‹ Traditions populaires comparéesChapitre 315 sur 386 · ÇA. (Î · texte numérisé non relu

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qu’ils tenaient et de celle qu’ils devaient tenir , pour se rendre à Saint-Laurent-Grand- Vaux , arrêtèrent, à la chute du jour, leur voiture, en face du hameau des Jeanniers , afin d’y demander un guide. Raphaël se présenta , et remplit leur vœu : il les ocm* duisit par un défilé de montagnes que dominent, d’un côté, l’éminence chauve qu’on appelle le fort Lacuson , et , d’un autre côté , la grange isolée des Cocus. Ils passèrent là sans encombre : l’esprit qui fréquente cette gorge ombreuse et pittoresque , où murmurent les ruisseaux d’Anchais et de Trémontagne réunis, avant d’aller se perdre dans des excavations souterraines , les respecta et ne se fit pas même entendre 'y mais, quand Raphaël revint de sa mission, et que , seul, il eut franchi le ruisseau sur une pièce de bois écarie , il se trouva dans le pré de la Fontaine Rouge , le point le plus redouté do trajet. Là , il fut vivement saisi par une main plus forte que la sienne , qui ne le lâcha point quel effort qu’il fit pour lui échapper. Il ne voyait pourtant personne, pas mémo cette main. Ça le poussait , ç* le tirait; ça le forçait à courir deçà, à courir de là ; ça le faisait tourner comme dans un branle , ou pirouetter sur lui-méme ; ça le conduisait dans les oseraies, les buissons , les bois, les courants d’ean, les marais tourbeux ; ça le menait si rudement , si cruellement, qu’il se figurait que noni seulement ses habits en devaâent être tout déchirés et tout souillés, mais que lui-mème devait être tout sanglant et

tout en lambeaux. Heureusement, lorsque ça le quitta, au point du jour, le pauvre Raphaël vit aux premières lueurs de l’aurore , au moment où le coq de Prénovel chantait dans le lointain , que ses vêtements étaient aussi intacts qu’avant cette mémorable rencontre , et que son corps ne conservait aucune trace des mauvais traitements qu’il avait essuyés pendant six mortelles heures de tribulation.

Quel était ce mauvais génie que notre narrateur appelle constamment Ça? — Il est à croire que c’est un de ces anges de ténèbres qui ont conservé une vieille rancune contre les anges de lumière et contre tout ce qui porte leurs noms. Raphaël J. , à cause de son nom de baptême , aura donP^ dans l’œil à ce soldat de l’armée rebelle des temp^antérieurs à la création de l’homme ; car , persondt^ lement , Raphaël n’avait rien fait pour mériter u pareil châtiment.

D’un autre côté , nous tenons de ses frères que Raphaël n’est pas un peureux ; qu’il n’est pas un homme crédule ; qu’il ne s’était pas livré à la boisson , dans ce voyage nocturne ; qu’il n’est ni facétieux , ni conteur. Ils assurent que, lorsqu’il rentra chez lui , il eut hâte de prendre du repos , atléré qu’il parut être de cette horrible aventure. Tout le monde fut frappé de son état de torpeur.

Quelles questions qu’on ait pu lui adresser à ce sujet, depuis ce temps , Raphaël n’a pas voulu s’ ex-

pliquer davantage ; mais il a toujours recommandé à sa famille en particulier , et à tous ses amis eu général , d’éviter le passage par le pré de la Fontaine Rouge , pendant les heures de la nuit. Quant à lui , en deux nouvelles occasions, ayant à franchir ce mauvais pas , il s’est détourné pour demander un compagnon aux plus proches habitations de Prénovel , afin de ne plus se hasarder seul à la malencontreuse localité.

Une autre personne de cette commune s’est plaint d’avoir passé par une aussi rude épreuve , en 1842, non dans le pré de la Fontaine Rouge , mais tout près de son habitation. Sophie a été saisie par la main d’un être invisible et muet, et forcée de courir , en tournant à perte d’haleine , autour d’une profonde citerne, ouverte comme un gouffre, et sans pouvoir s’éloigner du trou. Elle est encore toute émue de ce violent et rapide exercice , et de l’appréhension de tomber dans le trou , victime de ces évolutions étourdissantes.

Elle ne donne ni le portrait , ni le nom de ce ginn malfaisant , et ne croit pas en avoir provoqué la colère ; elle pense seulement qu’elle avait à faire à une véritable furie du Tartare.

Âu surplus , dans son étable , Sophie voit assez souvent des chandelles allumées qui vont et viennent, ce qui lui prouve que la maison qu’elle habite est bien connue des esprits de la vallée. Un Servant s'est attaché à son bétail , et elle s’imagine l’avoir

vu un soir, sous la forme d’un affreux quadrupède noir comme le diable. Assis dans la crèche , et posant ses pattes de devant sur le bord de l’auge , ce monstre regardait effrontément les personnes qui , une lampe à la main , étaient accourues pour le voir. On en eut peur , on se retira.

Vous reconnaissez à ces croyances populaires de la commune de Prénovel , la descendance de pasteurs venus de la Suisse et de la Savoie pour coloniser un pays qui était encore neuf au commencement du XrV" siècle.

UIAPITRK XCV.

LA LUTINIÈRE b’aMANOEY.

SMtvcnt le» >iûoDft Kouabc» sr traduiscDl jur drn LiEr>« , cet MUTM cbaols allemândsoù rétooneprenqoc.tofljoan luie «otjs «tMMirfaae. UoiU«qac k Vofiat da nord préfère la ballade terrible. Au midi , le« Caprita de l'autro monde a’aononcent par lea aona de« harpea doltevaaa da«a laa nuits éloîLéea« m oord , Us entonnent le De Paonribta dans les nuits noires du Sabbat A. Eiuiai.

Araancey (1 ) est situé dans un pays de montagnes qui a bien sa part de prodiges : les Esprits ne l’ont pas oublié quand iis sont venus coloniser la Séquanie.

Non loin de ce village , au-dessous d’iin terrain communal nommé la Lavière , on voit une excavation béante , noire , profonde , d’où l’eau jaillit, à la suite fie pluies générales qui s’infiltrent dans les terres. Alors ces eaux surabondantes nemouleitt à la superficie du sol par celte espèce de syphon , et se répandent par l’orifice.

Hors de ces temps pluvieu x , le gouffre est à

(1) Départcmrnt du Doubs.

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sec , et se remplit de lutins invisibles , mais non muets. Pour les personnes positives qui ne voient dans les choses que ce qui saisit simplement les sens, le bruit souterrain qu’y produit l’air, et peutêtre quelque chête d’eau lointaine , ressemblerait aux sons d’une caisse , ce qui aurait fait donner à l’excavation le nom de Tambourin ; mais pour celles qui livrent pleine carrière à leur imagination, et qui savent trouver quelque chose dans le vide , ce lieu est un repaire de lutins, et elles lui ont , en conséquence, imposé de temps immémorial le nom’ de Lutinière. Elles attribuent à leur présence dans cette sombre demeure , bien digne d’eux en effet , le bruit extraordinaire qui en sort , disent-elles , toutes les veilles de grandes fêtes. Il paraîtrait, d’après leurs observations , que ces mauvais génies , ces esprits forts , ces anges de ténèbres , s’agitent , se tourmentent , s’indignent , déjà d’un jour d’avance, à l’occasion des offices religieux que ramènent ces solennités ; à moins qu’ils ne soient imcompris comme leurs œuvres, et que leur intention ne soit d’annoncer eux-mêmes aux fidèles, par le son de leurs cloches , ou bien à son de caisse , la fête que l’on doit célébrer le lendemain.

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