LES FÉES ET LES MÉGALITHES
Les Rochers de la Brousse ont été construits par les fées ; elles attelaient leurs bœufs aux grosses pierres qui se trouvaient dans la vallée, et c'est ainsi qu'elles les ont hissées sur la colline où elles ont bâti l'Hôté (la maison) des fées, le ber ^berceau) de leurs enfants, leur puits, etc.
(Conté en 1880 par François Mallet, du Gouray, laboureur,, âgé de soixante ans, né au village de la Brousse, q^i avait entendu dire cela i « ses anciens. » Le dolmen de la Brousse a 13 mètres sur i*» 80 de largeur ; il ouvre à Test et est bien conservé.)
Les Roches aux Fées qui sont vers Saint-Didier et Marpiré (Ille-et- Vilaine) ont été élevées par les fées; elles prenaient les plus grosses pierres du pays et les apportaient dans leurs tabliers ; ensuite «lies les entassaient les unes sur les autres pour construire leurs maisons.
(Conté en z88i par Joseph Legendre, ^rdinier, qui l'a entendu dire & plusieurs personnes, entre autres i une femme trèsâgée de Saint-Aubin-du-Cormier.)
« Près du bois du Rocher en Pleudihen, sur la route de Dinan à Dol, est un dolmen que les
fées, disent les gens du pays, ont apporté dans leurs devantures (tabliers) (i). »
(Note de M. de Garaby (de Pleudilien) dans JoUivet, t. II» p. 67.)
« A Basse- Goulaine (Loire-Inférieure) se trouve un peulvan appelé la Pierre Fritte ; auprès on voit d'autres pierres plus petites qui, selon la tradition du pays, ont été apportées là dans le tablier d'une vieille fée qui venait filer sa quenouille au pied du peulvan. »
(Ogée, nouvelle édition, article Basse^Goulaine.)
« Voici ce que m*a raconté un vieillard A
cheveux blancs et à la tête vénérable, le fermier du Rouvray. Cette chronique est de tradition dans la ferme de temps immémorial :
« Les fées, au temps où elles vivaient, honoraient après leur mort ceux qui avaient fait quelque bien pendant leur vie, et bâtissaient des grottes indestructibles pour mettre leurs cendres ù Tabri de la malveillance et de la destruction du temps, et dans lesquelles elles venaient la nuit causer avec les morts.
« Et Ton dit que leur influence bienfaitrice répandait dans la contrée un charme indéfînissa-
(i) Les documents puisés dans les livres sont entre guillemets ; tous les autres sont inédits et ont été recueillis par moi ou par mes correspondants.
ble, en même temps que Tabondance et la prospérité.
« C'est dans ce but et dans ces féeriques intentions qu'elles bâtirent la RocJje aux Fées (celle d'Essé) que nous avons dans un de nos champs.
« Ces fées, dit-on, se partagèrent le travail ; quelques-unes d'entre elles restèrent au lieu où devait s'élever le monument, en préparaient lesplans et l'édifiaient ; les autres, en même temps, tout en se livrant à des travaux d'aiguille, allaient à Saint-Berthevin, en passant par les confins de la forêt du Theil, chargeaient leurs tabliers de pierres et les apportaient à leurs compagnes ouvrières, qui les mettaient en œuvre. Mais elles ne comptèrent pas à l'avance ce qu'il leur en fallait. Or, il advint que le monument était terminé et que les fées pourvoyeuses étaient en route, apportant de nouveaux matériaux ; mais averties que leurs matériaux étaient inutiles, elles dénouèrent leurs tabliers, les déposèrent là où elles étaient quand Tavertissement leur parvint. Or, il y en avait dans la lande de Sainte-Marie ; il y en avait près de Rhétiers ; il y en avait à Richebourg et dans la forêt du Theil. De là vient qu*oa trouve dans tous ces endroits des pierres de même nature et provenant du même lieu que celles qui forment notre Roche aux Fées. »
(Le Collectionneur breton, t. III, p. $$.)
