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LE GÉNIE DU MAL SUPPOSÉ TROP PUISSANT

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SAnT PiEnm. , Epiï. I", t. 5.

DtTns la mythologie orientale , le prince des Djinns se nomme Eblis. Les anges, dit la tradition musulmane, ayant reçu du Créateur l’ordre de se prosterner devant Adam, y satisfirent tous, à l’exception do l’ange qu’on appela depuis Eblis , à cause de sa désobéissance et parce qu’il n’a plus rien à espérer de la miséricorde divine. WEblis on a fait probablementi)mW««, le Diable. Ce chef des Djinns n’est plus si désobéissant aujourd’hui : le trait que nous allons rapporter prouvera, au contraire, son trop grand empressement à obéir à la créature qu’il avait refusé de saluer à sa naissance. Je tiens le fait d’un personnage grave et mystique , qui se disposait à entrer dans une célèbre société, mais qui n’y a pas été admis. Il essayait , en présence de plusieurs personnes , d’établir, par un exemple toul-à-fait saisissant , que non

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seulement il est de mauvais ton d’user de l’imprécation : que le Diable t'emporte ! trop familière aux gens du peuple ; mais encore qu’il est dangereux de la proférer, lors même qu’on n’y ajouterait pas l’intention, attendu que le Diable rôde sans cesse autour de nous, tanquam leo quœrens quem devoret, et qu’il ne demande pas mieux que de nous prendre au mot , dès qu’il s’agit de faire du mal. Or, nous disait le dogmatiseur , je tiens d’un vénérable chanoine de Saint-Jean de Lyon , homme tout-àfait digne de foi , l'anecdote suivante qu’il disait être arrivée, de son temps, dans cette ville.

Certain personnage de quelque distinction attendait avec impatience qu’on lui apportât ses bottes. Les bottes étaient encore sur la sellette, et l’on répondait : je vais ; mais on ne venait pas. L’irritation du pétulant monsieur passa bientôt à l’emportement, tant et si bien que, sortant à la fin des bornes, il envoya, en échange de tous ccs;e vaie sans exécution , un bel et bon que le Diable t'emporte! L’exécrable souhait eut un effet si prodigieux que le maître cessa d’entendre brosser, que le valet de chambre cessa do lui répondre, et que les bottes restèrent à demi-lustrées. Passant alors dans le cabinet de son valet de chambre , le maître étonné n’y trouva personne : le groom avait disparu ; le Démon l’avait emporté.

— Fort bien. Monsieur, dis-je au narrateur; votre anecdote prouve assurément votre première

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proposition, à savoir, qu’il ne faut donner au Diable qui que ce soit ; mais elle prouve quelque chose de plus : que l’on répète souvent des récits qui rendent un faux hommage au souverain Juge de nos pensées et de nos actions. Ici, Monsieur, l’homme tout-à-fait digne de foi a supposé que Dieu châtiait l’innocent au lieu de frapper le coupable. L’individu à punir était le maître , et c’est pourtant sur le valet que serait tombé le châtiment !

Au surplus , c’est attribuer gratuitement à l’Esprit du mal plus de pouvoir sur les hommes que le Créateur ne lui en a laissé. S’il ne s’agissait, Monsieur, que de crier à quelqu’un : le Diable l'emporte! pour lui administrer une petite correction, il faut convenir que ce serait un moyen trop facile d’expédier son monde.

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