‹ traces de buddhisme en norvegeChapitre 9 sur 15 · DE L ARBRE SACRÉ · texte numérisé non relu

DE L ARBRE SACRÉ

La croyance que certains arbres sont sacrés est très-répandue, et de la seule existence d'une telle croyance parmi deux

* Hordiska Fornlemn., U, n. XCI.

* Oïl consoi-vc, dans le inuséc d'antiquités du Nord à Co]>enhague, une pierre en forme de linga, qui éveille Tidée de la pierre sacrée des civiles de îltide. (Voy. Worf^^e, A fbildninger fradel kongelige Muséum, etc., n VII.)

peuples on ne doit sans doute pas conclure que leurs religions dérivent de la même source; mais, si les mêmes particularités accompagnent l'adoration de l'arbre, il est vraisemblable qu'un des deux pays les a empruntées à l'autre, ou que tous les deux les ont tirées d'une source commune. C'est, en effet, le cas pour les buddbistes de l'Inde et les Scandinaves.

Les buddbistes considèrent comme sacrés les arbres sous lesquels leurs chefs spirituels étaient assis lorsqu'ils reçurent la parfaite connaissance ou l'intelligence qui les a faits buddhas (intelligents et connaissants) \ mais ils adorent plus particulièrement l'arbre sous lequel le dernier Buddha Gautama Çakyamuni fut initié. Cet arbre est, par excellence, nommé bodhi dmma ou l'arbre de l'intelligence. L'arbre est un figuier indien, ficus religiosa ou fiais indien *, dont un échantillon se trouve encore a Ceylan a côté de chaque vihara ou temple \ Les Cingalais ont abrégé bodhi en fro, et nomment aujourd'hui le ficus religiosa bo-malloa ou l'arbre bo. M. Sirr en donne cette description : « Le feuillage est extrêmement touffu et gracieux, et les larges feuilles, ayant la forme de cœur', étant sacrées, étaient tellement estimées, qu'il n'était permis de sculpter ou peindre leurs formes que sur les palais ou les meubles du roi régnant. Les fleurs sont jolies et odo-

* V. rénuinération dans le Nouv. Joiim. Asiat., VI, p. 100-105.

* Plusieurs auteurs rapportent que c'est le ficus religiosa ; mais M. Chapmnn^ ddim\e Journ. of the R, Asiat. Soc. y XIÏI, p. 166-67, tâche de prouver que c'est le ficus indica, en alléguant le témoignage du Chinois Fa Hian, qui visita les pays buddhîques au commencement du cinquième siècle, et qui, en parlant du bodhidruma, dit que ses branches étaient longues et pendantes, et qu'aussitôt qu'elles touchaient la ten^e, elles s'y enracinaient et formaient de nouveaux arbres, ce qui est le cas pour le ficus indica. (Voyez un dessin de lui. dans Cordiner's Description of Ceylon, ï, p. 324.) Si nous comparons ce témoignage avec ceux des voyageurs des derniers siècles, nous serons tenté de supposer un changement dans l'opinion des buddhistcs sur l'arbre sacré. M. Chapman ajoute aussi : « Under thèse circumstances there is cause for uncertainty, particularly when il is borne in mind, that a change in the plaut inay bave bien convenient , to satisfy the prophétie characterislics of being ahvays grecn, never growing nor dccaying. »

3 Sirr, II, p. 108; Cfr. Forbes, I, p. 215.

riférantes ; elles ont la forme de clocbettes, et sont d'un blanc de lait, excepté au centre, qui est de couleur d or ^ Ces arbres sont entièrement garantis de tout dommage par des terrasses de terre et de pierres, et quelques-uns ont des troncs si énormes, qu1ls paraissent avoir bravé les rayons du soleil et les coups de foudre pendant des siècles. » L*adoration de Tarbre date d'une haute antiquité; déjà, sur des monnaies buddhiques des premiers siècles de notre ère, nous voyons Tarbre h côté du tôpe et de la croix mystique '. Le Chinois Fa Hian en parle dans le quatrième siècle comme d'une chose connue. Le Chinois Hiouèn Thsang vit, au septième siècle, parmi les ruines de Tancienne vile de Pataliputra (Palibothra) l'arbre sacré protégé par des murs très-élevés et fort solides. Son bi<:^nraphe s'exprime ainsi a ce sujet :

