‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 75 sur 85 · I. — PERSONNAGES POPULAIRES · texte numérisé non relu

I. — PERSONNAGES POPULAIRES

mes IEN que les Gallots se considèrent comme 1 Français, ils ont gardé un certain esprit

à de quasi-nationalité provinciale, moins prononcé toutefois que celui des Bas-Bretons.

De l’histoire de la Bretagne indépendante ils se rappellent peu de chose; ils savent vaguement que les cinq départements actuels ont jadis formé un petit État autonome qui eut souvent à batailler contre les Normands et les Anglais.

Quelques noms propres ont surnagé, et parmi eux celui d'Arthur de Bretagne; je ne sais si c’est le héros de la légende ou l’un des princes qui ont porté ce nom. On nomme la chasse Arthu? ou Arthur le bruit que font dans les airs les migrations des oiseaux voyageurs. Vers Bécherel, et sans doute ailleurs, on dit en proverbe d’un homme solide qu’il est « fort comme un Arthur ». On connaît aussi les noms de Duguesclin, le connétable qui battait les Anglais et était secourable - aux pauvres gens; de Gilles de Bretagne, que son frère empoisonna, et de la duchesse Anne, qui fut le dernier souverain de la Bretagne.

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348 L'RADITIONSRET SUPERS FITIONS

Souvent on l’appelle simplement la duchesse ; on lui attribue la construction de plusieurs châteaux (1), et quelques voies romaines portent aussi . Son nom. « La voie romaine qui traverse le canton de Fougeray.... passe tout près et à l’est de l’ancien manoir de la Praye, où, selon une légende recueillie par M. Gaudin, la duchesse Anne et les sires de Rohan faisaient halte en se rendant à Rennes. Cette voie porte indifféremment les noms de chemin de la duchesse Anne et de chemin de la Royne. »

(Guillotin de Corson, Soc. ant. d’Ille-et-Vilaine, t. NII, P+ 299.)

« La voie romaine qui traverse Pléchâtel porte le nom de chemin de la Royne. »

(id; tAN p.213.)

« A Langon est le chemin de la Royne, appelé aussi chemin de la duchesse Anne ou de la Guerche (Gwer’ch, vierge ?). »

(Ibid, t. XII, p. 6.)

Voici quelques récits que j'ai recueillis, et où la vérité historique fait place à la légende :

Après la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier,

(x) Cf. Joilivet, t. I, p. 146, la Roche-Suhard en Trémuzon.

D'EMPANIMAUTE=BRETACNE 349

la duchesse Anne voulut s'échapper par le souterrain du château ; elle fit ferrer ses chevaux à rebours, de sorte que ceux qui la poursuivaient faisaient fausse route. Elle fut vendue par son valet, qui plus tard paya cher sa trahison, car il fut tué, et on la rattrapa non loin de la fontaine de Jovence.

(Conté par plusieurs personnes, entre autres par Françoise Dumont, d’Ercé, et par Joseph Legendre.)

D'après une légende recueillie à Blain (Loire-Inférieure), et rapportée par M. Desaivre, Myth. locale, p. 12, la duchesse Anne fut livrée non par son valet, mais par les pies qui, an jour qu’elle s'était cachée dans le corps d’un cheval pour échapper aux Anglais, dépecèrent le cadavre et trahirent sa retraite. Dieu, pour les punir, les chassa à tout jamais de la forèt de Gâvre.

En Normandie, la dame du manoir Fauvel se sauva avec son écuyer en faisant ferrer ses chevaux à rebours.

Près Saint-Aubin est la butte à Moqué, où la duchesse et ses dames d’honneur allaient se reposer autrefois.

« Les habitants du Vieux-Bourg en Saint-Just {Ille-et-Vilaine) ont conservé le souvenir d’un couvent dont il ne reste aujourd’hui aucune trace, et ils prétendent même que la duchesse Anne y venait parfois faire des retraites. Historiquement parlant, cette tradition n’a rien de sérieux. »

(Guillotin de Corson, p. 195.)

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