II8 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
Un jour une femme dit à sa voisine :
— Ma pauvre commère, je crais que mon gars a été changé par les Margot ; il n’a pas encore un an, et il mange autant qu'une grande personne. Hier, j’ai voulu lui donner un petit morciau de ma beurrée ; il m'a parlé aussitôt et m'a dit: « Vous nez qu'à m’donner la beurrée tout entière; je la mangerai bien. » Jamais n'y a zeu d’éfant à manger tant comme ‘la ; j’en sé désolée ; et j'voudrais ben saver c’qui faut faire.
— Vous n'ex qu'faire de vous tracasser, dit la commère; j’vas vous dire comment qu’? faut faire. Vous prenrez ds œu’s; vous leur casserez le petit bout, et puis d’cela vous mettrez des petits brochiaux d’hois dedans; v'allumerez un bon feu; vous les meitrez autour, debout, et vous mènerez le petit faitiau à se chauffer aussi.
La femme fit tout cela, et quand le petit faiteau vit les œufs bouillir et les petits bois sauter dedans, il s’écria :
Voilà que j'ai bientôt cent ans; Mais jamais de ma vie durant Je n’ai vu tant de p'tits pots bouillants.
La femme vit tout de suite que son enfant avait été changé et qu’on avait mis un faiteau à Sa place selle Sécria &
— Vilain petit sorcier, je vas te tuer |
DE LAUNHAUTE-BRETAGNE 119
Mais la fée qui était dans le grenier lui cria : N’tue pas l’mien, J'te renrai l’tien ; N’tue pas l’mien, J'te renrai l’tien.
(Communiqué par M. E. Hamonic, de Moncontour, qui tient ce conte de Mme Ragot, native de La Motte, près Loudéac.)
Cf. sur les Changelings les p. 90-91 du présent chapitre, où sont cités des contes similaires; cf. aussi Ernoul de la Chenelière, p. 41.
Elles avaient toutes sortes d'animaux, excepté des cochons et des chiens.
Les fées du Cas-Margot, près Moncontour, gardaient leurs vaches sur la lande de la Chapelle avec les pâtours ; ceux-ci n’avaient le droit de rien leur dire. (P.)
Dans un conte inédit de ma collection, les Margot la fée ont un pâtour pour garder leurs bœufs. Un jour qu'ils étaient passés en dommage, le maître du champ veut les frapper ; mais aussitôt son propre bétail meurt. (P.)
« La fée possédait deux bœufs qui étaient à la disposition de tout le monde. Ils se nourrissaient seuls, et travaillaient depuis le soleil levant jusqu’au soleil couchant, moment où ils disparaissaient. »
(Ernoul de la Chenelière, p. 40.)