‹ Toute seule: comédie, mêlée de chant, en un acte (volume 2)Chapitre 2 sur 32 · UN DOMESTIQUE,' CHRISTINE · texte numérisé non relu

UN DOMESTIQUE,' CHRISTINE

(An lever du rideaa, un Domesliquu'en élégaale livrée sort de la haie du fond; il tient iiue lettre et descend la scène avec précaution; il s'approdie de la fenêtre, l'ouvre et paraU vouloir l'escalader, mais, comme s'il entendait du bruit, il s'arrête et dépose.la lettre sur la table rustique ; il s'enfuit eusuiie précipitamment par où il est entré, en entendant la voix de Christine.)

CHRISTINE, sortant du pavillon, un livre à, ta main, h la cantonade*

Surtçut, fermez bien la grille et ne rentrez pas tard I... Bons domestiques ! ils me laissent entièrement seule dans mon vieux château, où j'ai peur, même quand ils sont là! Est-il grand, ce parci il est très-bien, mais trop grand, surtout le soir... j'ai bien fait de le vendre, et je le quitterai sans regret... Décidément, j'aurais dû me remarier! le mariage a son bon côté ; celui d'être deux, d'abord ! Ah ! mon Dieu ! la peur d'avoir peur me fait penser à monsieur de Marveilles ! . . . Est-ce pour le regretter? oh! non... je crois monsieur de Marveilles amoureux de moi, et c'est bien naturel; mais je le crois amoureux de ma fortune aussi, et je ne sais rien d'humiliant comme ces

rivalitës-là ! Quel silence ! ( £lle aperçoit U lettre, la prend et |X»se son

livre sur la table.) Qu'est Cela? Une lettre. « A madame Christine de Thévannes.*. » Pour moi! qui donc a placé là cette lettre? (tisam.). « Madame, j'ai enfin découvert votre retraite ! » Ah! mon Dieu ! « Ce soir môme je serai près de vous, et cette •fois, vous me direz, j'espère, pourquoi vous refusez de m'aimer... si toutefois vous refusez encore de m'aimer; pour moi, ma passion est devenue si vive que je n'ai plus d'autre moyen

t TOUT£ SEULE

(^ae de vous compromettre. Si je vous l'avoue, c'est par certitude d*y réussir, et si je vous préviens, c'est par pure courtoisie! agréez madame... De Marveilles... » Quelle cour- .toisiel ahl un scandale!... une escalade, que sais-jel un enlèvement, peut-être; c'est charmant! mais je vous jure, monsieur de Marveilles, que vous n'entrerez pas chez moi, et je ^vais donner des ordres... Ah! mon Dieu! j oubliais... Louison, André, le jardinier, tout le monde est à la fête... je suis seule» sans défense! et cette lettre que j'ai trouvée là! quelqu'un a donc déjà pénétré dans le château ?•••

LA voix d'aRMAND, an dehors.

Par ici, Triptolème!

CHRISTINE

Ah! déjà mon Dieu! sauvons-nous!

(BUe rentre dans le paTilloB, en ferne la porte, et ditparati.)

Page 1