PREMIÈRE PARTIE, CIIAP. X
et le ballet, laissant lord Arthur occupé à causer avec quelques personnages diplomatiques. Elle rentra, indifférente à tous les soins, à toutes les prévenances inamovibles qui entourent l'opulence, sans faire plus attention le trentième jour que le premier à la beauté du velours des coussins qui recevaient son pied , et à la richesse de l'ameublement de son boudoir.
A peine eut-elle congédié sa dernière femme de chambre, qu'elle saisitla bougie, dont l'éclat l'eût empêchée de dormir: au moment où ses lèvres laissaient échapper le souffle qui devait éteindre la mèche enflammée, ses yeux levés négligemment aperçurent une figure pâle au fond de sa chambre; mais l'impulsion était donnée à l'air, et la faible lueur s'éteignit. Elle laissa tomber le flambeau d'é-
l6l TOUT OU RIEN.
pouvante, et demeura immobile, ne sachant pas si elle avait mal vu ; mais elle entendit à quelques pas d'elle une respiration courte et précipitée.
— John î Polly ! cria-t-elle d'une voix étouffée.
— N'appelez pas , dit une voix faible et suppliante.
— Qui que vous soyez, dit-elle, quoiqu'elle eût bien reconnu la voix, allumez cette bougie, ou j'appelle.
Point de réponse.
— Rallumez cette bougie, dit -elle d'une voix plus ferme , car elle tenait le cordon d'une sonnette, et si elle ne l'avait pas fait encore vibrer, c'était parce qu'elle savait trop bien quel imprudent elle avait à punir.
James (car c'était lui) ramassa le flambeau roulé par terre, l'approcha du feu,