« 1/arbre de Tintelligence, dont il est parlé plus haut, est l'arbre pippala^ qui, à ce qu'on dit. du vivant du Buddha, était haut de plusieurs centaines de pieds; mais, depuis, de méchants rois l'ayant coupé et abattu, il n'avait alors (au septième siècle) que cinquante pieds. Le tronc de larbre était d'uu blanc jaune et ses feuilles, vertes et luisantes, ne tombaient ni en automne, ni en hiver. Seulement, quand venait le jour du Nirvana du Tathâgata (la mort de Buddha) elles se détachaient tout d*un coup, pour renaître le lendemain aussi belles qu'auparavant. Tous les ans, à pareil jour, les rois, les ministres et les magistrats se rassemblaient au-dessous de cet arbre, l'arrosaient avec du lait, allumaient des lampes, répandaient des fleurs et se retiraient après avoir recueilli de ses feuilles'. »

Parmi les ruines de Tancienue capitale de Ceylan, Anuradjapura, larbre bo occupe encore son ancienne place, que JM. Chapman décrit de cette manière : « L'enceinte de l'arbre sacré est rectangulaire, consistant en quatre terrasses garnies

* Nos botanistes nous assurent qu'aucune csi)èce de ficus n\i des fleurs pareilles.

* Ariana uni. y pi. XV, fig. 25.

^ Uiouen Thsang, p. 138-142.

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de parapets s'élevant Tune du dedans de Taulre, la supérieure étant toujours moins haute et moins profonde que l'inférieure. La hauteur totale de ces tertres est de sept coudées, ou d'environ seize pieds..... L'espace entre les parapets est artificiellement rempli jusqu'au niveau du sommet, excepté au centre, qui est garni d'un parapet entourant un espace concave, dans le centre duquel le bo-malloa a sa place*. » M. Sirr, parlant de ce même arbre, remarque « que des buddhistes dévots font encore de longs voyages pour rendre hommage k cet arbre, et qu'il est l'objet principal de leur vénération et adoration*. »

En transplantant leur doctrine dans les pays où le figuier ne peut pas croître, les buddhistes doivent avoir été contraints d'y substituer d'autres arbres; et, en Scandinavie,* on peut à peine, quant a l'aspect extérieur, trouver un arbre répondant mieux au bodhidruma que le bouleau, car il a le tronc d'un blanc jaune et les feuilles luisantes. En Norvège, on rencontre encore plusieurs arbres réputés sacrés, parmi lesquels mérite particulièrement d'être mentionné un bouleau magnifique, qui se trouve sur un grand tertre a la ferme de Slinde, dans la paroisse de Sognedal, diocèse de Bergen.

Les habitants de la paroisse racontent que jamais aucun instrument aigu n'a touché cet arbre, et qu'anciennement on avait la coutume une fois chaque année, au temps de Noël, de l'arroser avec de la bière '. La légende rapporte qu'au dedans du grand haug sur lequel l'arbre est placé il existe douze chaudières de cuivre , l'une au dedans de l'autre; il y a aussi un trésor avec un serpent blanc qui le garde.

Près du temple de la vieille Upsala, en Suède, était, selon la tradition, un arbre sacré toujours vert *. A l'île de Gotland croissait aussi un arbre sacré qui conservait sa verdure en hiver comme en été ^

• Joum. of the llAsiat. Soc, XIII, p. 166.

« Sirr., II, p. 293.

^ Urda, 1, p. 318 clsuiv.

* Nyrup, Wœrlerbuch der nordischen Mythologie^ p. iS'i. '^ Strelow, Den gamla och lioria îiiimkroniken, p. 2.

4^ TRAIIES

A l'île de Karmoe, près des côles sud-ouesl de la Norvège, il y a, dans la paroisse d*Aiig\'aldsn%s, quelques restes d un tertre auqupl les habitants donnent le nom remarquable de hu-trat'haufi, c esl-a-dire le tertre de l'arbre bou. C'est un nom qui est tellement semblable à celui de bo des Cingalais, qu'il est difficile de s'empêcher de les considérer comme identiques. Aux côtés du nord et de l'ouest du haug, qui a une circonférence d'environ trois cents pieds, il y a une enceinte quadrangulaire avec des angles arrondis et d'une circonférence d'environ neuf cents pieds; etun passage pavé de pierres, long de vingt-quatre pas, conduit de Ta vers l'ouest nord-ouest *.

