‹ Traditions populaires comparéesChapitre 293 sur 386 · PRÈS DES ROCHES REMARQUABLES. O · texte numérisé non relu

PRÈS DES ROCHES REMARQUABLES. O

de sa face. En sorte que cette merveilleiist' roche sert de cadran et d’almanach.»

La grande voix des eaux tourmentées de la i.oue , les plaintes nocturnes des hulottes , le cri des chauves-souris sortant des cavernes enchantées , tout contribue à remplir ces profondes solitudes de bruits aériens , qui , dans l’esprit des peureux villageois (1), ne peuvent être produits quepar les assemblées du sabbat (2). L’établissement d’un monastère dans un pays si fortement travaillé par la diablerie était indispensable ; et c’est depuis ce temps sans doute que la divinité de pierre qui dominait sur la vallée s’évanouit en présence de l’église abbatiale de Saint-Pierre de Mouthier et de l’église paroissiale de Saint-Pierre de Lods.

Si vous descendez la Loue jusqu’à Scey-en-Varay (3), séjour chéri du chasseur invisible et de la Dame verte , vous remarquerez au nord , sur le haut de la montagne du Crôt, trois aiguilles de rocher qui saillissent de la p<mte , et dont la plus voisine du chemin qui gravit la côte, est surmontée d’un signe du christianisme. Vous vous infor-

(1) On les ap)ielle les GitilUiur deUnulê. e’esl n-ilirelesTj emWfucs <lr MniUhier , dans le patois de ces montagnards.

(2) Guillaume de .Mouthier , d‘une famille qui tirait son nom du fief qu’elle possédait à Mouthier-Huutc-Pierre , ancien abbé de Bel levaux, prieur de Manioz, fut accusé de magie et de «ortilége par ses religieux , mécontents de sou austérité.

(3) Département du Doubs

inez (lu patron de l’église de Scey, et l’on vous répond qu’elle est sous l’invocation de saint Pierre.

Saint Pierre est aussi le vocable de l’église abbatiale de Baume-les-Messieurs fl''. En face de cette église , une pile aiguë de rocher , de cent pieds de hauteur , est restée debout sur les ruines de la côte de Sermus. L’antiquité de Baume est indiquée par des écrits; celle de Sermus se manifeste par un vallum de pierres et de gazon que j’ai découvert en 1820. Cette espèce de rempart ferme le village de Sermus dans une enceinte inaccessible de tout autre côté, et où l’on remarque la petite éminence de ïiévan , lieu qui parait avoir été plus particulièrement consacré. Au reste, les vallons de Baume ont , comme ceux de Mouthier-Haute-Pierre , des grottes charmantes, des cavernes profondes, des fontaines miraculeuses , des phénomènes aériens , des cris lugubres , c’est-à-dire assez de choses pour prouver les anciennes superstitions, et pour les perpétuer longtemps encore au milieu d’une nature aussi sévère et aussi imposante.

Enfin, nous sommes trop près de la Roche aiguë qui sert de borne aux territoires de Lavigny et de Pannessières (2) , dans le déclive occidenlal de la montagne de Rhonay, pour omettre de la signaler aussi comme un menhir naturel, et pour négliger de montrer près de l'ancien mouthier de Lavigny et

(1) Déparicmrnl du Jura

(î/ Dôparicmpiil du Jura.

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en face de l’église pittoresque de Montain , sous l’invocation de saint Pierre.

Nous pourrions ajouter beaucoup à ces données sur le culte des rochers, mais je crois en avoir dit assez pour établir que nos menhirs naturels les plus notables ont pu recevoir chez nos pères, comme simulacres de la divinité , les mêmes honneurs que de pareils objets reçurent chez les Grecs, chez les Gaulois d’Asie , chez les anciens Scythes , et qu’ils reçoivent encore aujourd’hui chez nos frères les Tartares et les insulaires de Lieou-Kicou.

Le lecteur n’est pas venu jusqu’ici sans remarquer avec quels soins les premiers prêtres chrétiens ont introduit la dévotion à la mère du Sauveur dans toutes les localités où nos pères portaient de pieux hommages à des formes de rochers qui représentaient, quoique bien vaguement , une femme vêtue , ou une femme avec un enfant sur son sein.

Cette première observation nous conduit nécessairement à une seconde : il faut donc que nos ancêtres aient honoré quelque déesse de la maternité sous de telles formes qui devaient tout à la nature et rien au ciseau. Déjà nous avons vu les nations du nord apporter dans les Gaules la croyance aux vierges-maires, et la province des Médiomatrices en emprunter le nom : pourquoi serait-il moins probable que le pays des Séquanes , où tant d’anciennes églises , tant d’autels sont dédiés à Marie , eût emprunté le sien de son culte principal 1’

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