L'ÉTOILE FLAMBOYANTE DÉCOUVERTE AU COMMENCEMENT
Au commencement, on découvrit, dit-on, une étoile qui flamboyait; elle apparut dans le Sud- Ouest. À cette époque, Tchippewayans, Loucheux, Castors, Peaux-de-lièvre, etc., ne faisaient qu’un seul et même peuple, qu’une seule
et même nation; mais quand on découvrit la comète, chacun se demanda :
— Qu'est-il donc arrivé de singulier par làbas ? Si on yallait voir ?
Alors, un je:ne Tchippewayan s’en alla de ce côté, c’est-à-dire vers le Sud-Ouest, et se sépara de nous. Il passa dans un autre pays, mais c'était un pas grand'chose. Il n’avait que de petites flèches, et sa femme ne savait pas broder avec du poil de porc-épic multicolore.
Il y eut des Dindjié qui y allèrent aussi et qui se séparèrent de nous comme les Tchippewayans; mais eux ne savaient pas parler, et ce fut la raison qui les porta à nous fuir. C’étaient des bons à rien.
Quant à nous, nous sommes des hommes supérieurs ; c’est pour cela que l’on dit en proverbe de quelqu’un de bon:
— Il pratique les observances des ancêtres comme un Zchin-tpa-Goitiné (ou Dènè Peau-de- Lièvre).
Or, à cette époque, on ne connaissait pas le métal, dans ce pays, lorsque le vieillard appelé Tchané-zèlé ou le Vieux chauve descendit le fleuve jusqu’au petit affluent où il y a du sable qui s’éboule (L’é-ota-la-délin). Là, ce vieillard trouva quelque chose de rouge qui ressemblait à la fiente rouge de l'ours noir. C’est pourquoi il l’appela Sa-tsoñné (fumées d’ours). C'était du métal.
Avec ce métal rouge, on fit des herminettes et
des lancettes. Avant ce temps, nous n'avions pas ({si de métal; mais nous achetions des ÆEpa-tpa-Got- ell tiné (les Dènè Antilopes), qui habitent l’autre sœ versant des montagnes, de petits morceaux de no fer gros comme le petit doigt, moyennant dix peaux de caribou des bois.
Ma mère a encore vu ce temps-là, avant la je venue des Blancs. Ma mère m'a conté ces choses.
sa Prottes h XXXVI e SOURÉ-KHÉ ù (LES DEUX sœurs) v Le castor et le porc-épic demeuraient de l’autre q côté du fleuve Nakotsia-kotchô (1) (le Mazkenzie). ni Ils étaient sœurs et s’aimaient tendrement. | L Alors la sœur Castor ({sa) arriva à la nage sur Q
le rivage occidental et demeura au bord de l’eau, au lieu où se trouve cette grosse montagne appelée Tsa-tchô-épèli. Ce fut là qu’il campa. |
(x) Ce nom s'applique aussi à la Cordillère des montagnes Rocheuses. Il signifie hautes terres.
Alors, sur la rive gauche, la sœur Porc-épic ({si) se lamentait et pleurait après le castor, car elle ne savait pas nager. Elle s’ennuyait de sa sœur, tout en demeurant sur cette montagne que nous appelons Tichiuñé chiw.
Et le Porc-épic disait en pleurant :
— M né nèné tisen niawolté, souré ! — « Puissèje dans ton pays aborder par eau, 6 ma sœur ! »
Maïs comme il ne savait pas nager, il ajoutait :
— Ta yé wottèri yénéfwéni, souré, nné añnasakhèlé | — « Dans cette terre où je désirerais habiter, 6 ma sœur, transporte-moi sur les eaux (1)! »
Car d’abord, il faut dire qu’elles demeuraient ensemble, les deux sœurs, sur le rivage de la mer occidentale. Puis il se forma de l’eau, un grand lac peut-être, un fleuve peut-être, je l'ignore, entre l’une et l’autre; de telle sorte qu’il se produisit une mer entre les deux peuples, il n’y eut plus de passage possible, et c’est pourquoi le Porc-épic demeura sur la terre occidentale, tandis que le Castor passa sur cette terre orientale.
