se fit un devoir d’assainir ce quartier.
1. Lettre de Tourny à Saint-Florentin ,;en date du 8 septembre 1753, A. D., Gir., C 3619, déjà citée; agrément des ministres, de Saint-Florentin et du contrôleur général consigné dans les délibérations de Jurade des 26 et 29 septembre 1753. A. C., Bordeaux, recueil Baurein: procès-verbal d’inauguration, A. C., Bordeaux, BB, registre pour 1753-1754, 18 novembre 1753.
2. A. C., Bordeaux, BB, registre pour 1753-1754, 1° mars 1754, procès-verbal de délibération.
3. À. C., Bordeaux, D D 14, liasse 15, liste des emplacements vendus de 1753 à 1769. Maintenant que la place Saint-Julien, ou place d'Aquitaine, s’enorgueillit du titre envié de place de la Victoire, on peut espérer qu'elle recevra le cadre qui lui convient. On a défait son ancien cadre du côté du cours Pasteur nouvellement ouvert, tandis qu’on le maintenait du côté de la Faeulté de Médecine. Malgré tout notre respect pour les monuments du passé, et en particulier pour les œuvres de Tourny, nous ne pouvons pas ne pas souhaiter que la place ne soit largement déblayée au devant de la Faculté de Médecine. Par contre, du côté du cours de Bayonne (cours de l’Argonne), du cours de Toulouse (cours de la Somme), du cours Saint-Jean (cours de la Marne), le cadre ancien peut et doit être conservé. :
4. Cité par M. Paul Courteault, dans son cours sur L’Arbre à Bordeaux, qu'il nous
a obligeamment prêté; d'après un document de la liasse C 1153, aux Archives de la Gironde,
La tâche lui parut aisée, parce que l’œuvre pouvait être belle. Il estimait que cette partie du tour de ville serait facile à aménager, à cause du bon marché des maisons à exproprier. Quant au résultat, il serait loin d’être négligeable : «Le petit peuple, écrivait l’intendant, trouvera amplement à se loger dans le faubourg nouveau t. »
Avant de déplacer le mur de ville, et d'établir sur l'alignement du cours d'Aquitaine une allée plantée ? comme le reste du boulevard, l’intendant résolut de donner de l’air au quartier en y ouvrant une porte.
Dès le 27 novembre 1743, le sieur de Montaigu, ingénieur de la ville, établit un projet. Une délibération de Jurade s’ensuivit, le 24 janvier 17444. Le nouvel ouvrage devait être établi dans le mur où s’appuyait l'Ormée des Capucins, non loin d’une vieille porte de ville qui n'avait plus de dégagement que sur l’ancienne place royale. C’est sur cette place qu’avaient lieues exécutions, et le bourreau habitait à côtés. Le débouché de la rue Clare, qui menait au centre de la ville par la rue des Menuts, déterminait Pemplacement exact de la porte à construire.
L’adjudication des travaux eut lieu le 6 juillet 1744. Le sieur Alary, maître architecte, se présenta seul et l’adjudication lui fut attribuée après trois renvois successifs e£ plusieurs enchères. L’entrepreneur se chargeait non seulement de la bâtisse de la porte, mais encore de la démolition d’un certain nombre de maisons et de la construction de plusieurs autres qui devaient former un cadre
1. À. D., Gir., C 3667, 20 mai 1745, lettre de Tourny à Gabriel, minute.
2. L’allée devait être plantée. C’est l'opinion soutenue par M. Paul Courteault, dans son cours sur L'Arbre à Bordeaux, XIe leçon. M. Paul Courteault établit que le second plan de Lattré de 1755 indique une plantation d'arbres entre la porte des Capucins et l’enelos d'Arnaud Guiraud, qu’un projet d’expropriation de 1752 fait allusion à «la ligne des arbres qui fera la facade des nouvelles maisons », et qu'enfin un plan manuscrit de la place d'Aquitaine figure «la grande Allée», débouchant sur cette place avec une double rangée d’arbres. T1 n’est pas jusqu’à ce nom même de «grande Allée» dont on se servit pour désigner cette partie du boulevard qui ne témoigne en faveur de l’opinion émise par le savant professeur.
3. Description historique de Bordeaux, 1785, p. 179, à la Bibliothèque nationale.
4. Délibération de Jurade du 24 janvier 1744, A. C., Bordeaux, recueil Baurein.
5. Renseignement trouvé dans les notes de M. Gaullieur, p. 250, aux Archives communales de Bordeaux.
6. Voir, à ce sujet, une très intéressante pièce, datée du 14 août 1744 et annotée de la main de Tourny, A. C., Bordeaux, D D 23, dossier Gabriel. Voir aussi dans la liasse C 1152, aux Archives de la Gironde, les propositions d’Alary, en particulier à la date du 18 juillet 1744. Ces renseignements ont été notés par Gaullieur, p. 290.
d'architecture uniforme, Alary avait mis comme condition à son acceptation que l’exécuteur de la haute justice transporterait ses pénates ailleurs! Une fois le marché passé, Tourny vint en aide à l’entrepreneur, en lui avançant des sommes importantes ?.
Pour la construction de la porte elle-même qu'il avait confiée au sieur de Montaigu, l’intendant ne crut pas pouvoir se passer: du concours de Gabriel*, Il fit accepter à de Montaigu, en y mettant des formes, les modifications proposées par le premier architecte du roi : « De ce qu’il faut, Monsieur, écrivait-il à lParchitecte bordelais, retoucher aux fondations de la porte projetée auprès des Capucins et leur donner plus d'épaisseur pour exécuter la facon dont M. Gabriel pense qu’elle doit être faite, j'avais bien de la peine à me déterminer au changement, mais voyant qu'il pérsiste, et pensant que dans les édifices qui sont pour durer des siècles, 1l ne faut pas s'arrêter à quelque embarras, ni à quelque dépense de plus... je vous prie de faire exécuter par l’entrepreneur le changement de M. Gabriel#. »
Malgré tout, malgré l'intervention de Gabriel et les soins que Tourny se donna, la porte, rehaussée de pilastres d'ordre toscan, couronnée d’un fronton chargé lui-même d’un bossage en saillie et d’un balustre, constitua un ensemble assez lourd et fut loin d’être une merveillef, La porte Neuve ou des Capucins, comme on l’appela, n’avait pas d’ailleurs à jouer le rôle décoratif dévolu à la porte d'Aquitaine qui devait présenter la ville de Bordeaux à l’arrivée des princes venant d'Espagne.
Une autre fonction incombait à la porte Neuve. L’intendant détourna vers elle, par une traverse, une grande partie du trafic de la route de Toulouse. Il voulait lui amener, en particulier, les marchands de bestiaux, en faisant obtenir à la ville, l’établis-
1. Document du 14 août 1744, déjà cité, A. C., Bordeaux, D D 23, dossier Gabriel.
2. Une ordonnance signée de l'intendant et datée du mois de mai 1746, stipule le prêt à Alary d'une somme de S.000 L., « pour employer à 'a bâtisse de cinq maisons à ia porte des (aoucins. »
3. Tourny demande son avis à Gabriel, en lui envoyant les dossiers de la porte et des alentours: A. D., Gir., C 3667, 20 mai 1745, minute autographe de Tourny.
4. À. D., Gir., C 1152, 26 juillet 1745, lettre de Tourny à de Montaige, ingénieur de la ville, copie.
5. La liasse C 1182 aux Archives de la Gironde est intéressante à consulter à ce sujet.