PAUL SÉBILLOT
MAISONNEUVE ET C". iïDITnURS
»î, QOAl VOITAIRB, Sî
INTRODUCTION
MJgFSjE me mis proposé, dans lés chapitres qiti com- P*jK posent ce livre, d'iludier les traditions, les "^•vH croyances et les superstitions de la Haute- Brdagne pendant la seconde moitié du XIX' siècle. C'est uni série Sétudes d'après nature; la plupart du temps, ce n'est pas Fauteur qui est en scène, mais les paysans ou les marins qui raamtenl ce qu'ils savent, ce qu'Us croient et u qu'on pense autour d'eux. Réunir Us dépositions mimes, m n'intervenant que lorsqu'il était nécessaire, m'a semblé h meilleur moyen d'arriver à la vérité : toutes les fois que je l'ai pu, j'ai préféré ce que j'ai recueilli moi-même aux renseignements que pouvaient me fournir des ouvrages précédemmenl publiés sur la
matHre. Aussi, txcepU pour Us monuments prffnitoriques, ce livre ist, dans ta Irès-gnmJe partie, composé de documents inédits.
Pour Us réunir, j'ai dû faire une enquête qui n'a pas toujours été facile; car il n'est pas aisi, surtout en matière de superstition, de savoir au juste quds sont Us sentitiunis et I<r croyances de ceux que l'on interroge. J'ai utilisé, pour explorer autour de moi. Us séjours auxquels m'ohligeaienl, en des pays variés et asicx, éloignés Us uns des autres, mes occupations de paysagiste, mes relations de famille ou mes affaires d'intérêt. Ainsi qu'on U verra par la description' succincte de mes principaux centres (Pexploratioti, chacun d'eux s'est trouvé, par Us hasards de la vie, à pat prés tel que j'aurais pu le choisir si j'avais voulu des pays différents de mœurs, de coutumes et à-affaires.
Eu llle-et-Vilaine, ma principale et presque ma seule station a été la commune d'Ercé, canton de liffri, à vingt-quatre kilomélres environ de Rennes, à une distance égale de Fougères. En ce pays, la culture est Ofvancie, et les habitants, dont un grand nombre sont bouchers, ont de fréquentes rdalions faite Us villes voisines. L'aisance y est générale, d l'instruction au-dessus de la moyenne de l'Ule-d- Vilaine : les personnes absolument illettrées y sont rares, et je ne sais si parmi celles que j'ai interrogées, à part quelques vieilles femmes, il s'en trouvait
INTRODUCTION Ht
plus de deux ou trois qui ne savaient pas au moinslire. Ercê est peu distant de la forêt de Rennes, très-voisin de celle de Haute-Sève, où se voient plusieurs menhirs, et de celle de Saint-Pierre : f avais ainsi un pays oii les superstitions et les croyances forestières sont conntus ; V ancien château du Bordage, situé sur son territoire, et qui a joui un rôle important à Vépoqtie de la Ligue, le voisinage de communes dont les unes, au moment de la Révolution, tenaient pour les chouans, tandis que les autres étaient ardent ment républicaines, me permettaient aussi défaire porter l'enquête sur les souvenirs laissés par les événements du passé.
Dans les Côtes-du-Nord, mes séjours ont été plus variés : tous les ans je vais à Matignon oà je suis né, à Dinan oit j*ai été élevé. De plus, j*ai pendant deux étés fait des études de paysage à Saint-Cast, canton de Matignon, tout au bord de la mer, dans un pays oii la moitié de la population est composée de pêcJjeurs ou de marins. Là je trouvais les légendes des fées des houles^, les traditions et les superstitions relatives à la mer et aux animaux qui la peuplent. Saint- Cast ayant subi en ij^S l'invasion anglaise, ayant fourni des équipages aux corsaires de la Révolution et de V Empire, je pouvais aussi savoir si les habitants avaient gardé la mémoire de ces faits historiques encore presque récents.
Au point de vue de Y instruction, Saint-Cast et
matièri. Aussi, txctptl pour Us monuments prlhi toriques, ce livre est, dans sa Iris-granJe parti composé de documents inédits.
