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LA GALETTE ENCHANTÉE

Un jour, deux cultivateurs de Ham-les-Moines, le père et son fils encore jeune, labouraient un champ non loin du « Bois du Ravelin » où se voit cette excavation appelée la « Cave à Rosseaux. » Tout à coup, ils entendirent comme le bruissement d'un four invisible et le bruit d'un pâtissier qui enfournait. Le jeune homme dit en riant : « Eh! là-bas, si vous faites de la galette, apportez-nous-en! » Et ils continuèrent à labourer.

La journée finie et traversant une prairie pour se rendre à leur ferme, ils 'virent, non sans surprise, une table au beau milieu de cette prairie et sur cette

table, entre deux couteaux neufs, une belle galette toute fumante. « Mangeons, dit le père, il ne faut rien refuser, même aux sorciers. » Puis, le repas achevé, ils reprirent le chemin de la maison.

Le lendemain, dans la même prairie et sur la même table, une autre galette qu'ils s'apprêtèrent à manger. « C'est singulier, dit le père, je ne vois qu'un couteau. — C'est, répondit le fils, qu'hier j'ai mis dans ma poche celui dont je m'étais servi. — Voleur ! tu vas être cause que nous serons charmés, rends vite le couteau. » C'est ce que fit le fils le tirant de sa poche, mais, à l'instant même où il allait le poser, la table et la galette disparurent aussitôt, laissant le père et le fils stupéfaits de celte aventure dont, à la veillée, on parle encore dans le pays.

Blême légende à Saint-Menges, Rocquiguy et Chaurnont-Porcien. Les laboureurs trouvaient au bout de leur sillon du vin et de la galette qui leur étaient apportés, dans un panier que recouvraient des serviettes, par les fées habitant le « Mont-Chàtillou. » 11 fallait ne pas oublier, le repas terminé, d'envelopper les bouteilles vides dans les serviettes. Un jour on ne prit pas ce soin et depuis ce moment les laboureurs ne trouvèrent plus ce fameux panier rempli de galette et de vin. — Communiqué par M. Malherbe. — Voir les Fées du mont Châtillon; les Fées de la Cave.

Les fées du Trou-Bossart — entre Clavy-Warby et Neufmaison — dressaient aussi pour les cultivateurs des tables chaînées de vin et de galette exquise, ainsi que les fées du trou redouté de Mox-Houzy (commune de Yoncq).

Pour les fées du Trou-Magnon, territoire d'Arnicourt, c'était tout le contraire : elles ne donnaient pas de galettes aux paysans, il fallait leur eu donner.

Nous retrouvons encore dans une légende qui a cours à Renneville, le souvenir de ces galettes magiques. Sur le haut d'un petit monticule appelé Pont de Vache, aujourd'hui presqu'entièrement affaissé, étaient jadis souvent dressées des tables chargées de galettes. Voulait-on les prendre, elles disparaissaient instantanément et ne reparaissaient que lorsqu'on s'était éloigné. Communiqué par M. Froment, de Renneville.

Même légende à Saint-Menges.

A comparer ces traditions ardennaises avec cette légende normande que nous conte M. Lecœur :

Un fermier dont c'était le tour de faire le labourage du champ aux fées, emmena son petit garçon pour toucher les bœufs. Après avoir tracé quelques sillons, il trouva au bout du champ, étendue sur l'herbe, une belle nappe blanche. Une belle galette à la croûte dorée et sortant du four s'y étalait en compagnie d'une grosse tourte, d'un petit pot de beurre fraîchement baratté et sans sel, et d'un pot de cidre mousseux. 11 y avait aussi deux petits couteaux neufs, jolis et brillants à ravir. On s'installa sur le gazon et, tout en mangeant son quignon de pain beurré, le garçonnet ne cessait de regarder avec une admiration envieuse son joli petit couteau. Le repas achevé, le travail fut repris, mais à peine les deux bœufs avaient-ils fait quelques pas que l'un d'eux s'abattit soudain et que l'autre fit de même. Le laboureur, surpris et se remémorant les regards de convoitise jetés par l'enfant sur son couteau, devina la cause de cette mésaventure. « Fouille dans ta pochette, dit-il, et cours reporter aux Dames le couteau que je t'avais défendu d'emporter. >. Ainsi fut fait et aussitôt les bœufs, se relevant, reprirent leur travail.

Cette légende de la galette et des couteaux est d'ailleurs commune à bien des départements de la France, avec quelques variantes. Quelquefois, par exemple, la fée invisible poursuit le jeune larron en lui disant : « Rends-moi mon couteau, » jusqu'à ce qu'il se soit exécuté.

Voir Monnier et Vingtrimer : Coutumes du Forey, du Bugey ; Fleury : Littérature orale de la Basse-Normandie ; Sauvé : Le Folk-Lore des Hautes-Vosges, etc., etc.

Voir aussi dans Sébillot, Conte des paysans et des pêcheurs : « Le Pertus es Fées » (le trou aux fées). Une première galette est toute remplie de poils, la deuxième seule est bonne.

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