PIE-PIE-VAN- VAN
Les bords de la Meuse, jadis, n'étaient quasi, entre Bogny et Braux, qu'une suite de marais hantés par les lutins et les esprits follets. Ils se tenaient à l'affût du voyageur imprudemment attardé dans ces parages, le fascinaient, l'attiraient dans l'eau et l'y noyaient. Puis, sur la tête de leur victime qui surnageait, tous ces lutins, tous ces esprits follets dansaient une sarabande en criant : « Noyé ! Noyé ! »
Or, il arriva qu'un forgeron de Braux se dit :
— Je parie bien que les lutins ne pourront me fasciner pour me noyer. J'irai les trouver cette nuit et je me mettrai un van sur la figure quand ils me regarderont.
C'est ce que fit notre forgeron, et les lutins furent, d'abord, tout penauds; mais, apercevant ses chaussures toutes reluisantes de clous cuivrés, ils chantèrent :
Pie pie, van van !
Pie pie, van van !
Des petits cacas blancs !
Le forgeron, plus mort que vif, ne bougeait pas, et le charme n'ayant pu opérer parce que la figure ne fut jamais à découvert, les lutins et les feux follets,
de guerre lasse, durent renoncer à leur proie. Tout victorieux, tout fier, le forgeron put, ainsi, revenir à Braux où déjà l'on déplorait sa fatale imprudence, le croyant bel et bien noyé dans les marais.
Et c'est depuis cette aventure que l'on dit encore aujourd'hui, dans le pays de Braux, quand, la nuit, on aperçoit au loin briller une lumière, ou que l'on rencontre sur sa route, lorsqu'il fait noir, un voyageur portant une lanterne allumée :
« Voici un Pie-pie-van-van ! »
On écrit aussi, mais particulièrement du côté d'Igcs : Pipi-vent-vent, ou encore : Pied-piedvan-van. Dans ce pays d'Iges on montre, éparses au milieu des prairies, des touffes d'herbes tranchant par leur épaisseur et leur couleur plus foncée. C'est surtout à cette place, racontent les légendes locales, qu'habitaient, proche de la Meuse, les Pipi-vent-vent, et c'est là, aussi, que sorciers et sorcières dansaient en rond les nuits de sabbat. — D'après une communication de M. J. Poirier.
En sortant de Revin, dans la petite vallée du Fond-des-Bauges, lorsqu'on arrive au bois des Marquisades, en plein du carrefour que forment les routes des Mazures, d'Anchamps, de Laifour et de Deville, on se trouve précisément à l'endroit où, jadis, apparaissait, la nuit, un « fantôme local » nommé le Bayeux. 11 poussait des cris de détresse ou des huhulements plaintifs, ou souvent encore des appels désespérés : « Au secours ! je me noie ! »
Ce Bayeux s'appelait, de son vivant, Nicolas Mochet. C'était un homme avaricieux, rapace, qui eût rendu des points à Harpagon. Un soir qu'il rentrait chez lui, fort avant dans la nuit, il fut surpris par les Pie-pie-van-van, qui l'attirèrent clans un marécage et l'y noyèrent.
Quelquefois, le fantôme se montrait, mais seulement à ceux qui, la conscience chargée d'un péché mortel, n'étaient pas en état de grâce. Il les promenait à travers bois et marais, puis là se bornait sa puissance, car il ne les pouvait noyer. Quand arrivait le jour, il disparaissait, abandonnant ses victimes fourbues, mouillées, car il les plongeait et les replongeait dans l'eau, évanouies, mais vivantes. — D'après une communication de M. Fricotteau, de Reims. (M. Fricotteau nous a donné plusieurs renseignements fort intéressants, fondus dans nos notes).
D'où vient ce mot : Pie-pie-van-van ? On raconte que, jadis, un batteur en grange, sa journée faite, s'en retournait de Pouru-Saint-Remy à Francheval. Arrivé au pont de Pouru, il se vit tout à coup entouré de Hallequins cherchant à l'entraîner jusqu'au fleuve pour l'y noyer. Se couchant et se cachant la figure sous son van, il dit : « Vous aurez beau faire, vous ne réussirez pas à me noyer, je ne bouge plus, dussé-je passer la nuit ici. » Les Hallequins s'approchèrent alors de lui et frappèrent à petits coups redoublés sur le van, tout en répétant : « Pie-pie-van-van ! Pie-pie-van-van ! » D'où ce nom qui leur est resté. Puis, de guerre lasse et le batteur ne se levant, ils durent battre en retraite et lui laisser continuer sa route. — D'après une communication de Mlle Jacquemart, institutrice à Francheval.