A rî!e de Vigerôe, près des côles de Sôndmôr, district du diocèse de Bergen, il y a un grand nombre de haugs, dont le plus grand porte le nom de busk-huus hatigen, c'est-à-dire le tertre de la maison du bouleau *, probablement pour indiquer qu'il avait existé auparavant une maison ^temple) avec un bouleau tout près de la.

Quant à la situation de l'arbre sacré, nous avons en Norvège quelques haugs dont les sommets ont des cavités entourées de parapets, comme la terrasse supérieure d'Anuradjapura, à Ccylan, ce qui fait supposer qu'il y a dû y avoir des arbres sacrés.

A l'île de Stordôe, non loin de la ville de Bergen, il y a au nord de l'église un haug peu élevé sur le sommet duquel existe une cavité quadrangulaire avec des parapets dont les angles sont arrondis. Chaque côté a trente-trois a trente-quatre pieds de longueur et environ six pieds de hauteur; l'entrée est au milieu d'un des côtés '.

* On trouve dans VUrda, il, p. 325, une description et un dessin de ce haug nvec enceinte. On pourrait objecter contre rhypothcse de Tidentité de bo et (!c bou, que nous avons (§19) dérivé le nom Odin de la même racine, budh, <roù bodhidrumOt et bo tirent leur origine ; mais Tadoration de Tarbre bo <îsl probablement venue beaucoup plus tard dans le Nord que le nom d'Odin, it son nom ne doit pas être compté parmi les mots originaires, qui suivent les, lois de transformation.

* Le mot busk signifie proprement un arbrisseau en général, mais parmi le bas peuple il s'emploie par excellence pour designer le bouleau.

■' ISord. Tidsskrift for Oldkyndighed, II, p. 276.

A la ferme de Qverner, près de Christiania, il y a un haug cui a seize a vingt pieds de hauteur, et dont le sommet a une cavité ronde entourée d'un parapet long de quatre-vingt-dix pieds, avec une entrée du côté du sud ; cette direction doit ayoir été choisie à dessein, car le terrain environnant est beaucoup plus élevé du côté de Test, d'où on eût pu monter plus commodément si l'entrée y eût été faite.

Dans la paroisse de Frosten, près de la ville de Trondhjem (Drontheim), il y a un haug qui a trente^deux à trente-quatre pieds de hauteur, et dont le sommet a une cavité avec un petit tas de terre au centre *.

Dans File de Gesfjordôe, dont j ai fait mention plus haut, on a découvert un haug qui, avant sa destruction causée par les fouilles qu'on fit pour l'examiner, avait au sommet une cavité, au centre de laquelle on trouva le tronc sec d un arbre qu'un tailleur, nommé Flor, qui faisait la fouille, prit pour un genévrier*. Les monuments coniques sur les cimetières de Ceylan ont également un arbre sur le sommet'.

Le mythe du frêne, nommé Ygdrasil, que Tancienne Edda* nous fait connaître, parait avoir tiré son origine de Tlnde. La vue du bodhidruma ou ce qu'en ont rapporté les voyageurs doit avoir inspiré le poète dans sa description d'Ygdrasil, quand il dit que cet arbre se répand sur tout le monde, qu'il est arrosé par les Nornes (génies de la destinée) et est toujours vert; qu'il étend ses racines vers trois puits, que près de l'un d'eux les dieux se rassemblent pour rendre justice ; que dans le second le serpent Nidhôgg a sa demeure, et que dans le troisième réside l'intelligence.

L'idée de l'étendue d'Ygdrasil sur tout le monde peut bien être suggérée par la vue du fkus indica, dont les bran-

* Liliegren, Nord, Fomlemningar, I, n* 36.

^ Je dois ce renseignement à la bienveillance de M. le curé Dometius. » Porbes, I, p. 222.

* L'ancienne Edda est une collection de poëmes norvégiens d'une haute antiquité. Le premier poëme porte le titre de Voluspa, c'est-à-dire la prophétie de Vala ou la prophétessc.

ches forment de nouveaux arbres aussi nombreux que le terrain le permet. A côté des temples et des arbres sacrés se trouvent souvent, comme nous le verrons plus loin, des puits ou des étangs, et dans ceux-ci, selon la légende, demeurent ordinairement des dragons*.

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