(x) Ces paroles sont dans la langue ancienne, et se disent en chantant.
ces: IIS
TTSINTANÉ KKIN=-YÉTTÔH
(LE PRTIT BATELIER)
Lorsque nous demeurions au bord de l'Océan, il poussa au large un petit rocher.
Alors voilà qu’un petit garçon construisit une pirogue d’écorce. Ce fut longtemps après que Efkadikpini eut construit la sienne.
Ayant donc fait ce canot, l'enfant : uait avec lui, et se promenait constamment sur l’eau.
Sa mère lui disait :
— Enfant, ta pirogue ne vaut rien. Pourquoi joues-tu avec elle ?
Mais lui :
— Ah! ma mère, répondait-il, que me dis-tu là? Dans la haute mer, il existe une île dans laquelle je me rends en canot. Je veux y retourner de nouveau, quoi que tu puisses dire.
Le petit garçon fabriqua donc un aviron et alla se promener sur le rivage de la mer. Pendant qu'on dormait dans le camp, il disparut.
— Quel méchant petit garçon! Où est-il encore allé avec son canot ? se disaient les Dèné.
On le chercha au bord de la mer, en canot.
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Mais on ne découvrit ni île ni garçon. Il n’y avait personne.
Son père se livra à des recherches inutiles ; lorsque tout à coup, pendant que l’on dormait, il reparut.
— Ma mère, dit-il, je suis retourné à l’île.
— Voilà que nous pleurions déjà sur toi, répondit la mère.
— Oh! mère, ma pirogue est excellente. Avec elle, j’ai vogué en toute sécurité. Il y a tout làbas une île de roche dans laquelle habite une fort belle femme. C'est là que je suis allé, ma mère, et que je veux encore retourner. Allez-y donc aussi, vous autres, ma mère.
Le petit garçon ayant ainsi parlé :
— Allons-y donc, se dirent ses parents. Cet enfant a du génie. Quand il sera devenu homme, nous nous conduirons d’après ses ordres; nous l’imiterons.
Son père s’en alla avec lui; avec lui, il alla sur mer, et tous ses parents aussi. Ils cherchèrent cette petite île où il disait que le poisson abondait; mais ils la cherchèrent vainement. Il n’y avait point d’île du tout, parce qu'ils étaient incrédules à la parole de l'enfant (1).
(1) D’après Châteaubriand (Voyage en Amérique), les Chaktas-Muskogulches, qui sont des Tètes-Plates floridiens, croient
Donc, après cela, le petit garçon revint et dit encore :
— Mon père, allons dans l’île. Il y a là une fort belle femme. Voguons donc de ce côté. Tu mangeras avec elle aussi longtemps que tu le voudras ; tu y mangeras d’excellent poisson, et si tu as envie de dormir, eh bien! tu agiras à ta guise.
Voilà ce que le petit navigateur dit à son père. Alors nul ne pensait qu’il dît la vérité ; maïs le père disait :
— N'est-ce pas mon fils qui nous dit ces choses ? Assurément qu’il nous dit vrai. Agissons donc comme il nous le commande.
Sa mère aussi dit :
— Imitons-le, agissons comme il le dit; cela nous vaudra des avanies de la part de nos compatriotes, assurément ; cependant nous sommes ses parents, imitons notre fils.
C'est pourquoi, lorsque ces gens-là disaient quelque chose, cela paraissait toujours des mensonges aux yeux des autres hommes. Tout le monde refusait de les croire et de les imiter.
Cependant le petit garçon devint grand, il se
que dans une île de la mer il existe les plus belles femmes du monde. Ces Indiens disent qu’ils ont souvent tenté d'aborder à cette île, mais qu’elle s’enfuyait sans cesse devant eux au point de disparaitre tout à fait.
au pe SO!
fit homme ; il devint puissant en toutes sortes de choses, il faisait tout ce qu’il voulait.
Cette famille demeura avec les autres Déné.
Mais tous ne les croyaient pas. Il n’y en eut que quelques-uns qui les crurent.
C’est pourquoi, depuis lors, les Déné disc en proverbe jusqu’à ce jour :
« Quand on a de l'appétit et que l’on mange ce que l’on vous donne, on est rassasié.
