‹ Towianski et sa doctrineChapitre 3 sur 30 · XV11J · texte numérisé non relu

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octave, et finit par quelque chose de banal: « car,

voyez-vous, mon frère, il faut que, etc. , etc. »

C’était le temps de finir. Je pris alors la parole :

« C’est à moi, lui dis-je, de vous parler de la part de

» Dieu. Je suis son ministre , et comme tel j’ai cette

» mission. Je vous déclare donc que vous êtes sur une

» fausse voie, sur la même où s’est engagé Luther, et

» tous ceux qui l’ont suivi, et que vous condamnez

» cependant si énergiquement; il n'y a entre eux et

» vous que cette différence qu’ils établissaient la foi

» avec leur raison, tandis que vous le faites avec

» votre sentiment. Or, c’est l’Eglise que Dieu a donnée » pour cela; c’est l’enseignement de l’Église qui nous » dit ce que nous devons croire, et non pas le senti- » ment, pas plus que la raison. Ainsi vous êtes » sur une fausse voie. Par conséquent toute votre » doctrine est une erreur, et vous enseignez l’erreur. » Par conséquent, vous perdez les âmes, et vous les » perdez pour l’éternité , en commençant par la vôtre. » Or, ce que je vous dis là vient réellement de la part » de Dieu , et je peux vous dire avec tout le droit que » Dieu me donne pour cela , que ces paroles vous se- » ront réellement présentes à l’heure de votre mort , et » pendant l’éternité. Maintenant, j’ai rempli mon de- »voir; quant à vous, vous avez entendu la vérité, il » ne vous reste qu à agir en conséquence! »

Pendant qu’il entendait ces paroles, le prétendu prophète prit d’abord un air sérieux, puis un air re-

cueilli, puis enfin un air contrit. Il baissa de plus en plus sa tête, croisa ses bras sur sa poitrine, se courba tout entier , et écouta dans cette humble position. Quand le prêtre eut fini, il lui baisa les mains et lui dit d’un ton où Ton pouvait apercevoir de l’émotion : Prêtre! s’il en est ainsi , prie Dieu pour moi!

Il répugne de supposer que tout cela fût un jeu. Il ne reste donc qu’une seule supposition à faire : c’est que la vérité exerça son droit; et que la force , non pas des paroles d’un homme qui y était moins bon que tout autre, mais la force de la vérité quelles contenaient a tellement agi sur l’âme du prétendu prophète , que, sous son influence, il fit ce qu’un vrai prophète n’aurait jamais fait , et d’autant moins un envoyé direqt de Dieu, un Messie; il supposa pour un insiant qu’il était dans l’erreur. Ce mot: s il en est ainsi ! honore, il est vrai, l’homme; mais détruit le prophète.

C’est ainsi qu’a fini noire entrevue avec cet homme. Nous en avons rapporté les détails d’autant plus volontiers dans cette préface , qu’ils servent , comme on le voit , de nécessaire introduction à notre livre , et qu’ils en rendent , pour ainsi dire , raison.

Maintenant nous avons dit tout ce que nous avions à dire dans cette préface à nos lecteurs en général.

Quant à ceux qui sont prévenus en faveur de la doctrine que nous combattons, ou qui en sont devenus les

disciples, il aurait fallu peut-être préparer leurs esprits d’une autre manière, et prendre quelques précautions pour nous en rendre l’accès plus facile. Mais cette tentative nous a paru tout à fait inutile. La vérité seule doit agir sur ces esprits; cpie s’ils ne sont pas en état d’en souffrir la vue , tous les autres moyens ne réussiront pas; ils ne serviraient qu’à voiler la vérité , et à la faire passer pour ce qu’elle n’est pas, pour ce que ces esprits voudraient qu’elle fut. Or, il n’est pas permis de sacrifier la vérité ; il faut la dire , et la dire telle qu’elle est, même à ceux qui ne veulent pas l’entendre, et il faut la dire surtout lorsqu’il s’agit de leur salut. Ils se fâcheront, ils vous repousseront; mais qu’importe? Ce n’est pas une raison pour vous taire. Ils seront même tellement obstinés dans leur persuasion qu’ils n’admettront d’aucune façon qu’elle puisse être une erreur, et que la vérité soit autre chose que ce qu’ils admettent; par là , ils vous rendront impossible tout accès auprès d’eux. Ils vous diront comme les Donatistes disaient à saint Augustin : Quoi ! vous dites que c’est une erreur? Eh bien , moi je dis que c’est la vérité. Je veux y rester, que me voulez-vous? Pourquoi me cherchez-vous î Je veux être dans cette erreur, je veux me perdre dans cette perdition! — Mais, sans faire attention à cette mauvaise volonté, il fauts’avancer vers ces hommes , et au risque de leur déplaire, de les fâcher , d’encourir même leur haine, il faut leur tenir haut le langage de la vérité. Il faut leur dire ce que

saint Augustin répondait aux mêmes Donatistes : «Ah! » tu veux être dans cette erreur, tu veux te perdre dans «celte perdition! Combien mieux je ne !e veux pas! Et « voilà pourquoi je dis décidément : Oui, je serai im- «portun, car j’entends l’apôtre: Proche la parole , in- « sis te opportunément , importunément . Comment cela ? » opportunément à ceux qui veulent, importunément » à ceuxquine veulent pas. Décidément , je serai impor- » tun , j’ose le dire. Tu veux être dans l’erreur , tu veux « te perdre; moi, je ne le veux pas. Et puis, Dieu ne le

» veut pas, Dieu qui me remplit de terreur . Est-

» ce que je te craindrais plus que je ne dois craindre » Dieu? » (Serin. 4b, n° i4*)

C’est le seul langage que nous devons et que nous pouvons tenir aux adhérents de cette doctrine ;ce sont les seules paroles que nous pouvons leur adresser comme une introduction au livre que nous publions.

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