LES ADIEUX AU GUÉ-D'HOSSUS
Il faut quitter les limites de France, Avec regrets j'abandonne ces lieux; De les revoir, je n'ai plus d'espérance, Je leur ai fait des éternels adieux.
Charmant village,
Riant bocage ; Pays où j'ai connu l'amour, Filles jolies, vertes prairies, j ^.
Adieu, je vous fuis pour toujours. )
Jeunes garçons, enfants de la folie, Le verre en mains, nous chantions tour à tour; Nous te chassions, noire mélancolie, En répétant des doux refrains d'amour.
Charmant village, etc.
Filles des champs, aimables et sincères, C'est en valsant qu'on vous faisait la cour. L'on vous disait en galants militaires : Comptez sur nous, nous reviendrons un jour. Charmant village, etc.
Cher Gué-d'Hossus, dans le cours de ma vie Où j'ai passé bien des heureux moments, Pensant à toi, dans mon àme ravie, Vivront toujours mes immortels serments.
Charmant village, etc.
Enfin adieu, Gué-d'Hossus plein de charmes, De te revoir, il n'y faut plus penser; En te quittant je verserai des larmes, Doux souvenir que seul je puis laisser. Charmant village, etc.
En 1839. la question de partage du Grand-Duché de Luxembourg entre la Belgique et la Hollande, était entrée dans une phase d'irritation qui risquait d'amener une guerre à bref délai.
Eu prévision d'éventualités fâcheuses, la France avait massé sur sa frontière nord-est quelques divisions d'infanterie. L'arrondissement de Rocroi, à lui seul, avait reçu 9 à 10,000 hommes en cantonnement.
Ces troupes installées dans les communes frontières, dès le mois d'octobre, ne quittèrent le pays qu'eu avril 1840, après que la conférence de Londres eut supprimé les causes de conflit en opérant le partage du Grand-Duché.
La chanson ci-dessus fut composée, à cette époque, par un soldat d'infanterie, nommé Boucart. Elle exprime ses regrets au moment où il va quitter sans retour son doux cantonnement du Gué-d'Hossus; village où notre poète inconnu vient de passer six mois bien employés, sans doute, car il parait les regretter beaucoup.
Cette chanson, quoique datant d'une cinquantaine d'années, est restée fort populaire dans le village, ainsi que dans les localités belges voisines. Elle est le chant, pour ainsi dire obligé, qui ouvre chaque année la fête patronale du Gué-d'Hossus. — D'après une communication de M. Léon Waltiiier.