LES DAMES DE MEUSE
Alors qu'il vivait, en l'an mil quatre-vingt, le seigneur de Hierges eut trois fils : Héribrand, Ceoffroy et Vauthier, qui épousèrent les trois fdles du seigneur de Etethel : Hodierne, Berthe et Ige. Or, peu après leur mariage, ils se croisèrent et partirent avec Godefroy de Bouillon pour la Palestine. Et pendant qu'ils guerroyaient en Terre-Sainte pour délivrer le tombeau du Christ, Hodierne, Berthe et Ige, tra-
LÉGENDES HISTORIQUES ET RELIGIEUSES
hissant la foi jurée, accueillirent dans leurs châteaux, reçurent dans le lit conjugal, trois chevaliers aussi beaux diseurs que couards et félons au point de n'avoir pas voulu suivre leurs frères d'armes. Mais, le jour même où Jérusalem était prise d'assaut, Dieu, punissant les épouses adultères, les changeait en trois gros rochers : énormes masses noirâtres, rivées l'une à l'autre, ici broussailleuses, là tapissées de mousse, surplomblant le fleuve dont, de loin, elles semblent émerger et que l'on appelle les « Dames de Meuse. »
A Hierges, où nous sommes allés souvent, nous n'avons jamais pu recueillir que ce simple souvenir et les « anciens » du pays n'en content pas plus long. Dans ses Légendes de la Meuse, M. Henri de Nimal a tissé sur ce canevas une histoire à développements très ingénieux et très littéraires, mais qui n'ont rien de traditionnel. Le château actuel de Hierges n'a pas l'aspect des ruines féodales ; il présente sa helle façade renaissance, briques et pierres bleues, flanquée d'énormes tours rondes. C'est une splendide demeure du seizième siècle, bâtie sur les ruines d'un vieux manoir, celui, sans doute, où vécut le « seigneur » de Hierges. Il reste encore quelques traces de ces ruines; elles servent, pour ainsi dire, de murs d'enceinte à un petit jardin, d'où l'on découvre de fort charmants points de vue. — Voir Jean Dardenne : Guide du Touriste en Ardenne.