LA CRÉATION
Inkfwin-Wétay (celui qui habite au zénith) envoya, tout au commencement, ses jeunes gens pour faire la terre. Ils étendirent sur le chaos quelque chose de souple, de doux et de soyeux, semblable à la peau de l’élan passée en basane. Par ce moyen, ils embellirent un peu la terre. Ayant retiré ce voile, ils l’étendirent une seconde fois, et la terre sortit de dessous plus belle encore. Alors, il envoya jusqu’à trois fois, quatre fois, cinq fois, six fois, ses serviteurs faire la même chose; et la terre fut parachevée.
Ces choses-là, nous les savions longtemps avant l’arrivée des Français. J'étais encore une toute petite enfant que ma mère me le racontait. Or, ma mèr* a vu les premiers blancs qui aient
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fait apparition dans notre pays. Eh bien! ma mère me disait souvent : « Inkfivin-Wétay fit la terre tout au commencement. À cette époque, nous ne connaïissions pas encore Dieu; les prêtres n’étaient pas encore venus, et personne ne nous en avait parlé, »
Raconté par la Chamane Lizette Khatchôti, en jauvier 1870.
TTSÉKU-KPUNÉ (1) (LA FEMME AUX ŒUFS)
Origine des Indiens Peaux-de-Lièvre.
Il existait, tout au commencement, sur la terre, une femme seule que son beau-frère maltraitait en l’absence de son mari. Après lui avoir couvert la tête avec sa couverture, il lui avait caché tous ses vêtements, la laissant absolument nue dans une petite tente ou loge, sur le seuil de laquelle il avait déposé, par pitié, en partant, un peu de
(1) Dans les légendes qui suivent, l’n tildé ne se prononce pe gne, mais forme diphtongue avec la voyelle qui suit.
tre
nerf d’orignal. Puis il l’abandonna sans miséricorde. Toutefois, je pense qu’il lui avait allumé du feu en partant.
La pauvre femme était donc bien malheureuse, et se demandait comment elle ferait pour sauver sa misérable vie.
Cependant, elle ne désespéra pas. Avec le peu de nerf que son beau-frère lui avait laissé, elle tressa un lacet à lièvre, qu’elle alla tendre dans la forêt. Avec ce lacet, elle prit un lièvre; avec les tendons de ce lièvre, elle fit d’autres collets qu’elle tendit également. Elle prit tant de lièvres avec ces lacets, que de leurs peaux elle put se tisser une robe légère, chaude et moelleuse.
Ainsi, elle se tira fort bien d’affaire par sa propre industrie et sans le secours de personne.
Au printemps, son mari revint et trouva Tiséku-Kpuñé (ou la femme aux œufs) perchée sur un arbre incliné au-dessus des eaux, et sur lequel elle aimait à se balancer par manière d’amusement. Tout en se balançant, elle chantait :
« Pourquoi revenir chercher la Femme aux Œufs ? »
En entendant résonner la voix de sa femme dans les bois, le mari tressaillit. Il accourut vers elle et lui dit :
— Dois-je te reprendre pour ma femme ?
— C'est fini, répondit-elle. Je ne dois plus être
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la femme d’aucun homme, car je suis la mère des lièvres. |
Alors tout à coup, il arriva une quantité prodigieuse de lièvres gros et petits, qui ne tarirent plus depuis lors. C’est pourquoi, lorsque pendant l'hiver il y a abondance de lièvres, nous disons : « Tiséku-Kouñé yadukha : la femme aux œufs a fait des lièvres. »
KUNYAN BÉTIÉZÉ