‹ Traditions populaires comparéesChapitre 337 sur 386 · LK CHILLON · texte numérisé non relu

LK CHILLON

leur cri nocturne autour des foyers dont ils recherchent la douce chaleur : ce serait un acte de folie aux yeux de bien des gens, car c’est comme si l’on bannissait de sa demeure un élément de prospérité.

M. Thévenin , du Vaudioux , m’assure avoir connu à Billecul (1) un honnête fermier qu’un pareil hôte avait favorisé de sa présence, et qui avait pour lui une bien sincère affection. Comme il était marchand de blé , il aimait à prendre conseil de l’ami solitaire de son être enfumé ; et , la veille d’une foire en tel ou tel endroit , il ne manquait pas d’être averti par son cri prophétique, qu’il ferait bien de se rendre au marché; ou, par son silence , qu’il serait prudent de rester à la ferme. Aussi le métayer faisait-il d’excellentes affaires.

C’est la moitié de l’histoire de Trilby ou du lutin d’Argail que Charles Nodier a rendu si populaire en France. Il semble que le gracieux littérateur , qui eut toujours l’art de faire avec rien des choses délicieuses, avait recueilli dans nos montagnes le sujet de cette nouvelle d’un nouveau genre , lorsque , promenant sa destinée de gracié politique de son asile de Quintigny à la solitude de l’ancienne chartreuse de Bonlieu , il aimait , ingénieux explorateur des mythes populaires , à faire causer

(l)Ce nom do cumiaune rurale vient delà quantité do /nx/tc' (/(ieue« qui s.'y rassi^mldonl y on oertaine ^ai<on, anlotii' d une mare dVau. OUe osj»êoo il’oisoaii e*»t appoléo hitlecuf t\n\i's\n iiionta^no

U: GHILLON.

les inonlagnards au coin du feu , ol à leur surprendre les secrets de leurs croyances gauloises.

Le lutin d’Argail, en Ecosse, est aussi le grillon de l’àtrc rustique , auquel l'aimable romancier a su rallier une foule de charmantes minuties , fort simples à la vérité , mais en même temps pleines d’intérêt. Que le fond de l’histoire du pauvre grillon , chéri de la fermière d’Argail , soit brodé ou non sur un canevas écossais , toujours est-il que , dans les montagnes du Jura aussi bien que dans celles de la Calédonie , la croyance à la protection de ce petit prophète du foyer est une croyance commune.

Au reste , si c’était ici le cas de disserter, nous aurions bientôt démontré que des colons d’Ecosse se sont établis au moins dans la montagne du Lômont qui termine obliquement la chaîne duJura (1 ).

(1) L'Écosse a un lac Lùmont ; l'Ecosse cl le Lùmont franc-comtois ont une rivière du Gland. Le village d'Ecvt {Scutu») dans le LùnionI est une preuve plus sensible de sa population étrangère. Enliii , saint Déicolc, écossais, disciple de saint Coloinlian , semble avoir donne son nom à la petite ville de Dcle, comme Lurc, Lulmucnwmuteriuni, est un mémorial de la ville de l.utra (îles llrilanniipies).

CHAPITRK CIX.

LE LOy-ESPRIT.

Malt» ce sunl (oulct cho>e« fabulrufc*» «>t )>ui»éct dt-« mveri^ dv cmlt qui ont lia»ti U*» runun< Françoii de BtLt-CfoRT’.er.

Un bûcheron de Chaiimercenne (1), aux environs de Pesnies et de l’abbaye d’Acey, aperçoit un soir , aux dernières lueurs du jour , un cop superbe qu’il tâche d’abord, à plusieurs reprises, de saisir avec les mains, mais qui leur échappe chaque fois. A force de le poursuivre en vain, notre homme s’échauffe et se fâche. 11 fait alors voltiger .sa hache; sur l’impertinent volatile , qui semble se jouer de son adresse; mais il n’en est pas plus heureux. L’acier tranchant siffle dans l’air , et l’oiseau d’Esculape lui répond par un coqueriko; il semble même le narguer en lui tendant son cou sur une souche d’arbre , comme pour se faire coupei 1a fête. Son infatigable ennemi , qui se croit toii-

(I) Dépiirtemcnl rtr hi llnuto>S:tôm'

Page 1