LA CHANSON DES CONSCRITS
Ma petite Louison,
Il faut nous quitter, ma chère,
Par ordre d'ia nation.
11 faut aller à la guerr',
Or adieu doue ; Tu peux bien chercher à plaire A d'autres garçons.
Que me dis-tu, cher amant?
Après m'avoir fait entendre Que ton beau régiment Resterait à Lille en Flandre,
Sans en sortir !
A présent il faut se rendre
Près de l'ennemi !
Les ordres sont arrivés ; Il faut entrer en campagne Pour joindre la grande armée, Pour se battre en Allemagne.
Oh ! quel honneur !
Console-toi, ma mignonne, Renferme tes pleurs.
Cher amant, t' voyant partir, Je n'puis retenir mes larmes.
Je m'en irai pour mourir A la faveur de tes armes.
Oh ! quel malheur !
Il faut dire adieu aux charmes
Des amants trompeurs !
Console-toi, Louison; A présent on fait la guerre ; Si je fais un coup là-bas, Si je gagne quelque richesse,
0 mes amours !
J'viendrai revoir ma maîtresse
Au déclin du jour.
Que me dis-tu, cher amant?
A présent qu'on fait la guerre, Si tu fais un coup là-bas, Si tu gagnes quelque richesse,
Pauvres amours !
Tu laisseras là ta maîtresse Pleurer nuit et jour !
Grand prince et grand roi Louis, Je vous prie qu'après la guerre,
Je revoie mon ami. Dedans son lieu ordinaire
Où il pourrait R'prendre ses amours premières,
Renvovez-le moi.
(LVI) Cette chanson était encore chantée, il y a une soixantaine d'année?, par no? conscrit ardennais, bien qu'elle remonte au dix-septième siècle; le dernier couplet lui donnant date certain!