La Nouvelle Guerre avec l'Angleterre
On put croire un moment que l’union et la collaboration des autorités allaient se rétablir, lors de la réouverture des hostilités avec l'Angleterre. Dès 1755, avant la guerre continentale, la guerre maritime se déchaînait. Étant donné que la lutte coloniale n'avait pas cessé depuis 1748 au Canada et dans les Indes, la France aurait, dû parer de longue date à toute éventualité. Mais Louis XV était si fort ami de la paix, et le traité d’Aix-la-Chapelle de 1748 avait produit un tel soulagement après sept ans de guerre, chacun avait l'esprit tellement occupé de ses affaires et de ses plaisirs, la vie politique avait donné tant d'importance aux rivalités de Corps et aux
concurrences personnelles, que la politique extérieure était reléguée au second plan, et que la paix semblait devoir être éternelle.
En 1755, l’amiral-anglais Boscawen, dont la flotte croisait dans l'Atlantique, s’acharnait à la capture de nos vaisseaux marchands. Le gouvernement de Louis XV osa faire des représentations. Boscawen répondit en saisissant deux frégates chargées de troupes. La France ne déclara pas aussitôt la guerre, mais le commerce fut mis en émoi. Les juge et consuls de Nantes furent les premiers, semblet-il, à proposer des mesures de précaution. En octobre 1755, ils annoncèrent à la Chambre de commerce bordelaise qu'ils avaient décidé de passer une Charte partie d’affrètement avec le sieur Magrak, capitaine de navire, « pour aller établir sa croisière jusqu'à la fin de novembre au premier méridien de l’île de Ténérifte, afin d’avertir tous les navires français tant en allant que revenant de colonies, des hostilités que les Anglais commettent, sous rétribution de 1200 livres, outre la gratification de 30 sous par tonneaux de chaque navire dont lavertissement dudit capitaine Magrak occasionnera l’arrivée dans quelque port de France”. » Les directeurs du commerce de Bordeaux vinrent communiquer ces renseignements à Tourny. L’intendant les invita à imiter l'exemple de Nantes ; il leur promit d'avance son approbation pour les décisions qu'ils pourraient prendre, tout en leur conseillant de convoquer une assemblée générale de négociants ?.
Le mois suivant, sous les auspices de Tourny sans doute, une nouvelle compagnie d'assurances se constituait, avec, comme premiers souscripteurs, Nairac, Menoire, Brunaud, Desclaud, de Meyère et Seguy*. Certains armateurs, comme Cabarrus, obtinrent facilement du commissaire départi l’exemption de droits qu'ils demandaient pour leurs navires armés en course 4, Machault, qui était ministre de la Marine, se prêta à ces arrangements. son successeur, de Moras, continua de donner satisfaction à Tourny pour les requêtes qui lui furent adressées. Non seulement il mit
1. A. D., Gir., C 4255, 21 octobre 1755, délibération de la Chambre de commerce.