« Que si, ayant faim, on dédaigne la viande qui vous est offerte, an risque bien de demeurer un très long temps sans manger. »
Voilà ce que nous disons depuis lors.
KFWI-DÉTÉLLÉ (LES TÉTES-RASÉES)
Origine des Dènè Flancs-de-Chien d’après les Déné Peaux-de-Lièvre.
Au commencement, la femme d’un Déné mit au monde un enfant, mais non sans peine. Le petit garçon arriva bien à terme, car il pleura en sortant, mais la mère demeura immobile et comme
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morte. En vain son raari stimula-t-il la vie en elle, en la piquant avec un bois pointu. elle ne remua pas.
Comme il se levait, le Dèné aperçut par derrière les parois de sa hutte de sapin une Téte- Rasée qui arrivait sur le sentier. Aussitôt le malheureux jeta sur sa femme et sur sun enfant les branchages qui formaient les parois de la hutte ; il les cacha, et s’élança hors de la cabane pour détourner l'attention de son ennemi.
La Tète-Fasée le suivit aussitôt. La nuit venue, tous deux bivouaquèrent ; alors lui profita des ténèbres pour retourner à sa loge, cù il trouva sa femme sortie de sa transe et allaitant son enfant.
Mais la ‘Tête-Rasée le suivit, pénétra sous la tente du Dènè et s’y installa sans façon de l’autre côté du feu, convoitant le fils nouveau-né du Dènè pour le tuer et le dévorer; car il pensait que la chair devait en être tendre.
Finalement, il! transperça le cœur du Déné, en enleva la poitrine, qu'il ft rôtir et dévora ; puis il partit, abandonnant cette malheureuse, sans la tuer. Eile demeura donc seule avec son enfant, vivant de la chasse aux oiseaux et élevant son fils avec ces cervelles de pir. Elle parvint de la sorte à le faire vivre. |
Lorsque le petit Dèné fut grand, sa mère lui dit un jour :
lui
— Mon fils, va visiter mes collets à lièvres; pendant ce temps-là, je dresserai la loge et ferai le campement. Prends les raquettes de la Tétce- Rasée et vas-y avec cela.
Le jeune garçon s’en alla donc visiter les lacets à lièvres de sa mère, marchant sur la neige à l’aide des raquettes de la Tête-Rasée, lesquelles avaient une pointe en avant et une autre en arrière.
Le soir venu, l'enfant ne parut pas, et sa mère demeura tout inquiète. Elle suivit la piste des raquéttes de la Tète-Rasée, se disant en chemin :
—- Hélas! faut-il donc que mon fils meure avant moi !
Ainsi cheminant, elle arriva à une loge qui n'était autre que celle de la Tête-Rasée qui avait tué son mari. Elle le surprit durant son sommeil et le tua ainsi que s2 femme. Horreur ! elle vit, suspendu dans la tente, l'os de l’échine de son fils que ces monstres avaient dévoré. Elle pleura sur lui amèrement. Alors, outrée de colère, elle se jeta sur les petits enfants de la Tête-Plare, qu'elle voyait assis dans la loge, et les tua tous, À l'exception d’un seul petit enfant encore au casseau (1), dont elle eut pitié.
(1) Les petits enfants dèné, après avoir été sevrés, sont assis dans un casseau on sellette en écorce de bouleau, rempli de tichen fin.
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— Petit, que manges-tu là? lui demanda la pauvre femme.
— On nous a donné un petit orignal, répondit l'enfant. Nous l’avons tué nous-mêies et nous le mangeons.
Ce petit orignal, dont l’enfant Tête-Plate parlait, n’était autre que son propre fils. La pauvre mère le comprit bien et pleura encore plus.
Le petit Tête-Rasée sortit de la loge; il alla chercher un tronc d’arbre, s’en chargea, et se dirigea vers un lac à castors. La femme Dènè l’y suivit.
Le petit Tête-Rasée jeta à l’eau sa hache de silex, lui-même plongea et disparut sous l’eau. La femme Dènè s’assit au bord du lac attendant ce qu'il en résulterait.
Peu après, elle entendit les castors qui disaient, dans l’eau :
— Eh bien! soit, mangez notre chair.
