AUTRES DAMES DE PIERRE. 48S
coquetterie et par le parjure à l'amour de trois galants chevaliers.
O miracle ! horrible surprise !
Sous un lourd manteau de rocher ,
Voilà que chaque dame emprise Se sent à la terre attacher ;
Leurs cris d’angoisses terririent ;
Leurs yeux éteints se petriGent :
On ne voit plus que trois géants De roc , nus et blancs.
Il ne manque pas d’objets poétiques ou de curiosités naturelles, décorés de noms extraordinaires, dans ces hautes régions de la Séquanie qui ne semblent dater, pour l’habitation , que du moyen âge féodal , c’est-à-dire de la colonisation par des bouviers et des laboureurs venus d’une plus haute chaîne des Alpes. A Bellefontaine (1) par exemple, de certaines dénominations locales réveillent l’attention et sollicitent des éclaircissements. Telles sont les roches que le vulgaire a nommées les Trois Commères , et que l’on connaît aussi sous le nom des Trois Cheminées ; telles sont également celles qui , sur les Entre-côtes, portent l’appellation de la Loge du Grand Diable , de la Croix du Trône , qui indique le plus haut piton de la chaîne du Rizou , et enfin le Crêt à la Dame , dont la dénomination doit nous surprendre à cette hauteur du Mont
(1) Département du Jura, arrondis, de Saint-Claude.
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Jura(l), dans une terre monastique où toute dame souveraine devait iHrc une intruse, ou un phénomène. En pareille circonstance, nous aimons mieux admettre une dame imaginaire qu’une dame réelle ; car la croyance aux intelligences surhumaines qui animent ces solitudes pastorales est un garant de notre avis. Les traditions superstitieuses no s’y taisent pas. Ne raconto-t-on pas sérieusement à Bellefontaine qu’il y a sur le territoire une maison isolée, dont les propriétaires sont favorisés de la résidence d’un luton , qui bal en grange toutes les nuits , cl dont les soins affectueux font toujours pros[)ércr la forme? Ce bon génie est à coup sûr originaire de la Suisse, où il a , surtout dans les châlets , une infinité de confrères.
ASiroz(2), l’église paroissiale est sous le vocable de saint Etienne , ce qui peut être regardé comme un indice de sou antiquité , attendu que l’invocation du premier martyr de la foi chrétienne a paru dans la Séquanio , avec les premiers vaisseaux érigés à la gloire du vrai Dieu. En présence de certains objets consacrés peut-être par un culte idolàlriquo, on dut sentir à Siroz , dès la naissance du Christianisme en nos contrées, l’opportunité «le leur opposer un autel légitime.
(1) Le Crcl-à-la-Damc est de 1386 mètres au-dessus du niveau de la mer.
(2) Dcparlcmenl du Jura,