« La Roche aux Fées, canton de Rhetîers, forêt du Theil, près la métairie du Rouvray. Deux pierres importantes n'existent plus ; mais la tradition a conservé leur nom : Tune était le Poêlon, l'autre le Berceau des fées. Selon la tradition, les fées prenant les pierres de ce dolmen dans la lande Marie (à deux lieues de là, sur la route du Teil à Fougerai) en portaient deux à la fois, Tune sur leur tête, et l'autre dans leur devantière. Leurs mains étant libres, elles en profitaient pour filer leur quenouilUe, en transportant leur fardeau jusqu'au champ du dolmen, lequel s'appelle simplement Champ-de-la- Roche. Lorsque l'une des fées qui construisaient cet édifice le vit achevé, elle s'écria qu'il ne fallait plus de matériaux, et pour lors les autres fées qui se trouvaient en roule l'entendant, baissèrent la tête, et la pierre qu'elles portaient se planta en terre en tombant. . Quand ces fées ne filaient pas, elles soutenaient quatre pierres à la fois ; mais malgré la grande distance qui existe entre le Champ-dela-Roche et la lande ^arie, les fées encore occupées dans cette lande entendirent la voix de celle qui les prévenait que le monument était terminé. »
(Société des Antiquaires de France, année 1836, p. 9; et suiv.)
Cette roche (d'Essé) a été construite par les
fées, qui apportaient les pierres dans leur devanlière (tablier), tout en filant leur quenouille.
Ces bonnes fées faisaient ce travail la nuit. L'une d'elles s'aperçut, à un certain moment, qu'elles étaient épiées, et fil part de sa découverte à sa compagne qui s'écria: « Tire-lui les yeux. — Comment veux-tu ? il en a plus de mille. » Le malin qui épiait le travail s'était masqué la figure à l'aide d'un tamis.
(Communiqué par M. Bézier.)
« A 400 mètres environ au sud du bourg de Pleslin, arrondissement de Dînan, près le village de Carnier, alignements de menhirs, au nombre de 65, rangés sur cinq lignes; cinq sont renversés. Le plus haut a 3^ 50 au-dessus du sol, et la plus grande ligne a actuellement 97 mètres de long. Les anciens habitants racontent que les fées portant ces pierres pour la construction du grand mont Saint-Michel et les trouvant trop lourdes, les déposèrent à Pleslin et les alignèrent sur un espace de 500 à 600 mètres, dans la direction de l'est à l'ouest. »
(Emoul de la Cheneliëre, p. lo.)
« La paroisse de Saint- Just est connue des savants à cause de ses grosses ' pierres appelées, à tort où à raison, druidiques. Elles couvrent les landes de Cojou et de Tréal. Les bonnes gens du
pays disent que ces pierres ont été apportées par les iées, qui en remplissaient leurs tabliers, ou furent jetées là par Gargantua, qui les trouvait gênantes dans ses souliers. »
(Guillotin de Corson, p. 193.)
£n pays bretonnant Térection des mégalithes est attribuée aux korrics et aux nains de diverses espèces, parfois aux fées : « A Prat sont des dalles alignées qui, d'après la tradition, ont été apportées li dans la peau du ventre ou le tablier d'une fée : ar Groëch Roux, la fée rousse. » (Ogée.)
Ce sont les fées qui, en Normandie dans leurs tabliers (cf. Amélie Bosquet, p. 177 et 187), en Auvergne pour se mettre & l'abi» de la pluie (cf. Gobert cit. par Cambry, Monuments celtiques, 132), dans le Velay, dans l'Ain (cf. Monnier, p. 423-42;, etc.), ont construit les dolmens et les menhirs. En Berry, « elles les portaient, malgré leur pesanteur énorme, dans leurs tabliers de gaze. Souvent aussi elles n'avaient pas le temps de les mettre en place, surprises qu'elles étaient avant la fin de leur besogne par le chant du coq. » (Martinet, p. 6 ; cf. aussi Laisnel de la Salle» t. I, 3.)