Alors la femme se rendit à la loge des castors, avec la hache-marteau du petit Tête-Rasée ; elle démolit la loge, et aussitôt elle entendit au fond de cette loge le petit Ennemi qui y battait le briquet à l’aide d’une pyrite et d’un silex. Le petit Tête-Rasée avait tué tous les castors, et ressortit du lac par l'issue de leur loge.
La femme Dènè s’en fut cependant de là. Elle s'ennuyait de sa solitude, elle pleurait ceux
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qu’elle aimait et qu’elle avait perdus. Elle bivouaqua, fit rôtir un castor, en mangea un morceau, et se coucha en pleurant.
Peu après, elle entendit des bruits de pas, et le petit Tête-Rasée, traînant sa sellette de bouleau entre les jambes, arriva jambe deci jambe delà. Mais elle n’en prit nulle garde. Le petit se coucha à côté d’elle. Elle le laissa faire, elle en eut pitié, et ne le tua pas.
Le lendemain, elle décampa de nouveau ; elle mangea sur :e midi et le soir encore. Puis elle bivouaqua de nouveau, et encore le petit marmot Tête-Plate la suivit, mangea et coucha avec elle, sans q: ::° lui fit aucun mal. Mais alors, il n’avait plus üe maillot ni de casseau. Il était devenu un jeune garçon un peu grandet.
De nouveau elle décampa, de nouveau elle bivouaqua, et le petit Tête-Rasée était devenu un adulte. IL dormit avec la femme Dènè et s’en approcha.
— Voyez donc! disait-elle, j'ai peur de lui, je le fuis; pourquoi en agit-il ainsi ?
De nouveau elle partit, de nouveau elle campa. Mais alors la Tète-Rasée était devenu homne fait.
— Ah! mon fils est mort, lei dit la pauvre femme Dèné, c'est toi et les tiens qui l’avez mangé; je ne suis pas de même race que toi.
Pourquoi me suis-tu donc ainsi ?
Au prochain campement, elle eut ses infirmités naturelles, quitta le sentier, se construisit une petite cahutte à parc pour y faire ses purifications; et cependant, le soir venu, la Tête-Rasée arriva. Il suivit ce sentier souillé, parce qu’il la trouvait belle et qu'il l’aimait, quoiqu’elle eût peur de lui. Il pénétra sans dégoût dans la hutte, y suspendit sa carnassière, déposa sa robe de fourrure à terre, et s’assit à côté de la femme malade.
C'était mal, mais elle n’y pouvait rien.
L'amour lui faisait oublier les prescriptions. Comme elle avait toujours peur de lui, la Tête- Plate lui dit :
— Je te considère comme une personne de ma famille; pourquoi avoir peur de moi? Tu sais bien que nous n’avons pas d'enfant, pourquoi donc me refuses-tu ?
La nuit venue, il s’approcha dell: ; le matin, il partit pour la chasse, tua un orignal et le lui apporta. Il avala petit à petit la peau de l’orignal et la rendit ensuite de nouveau; il l’avala une seconde fois, et lorsqu'il la recracha, elle était devenue du beau parchemin.
— Mais pourquoi me regardes-tu? dit-il à sa femme. Ce sont là de ces choses que l’on ne peut exécuter que lorsque «ul ne vous regarde.
Sur ce parchemin, il déposa son grattoir de
ne
pierre, dormit, et le lendemain la peau se trouva passée et tannée.
Cette femme demeura donc, à partir de ce moment, avec la Tête-Rasée, et il leur naquit des enfants. Mais voilà que, durant la nuit, elle entendait comme un gros chien qui aurait rongé des os. Cependant, ils n’avaient poin: de chien avec eux.
— Quel peut bien être ce chien? pensait la femme Dènè. Il n’y a pas de chien ici.
Alors la Tête-Rasée lança un gros os dans la direction où l’on entendait un chien gruger des os et tua un des petits enfants.
La pauvre mère pleura.
— Puisque ton fils est un chien, tue-le donc, lui dit-elle. Mais pourquoi as-tu tué mon enfant, lui qui est un homme (um Dènè) ?
Ce sont là les ancêtres des Flancs-de-chien, Dènés par leur mère et T#es-Plates par leur père, dit-on.
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