‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 59 sur 85 · F. —— LES LAVANDIÈRES DE NUIT · texte numérisé non relu

F. —— LES LAVANDIÈRES DE NUIT

Certains doués sont affectionnés par les lavandières de nuit. Parfois elles restent des années sans qu'on entende parler de leur battoir, puis tout d’un coup elles reparaissent. En Ille-et- Vilaine, on prétend que les lavandières de nuit sont des mères qui ont tué leurs enfants, ou bien des femmes qui ont lavé le dimanche.

Les personnes qui ont lavé le dimanche reviennent en jour — mais la plupart du temps invisibles — au doué où elles lavent à l’heure où elles ont violé pendant leur vie le repos dominical. (E.)

Les lavandières de nuit sont communes en Basse-Bretagne:

D'EXVARIEANUFE-BREFAGNE 249

(cf. Le Men, p. 421, lavandières qui ont trop économisé lo savon ; Souvestre, Les lavandières de nuit; Dulaurens de la Barre, Les Mines de Huelgoat, etc.).

Les lavandières de nuit sont aussi connues en Berry. Ce sont « les âmes des mères infanticides ». Elles battent et tordent incessamment quelque objet qui ressemble à du linge mouillé, mais qui, vu de près, n’est qu’un cadavre d'enfant, (G. Sand, Légendes rustiques, p. 30; cf. aussi Laisnel de la Salle, t. I, p. 123-124.) D’après G. Sand, c’est une sorte de grenouille qui produit le bruit du battoir.

Aux Guerches, près Matignon, il y avait des lavandières qui faisaient tordre le linge; il y avait aussi une dame blanche.

Il faut bien se garder d'accepter de tordre le linge, car si on se trompait en le tordant, on mourrait.

Une lavandière de Dinan, morte aujourd’hui, et connue dans la ville sous le sobriquet de la mère Paillasse, était allée un soir voir une femme en couches qui demeurait dans une ferme, à quelque distance de la ville. Vers une heure du matin, elle quitta la malade et se mit en route pour s’en retourner chez elle. Pour s’abréger, elle passa par la prairie des Noes-Gourdais, où il y a un douë. Auprès elle aperçut une femme qui étendait du linge, et il y en avait un paquet considérable. Elle s’arrêta auprès de la lavandière et lui dit :

— V'’êtes ben tard ané (aujourd’hui.)

L'autre ne lui répondit rien, et elle ne voyait pas sa figure, à cause de la lune qui était derrière sa tête. Elle lui aida à ramasser le linge, et quand il fut mis en paquet, elle lui aida à le soulever sur son dos. La lavandière se tourna alors, et la mère Paillasse s’aperçut qu’elle avait une tête de mort. Elle s’en alla au plus vite, et toutes les fois qu’elle racontait cette aventure, elle était si émue que la sueur lui perlait sur le front.

(Conté par M. Léonce Petit, qui, étant enfant, a entendu la lavandière elle-même la raconter.)

Un homme qui passait une nuit près des Noes- Gourdais vit une personne occupée à ramasser du linge, qui le pria de lui aider à le tordre. L'homme s’approcha et prit les draps par un bout; mais la femme lui frappa un coup sur la figure avec l’autre bout du drap, et l’homme s’aperçut qu’il avait devant lui un fantôme. (D.)

« Au-dessous de l’Angevinais, il y a un endroit du canal qui s'appelle Ponha. Une nuit, une femme de Conaquen, croyant être au matin, descendit à la rivière pour laver. Elle cria à son mari: « Thomas, passe-moi des draps, » et au même moment elle tomba dans la rivière, où elle se noya. Depuis ce temps, elle revient vers

DENPANHAUTE-BRETAGNE 2S1

la Toussaint, entre dix et onze heures du soir. On l'entend frapper trois coups de battoir, puis on n'entend plus rien. Plusieurs personnes encore vivantes l’ont entendue, et lorsque les femmes se lèvent avant le jour pour aller laver ou restent trop tard le soir, on leur dit : « Vous allez faire comme la lavandière de Ponha. »

(Recueilli par Mie Élodie Bernard.)

En Berry (cf. G. Sand, Léy. rust., p. 62), les âmes des suicidés reviennent).

Après dix heures du soir, sous les anciens ponts des environs de Bécherel et de Tinténiac, principalement à Piedlouais, près des Iffs, il y a des femmes qui lavent. Si on s’approche d’elles, on voit comme une lueur, et elles disent :

— Suivez votre route; je fais ce qui m'est ordonné.

Dans le pays, on prétend que c’est surtout une femme catholique, tuée jadis par les huguenots, qui revient ainsi la nuit.

(Conté par J. Legendre, de Saint-Brieuc-des-Iffs, 1880.)

En Normandie, près du Pont-Angot, une dame blanche vient laver son linge à la lueur des étoiles (cf. A. Bosquet,

On dit aussi que les enfants qui ont frappé leur mère étant petits ne peuvent avoir de repos que lorsque leur mère est venue les frapper;

jusque-là, le bras coupable sort de la tombe. sente

Cette croyance est connue en Anjou et en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 283).

Page 1