Pour Us réunir, j'ai di faire une enquête qui i pas toujours été facîU; car il n'est pas aisé, sur» en matière de superstition, de savoir ait juste qm sont Us sentiments et les croyances de ceux que fi interroge. J'ai utillsi, pour explorer autour de m les séjours auxquels m'obligeaient, en des pays iwi et asse^ éloignés les uns des autres, mes occujxUi» de paysagiste, nus relations de famille ou m affaires d'intérêt. Ainsi qu'on U verra par la k cription' succincU de mes principaux centres d'explm tioo, chacun d'eux s'est trouvé, par Us hasards de • vie, à peu près tel que j'aurais pu U choisir si j'am voulu des pays différents de maurs, de coutumes
En Jlle-et-Vilaine, ma principale et presque* seule station a été la commune d'Erci, canton Liffrl, à vingt-quatre kilomètres environ de Renni à une distance égaU de Fougères. En ce pays, culture est avancée, et Us habitants, dont un gn nombre sont bouchers, ont de fréquenUs relatic avec les villes voisines. L'aisance y est générale, l'instruction au-dessus de la moyenne de l'IIle^ Vilaine : les personnes absolument illettrées y n rares, et je ne sais si parmi celles que j'ai interrogi d pari quelques vieilks femmes, il s'en tToui\
•lus de deux ou Irais qui ne savaient pas au moinx ire. EtU est peu distant de la forêt de Rennes, rès-vûisin de celle de Haute-Sève, oii se voient pluieurs menhirs, et de cale de Saint-Pierre : j'avais linsi un pays oii les superstitions et les croyances 'orestiéres sont connues; l'ancien chdleau du Bordage, ituê sur son territoire, et qui a joui un râle imporanl à l'époque de la Ligue, le voisinage de a.
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Dans les Côtes-du-Nori, mes séjours ont été plus lariis : tous les ans je vais à Matignon oit je suis lé, à Dinanoii foi éli élevé. Déplus, j'ai pendant kux étés fait des études de paysage à Saint-Cast, aiilon de Matignan, tout au bord de la mer, dans m pays oit la moitié de la population est composée de >lc!/euTs pu de marins. Là je trouvais les légendes des 'ies des houles] les traditions et tes superstitions relaives à la mer et aux animaux qui la peuplent. Saint- -flJï ayant subi en iJfS Finvasion anglaise, ayant 'ourni des équipages aux corsaires de la Révolution t de l'Empire, je pouvais aussi savoir si les habitants tuaient gardé la mémoire de ces faits historiques ncore presque récents.
Au point de vue de Tirtslrtiction, Saint-Cast et
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ammums maritima dts environs sont un peu audessus de la mûyimte de h partie française des Câteiiu-Nord ; le nombre des illettrés ne i'Hhie pas à beaucoup plus du quart de la population.
La dernière partie de mon enquête a Hi faite au château de la Saudraîe, commune de Penguily ; Us dépositions que j'y ai recueillies sont désignées par k lettre F, du nom de la commune où il est situé; mais elles comprennent celles de gens originaires de Sainl- Glen dont il est peu éloigné, du Gouray et de quelques autres pays, dans un rayon de six à sept kilomètres. Dans ces communes, sauf le Gouray et Saint-Glen, les illettrés sont nombreux, et je ne crois pas exagérer en disant qu'ils y forment plus de la moilii de h population. C'est un pays purement agricole, peu éloigné du Mené, le seul groupe montagneux de cette partie de la Bretagne : cette dernière circonslanu me permettait de connaître les superstitions des landes d de la montagne. Les monuments mégalithiques, lis gros hiacs naturels y étant nombreux, je pouvais aussi voir s'il s'y rattachait quelques légendes particulières : c'est là que j'ai trouvé presque tout ce qui st rapporte aux Margot la fée (cf. le chapitre des Fies).
