PO S VE R V NT
FÉES DU DAUPHINÉ. il.'i
« Virsinidus , Sapiens , Avidus et Cainpana ont érigt^ ce monument à la gloire des saintes nymphes honorées en ce lieu. »
Ailleurs , nous nous arrêterons aux grottes de Sassenage des environs de Grenoble, pour y visiter dans son palais , orné de cascades souterraines , la fée Mélusine , si fameuse dans le Dauphiné et dans le blason de quelques nobles maisons de France. Ici nous n’enregistrons que le four des Fées , voisin des cuves de Sassenage, qui prédisent l’abondance ou la disette , suivant la quantité d’eau qu’elles reçoivent à certaine époque de l’année.
Revenons maintenant vers le département du Rhône :
En 1847 , une laitière des environs de Lyon, bonne et simple femme , bien que Dauphinoise — car il est remarquable que , dans la Province romaine-allobrogique , le sang italien est combiné avec le sang crétois , — disait à une domestique de Lyon : « Il parait , Mademoiselle , que les pauvres gens vont avoir bien de la peine à vivre : le blé est cher ; les pommes-de-terre vont se gâter.
— Oh ! pourquoi se gâteraient-elles ? rien ne l’annonce encore.
— Vous verrez, comme l’année va être mauvaise. On ne parle que de cela chez nous. Voici ce qui vient d’arriver cette semaine : Deux voituriers parcouraient la route de Lyon à Grenoble ; il
FÉES I)U DAt’PHiNÉ.
n'y avait pas une heure qu’ils avaient quitté la Guillotière , lorsqu’une vieille femme , abordant le premier, lui demande une place sur son char à côté de lui. — Il n’y en a pas , répond durement le charretier.
La vieille s’approche du second et lui adresse la même prière. — Mon cheval est bien chargé , répond celui-ci ; mais il ne sera pas dit que j’aurai ménagé ma bête , de préférence à un chrétien ; montez à ma place , moi j’irai à pied.
L’étrangère monte et s’assied commodément. L’entretien continue :
— Voyez les beaux épis ! voyez les belles récoltes qui se préparent, disait l’obligeant voiturier; l’année sera excellente, ou nous serons bien trompés.
— Ce blé , répond-elle en branlant la tête , ce blé ne rendra pas ; l’année sera plus dure que celle que nous venons de traverser. Les pommes-deterre ne vaudront rien ; et les malheureux auront encore plus à souffrir.
Le conducteur se prend à rire.
— Vous ne me croyez pas, reprend l’inconnue ; ce que je vous annonce est pourtant aussi vrai, qu’il est vrai que votre camarade est mort à présent sur son char.
Frappé de ces paroles , le voiturier court au charriot qui le précède, et il voit, en effet, son infortuné compagnon étendu sans vie sur son chargement. Il se retourne épouvanté , et revient parler