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LE COFFRET DE HENRI IV

Yers l'an 1008, le bon roi Henri IV eut une heureuse idée : il entreprit de visiter cette partie de la Champagne qui forme aujourd'hui le département des Ardennes. Il arriva donc, un beau matin, dans le Rethélois où tout le pays fut sur pied pour le recevoir. Chacun voulait voir d'aussi près que possible le monarque gascon déjà célèbre par ses bons mots à l'emporte-pièce et son courage de bon aloi. Les paysans, surtout, ne se tenaient pas d'aise, car la fameuse poule-au-pot venait, en ce moment, d'achever son tour de France.

Entrant donc dans Rethel, il dut tout d'abord subir un de ces longs et ennuyeux

discours obligatoires auxquels, d'ailleurs, il répondait en quatre mots avec sa malicieuse bonhomie, persuadé à bon droit que les meilleures harangues sont les plus courtes et qu'une seule phrase, pourvu qu'elle soit bien appliquée, peut résumer toute une situation. Puis, le soir venu, il s'attabla sans façon chez le bailli, chez l'échevin, peut-être même chez le gouverneur, et, comme un franc-luron qu'il était, se montra bon convive. Surtout, il ne pouvait se lasser de certain cidre ardennais, tout pétillant et tel qu'on le fabriquait alors dans les Ardennes. Il faillit même, ma foi ! le préférer à son cher vin de Jurançon si chaud, si vermeil et dont sa vaillante mère, Jeanne d'Albret, une seconde après qu'elle l'eut mis au monde, lui mouilla les lèvres avant qu'on le déposât dans l'écaillé de tortue qui fut son berceau.

Le repas terminé, ce fut bien avant dans la nuit, on le conduisit dans la plus belle chambre du logis, comme bien vous l'imaginez, et là il s'étendit dans son lit, heureux d'y prendre, enfin, un repos qu'il avait si fort mérité. Mais voilà qu'à peine endormi il est réveillé par il ne sait quelle douleur sourde qui va s'accentuant et devient intolérable. Il se dit, alors, que si parfois le petit cidre a du bon, il est souvent traître à qui en abuse. Bref! vous comprenez, il lui faut, à toute force, trouver ce fameux endroit où doivent, en personne, se rendre les rois eux-mêmes, tout rois qu'ils sont.

C'est bien! Mais où aller ou plutôt, dans cette situation, où courir? Ces endroits discrets de la maison n'étaient pas communs en ce temps-là. Descendre, ouvrir la porte, sortir, il n'y pouvait songer : il eût été ridicule pour une pareille aventure d'éveiller ses hôtes, et la majesté royale — que d'aucuns supposaient alors et supposent peut-être même encore à l'abri de ces misères humaines — en eût, sans doute, terriblement souffert.

Que faire? Heureusement qu'il aperçoit dans le coin de la chambre un coffret ; il se précipite sur ce bienheureux et nouveau vase de salut que lui envoie la Providence. Il l'ouvre. Oh ! bonheur il est vide, mais en moins d'une minute il l'a rempli, puis il le referme soigneusement.

Le lendemain, tout reposé, la figure réjouie, le corps alerte et l'esprit débordant de cette bonne humeur qui ne l'abandonna jamais, surtout dans les moments périlleux, il descend et trouve toute la population qui l'attend. On veut, avant son départ, le saluer une dernière fois.

— Ventre-saint-gris, mes amis, dit-il, on dort bien à Rethel, et vraiment vous m'avez royalement reçu. Aussi, serais-je ingrat si je ne vous laissais un souvenir de la joie que j'ai eue de me trouver au milieu de vous. Tenez! prenez ce petit coffret, mais ne l'ouvrez que dans cent ans, et, surtout, gardez-vous bien de l'ouvrir avant. Egoïstes ceux qui, ne songeant qu'à eux, n'assureraient pas le bonheur à leurs descendants.

Et remettant le coffret au bailli ou à Féchevin, peut être même au gouverneur, le roi Henri IV revint dans sa bonne ville de Paris.

Cent ans se sont écoules jour pour jour, heure pour heure.

Les officiers municipaux réunis en grand conseil sont en séance.

Avec les marques du plus profond respect, le coffret, scellé, est apporté. Prenant alors la parole, le président, d'une voix émue, rappelle en quelques mots comment ce coffret fut donné aux aïeux par le généreux monarque qui a voulu, ainsi, assurer la fortune aux petits-fils, car, sans doute, il est rempli d'or et de choses précieuses.

LÉGENDES HISTORIQUES ET RELIGIEUSES

A ce souvenir évoqué du plus populaire de nos rois, les yeux se mouillent de larmes, puis les sceaux sont rompus et, avec toute la componction qu'exige un aussi solennel moment, le coffret est enfin ouvert.

— Parbleu, Messieurs, fît un peu désappointé le président, le bon roi, en son temps, fut vraiment un farceur !

Et dans sa main, prenant une petite poignée de poussière grisâtre qu'il porta à son nez et flaira longuement :

— Ma foi, Messieurs, continua-t-il un peu remis de cette alerte, il me paraît un peu éventé, mais c'est du tabac fin. Allons ! ne lui tenons pas rigueur et prisons en mémoire du roi.

Puis entre le pouce et l'index, prenant une pincée de ce singulier tabac, il l'introduisit dans ses narines, le bumant, l'aspirant de toutes ses forces comme pour faire revenir l'arôme perdu, puis le coffret passa de mains en mains, chacun à son tour y puisant une prise et la reniflant avec toutes les marques possibles du plus profond attendrissement.

Et chaque fois qu'ils se réunirent en petit ou en grand conseil, les officiers municipaux, jusqu'à ce que ce tabac fut épuisé, ouvrirent les séances en humant une prise en souvenir du roi qui avait, nous affirme l'histoire, le cœur aussi charitable qu'il eut l'esprit gascon.

Voir, au sujet de cette tradition, les manuscrits de M. Chéiu-Pauffix, aux archives de Rethel. Mais est-ce à Relhel, est-ce à Chàteau-Porcien qu'arriva l'aventure? La légende est hésitante entre ces deux localités.

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