Tels sont les endroits oii j'ai fait une enquête qui n'a pas duré Tnoins de quatre ans. fat eu aussi k bonne fortune de trouver en diverses parties du pays gallot d'intelligents auxiliaires. Un céltisant de beaucoup de mérite, M. Emile Emault, m'a communigiU
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nombre de renseignements, relatifs surtout aux mots patois des communes situées sur la limite du breton et du français ; ils sont disignés par S.~D (Saint- Donan et pays limitrophes). MM, Bourie et Emile Hamonic ont exploré les environs de Moncontour; M, Bélier, inspecteur primaire à Rennes, qui recueille en ce moment les matériaux ^un inventaire des mégalithes de VlUe-et-Vilaine, a détaché pour moi de son ouvrage plusieurs notes inédites, et M, Decombe m'a fourni, sur quelques pays de VlHe^t-Vilaine, des notes intéressantes. On trouvera d'ailleurs, au bas de leurs communications, les noms de ces collaborateurs et ceux de quelques autres que je ne cite pas ici, pour ne pas trop allonger la liste.
J'ai aussi puisé des renseignements curieux dans les auteurs qui se sont occupés de la Haute-Bretagne, soit pour constater qu'ils avaient relevé à uw certaine époque des faits que je n'ai pas retrouvés, soit pour confirmer ma propre enquête.
Parmi ceux que j'ai mis le plus souvent à contribution, je citerai M, Danjou de la Garenne, qui a exploré avec beaucoup de sagacité les pierres à bassins de V arrondissement de Fougères ; M, Emoul de la Chendière, dont /Inventaire des mégalithes des Côtes-du-Nord, dressé avec grand soin, me semble plus complet pour la partie bretonne que pour celle de languefrançaise. Je leur ai emprunté plusieurs faits intéressants qui figurent dans mes deux premiers chapitres.
KTRODUCTION
Pour U resU de mon livrt, j'ai surltml eonsidli,
farmi tes auieurf qui ont écrit sur h HauU-Brilagnt, U docteur Foa^iut, Ogit, M™ de Cemy, Habaîgi4e. Ce dernier, qu'il es! de mode de dédaigner aujourd'hui, ne mérite pas ce discréiii, et souvtat il oia été donné de reconaaitre la justesse de ses observations.
Tels tant les iléments dont se compose le texte de mon travail, oit j'ai essayé de tracer en quelque sorte b tableau de la mythologie populaire de h Haute- Brtlagne. Cette enquête sera complétée par d'autres volumes : les Coutumes et les Fêtes, la Médecine superstitieuse, etc., dont je m'occupe de recueillir les matériaux.
J'ai rapproché les traditions et Us superstitions de la Haute-Bretagne de celles des autres pays ; maisjiresqtu toujours j'ai systématiquement borné les notes comparatives à la France et aux pays qui parlera français. Ainsi qu'on le verra en jetant un coup d'ail sur les livres (i) que j'ai consultés, la liste en est dJjd loHgite, Aller au delà m'aurait entraîné d un commentaire démesurément étendu ; un livre d'ensemble ne peut pas, comme la monographie d'un seul conte ou $U7te superstition déterminée, embrasser le domaine de la littérature populaire comparée, déjà si vaste et qui /agrandit de jour en jour.
Ce qui mt semble résulter de ces comparaisons bornées à f ancienne Gaule, t^esl la grande parenté qui existe entre les traditions et les superstitions des différentes provinces. La plupart des faits que j'ai constatés en Haute-Bretagne se retrouvent en substance dans quelqu'un des nombreux livres qui ont été publiés sur la Bretagne brelonnante, et, pour ne citer qu'un seul auteur, j'ai recueilli en Haute-Bretagne plus de la moitié des légendes chrétiennes dont M. Luiifl a fait un livre si intéressant. Les autres pays de France,
surtout ceux de FOuesl, i breiix similaires, et en somn cas, j'en ai retrouvé partout o, ration de quelque importance, le t
" Toutes les superstitio 1 iu les retrouve pas .
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!, dans la plupart des a été faite une explo- » qui justifie presque 1 mythographe de mes s se retrou-vent partout, 1 quelque endroit, ifesl