SCÈNE IX
( Il sort la tète l)a«Be.)
ARMÀiND, CHRISTINE.
CHRISTINE
Eh bien, il vous quitte, votre ami?
Npn, il s'en va cueillir des violettes./ Nous sommes seuls, Louison : j'en veux profiter pour vous parler sérieusement.
CHRISTINE
Sérieusement!
ARMAND
Louison, sois franche : combien gagnes-tu ici?... réponds !...
CHRISTINE
Mais^ monsieur...
ARMAND
Trois cenis francs, hein?... oui! eh bien! je t'en donne trois mille!
CHRISTINE, 8ërien*e(ncnt.
Çà, monsieur...
ARMAND
Je t'en donne six mille !... hein ! quoi ! qu'est-ce que tu as?... Ah! je comprends, je t*ai fait peur, tu as cru que... Ah çà. Louison, pour qui me prends-tu ?... Je suis encore jeune, il me semble, et je suis un honnôle garçon ; d'ailleurs, je ne t'aimerai pas, moi, j'aime déjà!
CHRISTINE
Ah!...
ARMAND
Oui, j'aime une enfant,. un souvenir deTouraine; une petite madame, grande comme ça, moitié mars et moitié avril, qui doit être maintenant grandie et fleurie comme toi et toute rose et toute pimpante, comprends-tu?..
Comment donc?... pas du tout!
X ARMAND
C'est pourtant bien clair! Mais qu*as-tu besoin de comprendre, voyons : acceptes-tu?... Rien ne t'enchaîne ici, n'estce pas? Ce grand drôle enrhumé qui parle à travers les portes, j'espèffi bien qu'il ne se permet pas de te faire la cour!
CHRISTINE
Ah! ah! alj! je vous jure qu'il n'y pense pas!
ARMAND
Alors, tu vas me dire que tu aimes ta maîtresse et que... Eh bien, mais tu m'aimeras, moi, bon petit cœur! tu m'aimeras, je t'en réponds; ça reviendra au même. Allons, est-ce conclu ?
CHRISTINE
Mais, monsieur, si je consentais à passer à votro service. •• apprenez-moi donc un peu ce que j'aurais à faire?
ARMAND
Je viens de te le dire : Tu aimeras ton maître, qui sera bon pour toi, et comme, loi*squ'on aime, rien n'est si doux que de le prouver, tu me le prouveras en me laissant t'emmener en Touraine, vers un petit village qui se nomme Valfleurs!
- CHRISTINE, k pan.
Valfleurs !
ARMAND
Dans une belle ferme qu'on appelle : Chante-Oiseau!
CHRISTINE, à |ia!l.
Chante-Oiseau !
ARMAND
Là... tu t'habilleras ù mon gré : petite jupe grise qui ne craint pas la poussière, corsage de mousseline blanche qui laisse les bras se hâler au soleil, chapeau de paille un peu grand, bottines un peu hautes!
CHRISTINE, à laii.
ma toilette de quatorze ans!
ARMAND
Moi, m'étant habillé de bonne toile grise, comme l'enfant du fermier de Chante-Oiseau, nous nous en irons courir par