‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouestChapitre 23 sur 27 · CHEZ LSS PIEDS-NOIRS · texte numérisé non relu

CHEZ LSS PIEDS-NOIRS

Napé, le Parfait, descendit du ciel à une époque reculée, passa plusieurs années sur la terre, y institua une religion et des cérémonies sacrées. Il se montra en tout le bienfaiteur et le père des Pieds-Noirs; puis finalement, il repartit pour l'empyrée, où il alla habiter le soleil sous le nom de Natôs. On l'appelle aussi Mana-Kopa (i).

C'est du ciel que Napé continue à protéger les Pieds-Noirs et qu'il leur envoie les bisons. Il a pour femme Kokoyé-natâs ou la Lune, que l'on nomme aussi la Vieille, comme on le nomme le Vieillard.

D'après les ordres que Napé leur laissa en les quittant, les Pieds-Noirs observent annuellement une grande fête solaire, à l'époque du renouvellement de la lune d'août-septembre.

accuse des idées et une résolution asiatiques. Des Hindo-Chinois ou des Japonais pourraient seuls être capables d'actions aussi héroïques.

(i) Comparez avec le Manco-Kapac des Péruviens, le Manès des Égyptiens, le Mén des Grecs, le Manou des Hindous, le iioK<» des Scandinaves, le Koiipaï des Kymris ou Welches.

En vue de cette fête, ils s'occupent pendan^ tout le mois d'août à recueillir des provisions de bouche de toute espèce, telles que viande, langues de bison, baies sauvages, racines esculentes, etc.

Quatre jours avant la nouvelle lune, la tribu arrête sa marche. On fait choix d'un lieu de campement propice, et on se prépare à la fête par le jeûne et des bains d'étuve.

Le grand-prêtre du Soleil, accompagné des sept ordres hiérarchiques, prend la direction et le gouvernement du camp, et l'on fait choix de la Vierge du Soleil, qui doit représenter la Lune pendant la fête. Elle est choisie parmi les filles encore vierges ou parmi les jeunes femmes qui n'ont eu qu'un seul mari. Elle se prépare à ses fonctions par la continence absolue.

Le troisième jour des préliminaires, après la dernière purification, on procède à la construction du temple du Soleil, pendant que le grand-prêtre compose VEketsto-kisim ou fagot sacré. Ce fagot est couvert d'une peau de bison et hissé au faite du temple^ où on le lie.

Le temple du Soleil est une construction circulaire en clayonnage et en forme de tente. On y pratique un mur en claies, à hauteur d'appui, d'où partent les perches, qui reposent au faîte de l'édifice sur un poteau central.

Ce pavillon est orienté de manière à présenter son entrée aux rayons du soleil levant.

A l'opposite, c'est-à-dire au couchant, est un réduit ou section que l'on nomme la Terre sainte {Tcharkum-kisinï), dans laquelle s'élève un tertre d'un pied carré que l'on entoure de brome odorant. Une tête de bison, peinte en rouge et en noir, est placée sur cet autel. Tout à côté se trouve la couche de la Vierge du Soleil.

Le moment de la fête arrivé, le grand-prêtre, la Vierge du Soleil et le peuple se rendent processionnellement au pavillon ou temple, au son des tambours de basque, des fifres et des tchitchikwets ou crécelles.

Devant le temple, on plante le Poteau sacré et l'on allume le feu sacré. Après quoi, chacun se hâte d'allumer son calumet afin d'en présenter la fumée au Soleil, dès que son disque paraîtra à l'horizon de la prairie immense et dénudée.

Aussitôt que l'astre se monte, le grand-prêtre lui adresse une prière, il impose les mains aux mets qui doivent servir au festin sacré, et dépose sur l'autel la part qui est réservée à Natôs luimême.

De son côté, la Vestale, sortant du pavillon, distribue à chacun sa part du festin; puis elle rentre, se déchausse, et se jetant sur sa couche, elle y dort du sommeil de Guerre ou Okan.

Alors commencent hors du temple des chants, des cris de joie, des danses, des discours et des harangues. Le grand chef de la tribu, présentement Chapow-Mexico ou le Grand-Corbeau, s'avance à cheval vers le poteau sacré, le frappe trois fois de sa lance et fait quatre fois le tour du temple, en entonnant un chant de triomphe.

Pendant quatre jours, les mêmes cérémonies se renouvellent, et le grand-prêtre reçoit toutes les offrandes des dévots pour les présenter à Napé, résidant dans le Soleil.

Les plus enthousiastes se livrent à des macérations cruelles et s'imposent des pénitences publiques. Ils se coupent une ou plusieurs phalanges, se mutilent, se tirent du sang, se font des incisions, se passent des crocs sous la peau du dos, et, en cet état, se font suspendre au poteau sacré ou traîner à travers le camp. Le sang qui coule de ces blessures est offert au Soleil, et on lui montre les membres mutilés en son honneur.

Lorsque ta Vierge du Soleil est sortie de son sommeil de guerre, elle raconte au prêtre le rêve qu'elle a eu, et celui-ci le divulgue à la foule des adorateurs, en le commentant de son mieux.

Pendant que les Sixikàkex font leurs offrandes, cette Vestale s'occupe ensuite à entretenir le feu sacré en y jetant des herbes odoriférantes, surtout

du brome odorant. De temps à autre, elle allume le calumet et l'offre au Soleil, qui est son époux, puisqu'elle représente la Lune.

Enfin, la fête se termine le huitième jour avec le coucher du soleil, par une dernière prière publique adressée à Napé dans Natôs, que les vœux de la multitude accompagnent dans sa descente sous l'horizon.

Racontée, en 1874, par le R. P.

Lacombe, en Canada.

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