LA VOIE DES VACHES
Pourquoi ce nom au chemin qui contourne la forge des Bièvres à Condé-les- Autry ? Autrefois, il y a environ deux cents ans, une fc'e habitait dans une grotte appelée Trou-Boué, seule avec une vache dont elle buvait le lait; c'était sa seule nourriture. Et chaque matin un enfant venait chercher cette vache au Trou-Boué et la menait paître. Mais la fée, pour lui, resta toujours invisible. Tous les mois, elle suspendait au bout d'une corde un petit sac fermé contenant la somme qu'elle devait au berger « pour sa garde. » Celui-ci déliait le sac, prenait l'argent et s'en retournait avec la vache qu'il ramenait le soir, toujours par le même chemin qui, de nos jours, garde encore le nom de : Chemin des Vaches ou de la Garde.
M. l'Instituteur de Condé-les-Autry nous envoie une variante de cette légende :
Ce n'est pas une petite somme d'argent que, chaque année, le pâtre recevait pour son salaire, mais un pain qu'il trouvait suspendu à la corne de l'une des vaches. Un jour il se plaignit de la modicité d'une telle rémunération. 11 entendit alors une voix lui dire : « Viens cette nuit avec un sac. » 11 n'y manqua pas. Une main mystérieuse prit le sac et, quelque temps après, le lui rendit ; puis une voix lui fit encore cette recommandation : « Ne l'ouvre pas avant d'être arrivé chez toi. » Malheureusement, poussé par la curiosité, il ouvrit le sac en chemin, le vida : il en sortit du son. Rentré chez lui, il raconta son aventure à sa mère. « Peut-être, dit celle-ci. que tu ne l'as pas bien secoué. » Elle prit le sac, le secoua, il en sortit une pièce d'or et une pièce d'argent. Vite ils coururent à l'endroit où le sac avait été ouvert et vidé; mais ils n'y trouvèrent ni or ni son.
Même légende à Rocquigny, Saint-Aignan, Imécourt, Saint-Martin, Saint-Menges (les Fégots), Bazeilles (les fées de la Baterne), Chàtcau-Porcien, Escombres, Messiucourt, etc., etc.
Un jour le pâtre négligea de prendre la bourse suspendue à la corne de la vache. Depuis ce jour il ne revit plus cette ïoourse et ne fut jamais payé.
Voir plus loin : les Sorciers de la cave à Bosseaux ; les Fées de la Cave ; les Fées du Mont-Chatillun, et dans le Nord-Est du 28 juin 1876 : la Cave aux Fées.
(1) Nous n'avons choisi que les légendes les plus caractéristiques — nombre d'cutr'elles, avec quelques légères variantes, sont communes à maints villages ardennais, — et surtout nous les avons reproduites telles qu'elles nous ont été racontées, sans superfétation, sans y rien ajouter, sous prétexte d'ornements littéraires.
Les fées du Bois-de-Brossart (tout proche de Clavy-Warby) avaient aussi des vaches qui se mêlaient, le matin, au troupeau communal et disparaissaient le soir. Un pain que le pâtre trouvait chaque mois suspendu à ia corne de l'une des vaches, lui servait de rétribution.
Ces mêmes fées du Bois-de-Brossart, dont le refrain singulier était :
La plume vole... vole... vole...
La plume s'envole-t-au vent,
mirent une fois, dans le tablier d'une pauvre femme qui ramassait du bois, une grosse poignée de feuilles mortes. « Porte ça chez toi niais, en route, ne regarde pas ces feuilles, » Hélas ! le malheur voulut que, la curiosité étant la plus forte, cette femme jetât les yeux sur son tablier. Toulcs les feuilles alors tombèrent, sauf une qui se changea en pièce d'or quand la paysanne fut rentrée chez elle. Elle revint vite sur ses pas, mais les feuilles avaient disparu. — Communiqué par l'instituteur de Clavy.
Même légende à Stonue. Un gardeur de porcs, qui gardait pour les fées une vache mystérieuse, reçoit en paiement un sac plein de braise qu'il vide, furieux de n'être pas payé en argent. Rentré chez lui, il retourne son sac et y trouve quelques louis d'or. Vite il court à l'endroit où il avait vidé son sac, c'était au lieu dit la Fontenelle, mais il n'y vit que cette même braise.
Lire les Pommes de pin, dans les «< Contes merveilleux » de Porcuat.
Lorsque la propriété se resserra, que les habitants s'agglomérèrent dans les bourgades, que la commune apparut enfin, il fallut bien sauvegarder, protéger les troupeaux constituant alors toute une fortune, souvent, et contre les bêles féroces dont les forêts étaient peuplées, et contre les malfaiteurs, et contre les seigneurs féodaux aussi dangereux que les bêtes fauves. Cette nécessité de la Sefense fit naître la pensée de réunir les troupeaux et de les placer sous la garde d'un pâtre commun. En effet, il était facile d'enlever une vache ou quelques moutons que gardait une femme; mais lorsque le troupeau était réuni eu masse et surveillé par un berger et ses chiens, et qu'en cas de méfait sur le troupeau commun on avait à lutter contre l'autorité municipale, bien qu'en ce temps elle fut encore peu développée, il y avait, contre le ravisseur, une force qu'il n'osait affronter, parce qu'alors il s'attaquait à la commune entière. En outre, les limites des bourgs et des communes n'étaient pas plus, à l'origine, déterminées que les propriétés particulières. Les cultivateurs étaient exposés à des procès, soit avec les habitants des communes voisines soit surtout avec le seigneur sur les propriétés duquel les troupeaux se transportaient. Le mélange de ces divers territoires, euclavés les uns dans les autres, rendait indispensable une espèce d'association entre les communes qui trouvaient ainsi un efficace moyen de protection mutuelle. — VoirDALLOz : Répertoire de jurisprudence, au mot « droit rural. »