CHAPITRE XXm
le retour ; condamnés au repos loin de la patrie, rirnpatience les gagnait : a Je me promène de château en château, écrivait mon père; je suis à présent dans ime grande commanderie de l'ordre Teutonique ; le commandeur est homme de bonne compagnie et gourmand, ce qui me
convient assez Dernièrement j'étais dans un
grand manoir, des corridors comme au couvent; un prince sourd et une princesse criarde en étaient les maîtres; du reste, bien logé et bien soigné... et je n'en suis que plus ennuyé. \s maréchal lui-même est atteint ; je cherche à le distraire,, je l'entraîne; nous chassons la grosse béte et l'ennui, mais l'ennui revient toujours. Ah! j'ai grand besoin de me dégermaniser. »
Malgré cet ednui, il écrivait des lettres gaies, spirituelles, dont je regrette de ne pouvoir citer que quelques rapides passages. Une chose surtout le préoccupait, c'était l'éducation de ce fils qu'il n'avait pas çncore vu : a Qu'on ne cède pas à ses caprices, écrivait-il ; les caprices de l'enfant sont les volontés de l'adolescent et trop souvent les vices de l'âge viril, a Puis il disait à la mère : « Garde ton enfant pour ton
eœur, n'en fais pas un objet de vanité, s Enfin, il ajoutait : n Quant à moi, je ne sais quand je le verrai; je pense qu'il faudra bientôt l'engager, et très-probablement je ne l'embrasserai qae lorsqu'il sera sous-lieutenant. »
Aùgaste Colbert avait su se créer de nombreuses relations et même rencontrer des amis. Il est une de ces amitiés que je ne dois pas passer sous silence, parce qu'elle a un caractère particulier et digne d'intérêt.
Dans la campagne de 1800, en Allemagne j lès hasards de la guerre l'avaient mis en présence d'un colonel Walmoden : c'était le plus jeune colonel de l'armée autrichienne ; mon père était le plus jeune colonel de l'armée française: ce fut un motif de rapprochement. D'autres circonstances s'y mêlèrent probablement, mais je les ignore. Toujours est-il qu'il en résulta une liaison qui durait encore en 1806.
J'ai de cette époque plusieurs lettres de Walmoden; il écrivait le 10 mars, après la campagne : c Votre lettre m'est parvenue il y a quelques joiu^, mon cher Colbert, et je n'ai sûrement pas besoin de vous dire qu'elle m'a causé im
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