‹ Traditions populaires comparéesChapitre 340 sur 386 · CHAPITRE CXf · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXf

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Il y U des localités fécondes en prodiges : Augerans , l’une des plus anciennes du Val-d’Aniour (1 ) , est de celles qui a le plus de droit à revendiquer cet honneur.

A l’heure où bergers et laboureurs rentrent à la chaumière , autrefois ceux d’Augerans ne man- (piaient pas de rencontrer, sur la place publique de leur village, un certain lièvre qui n’avait de sa nature ni la timidité , ni les habitudes : non seulement il n’évitait pas la présence de l’homme, mais il semblait, au contraire, venir malignement le provoquer ; nul chaSvSeur ne pouvait le saisir, ni le prendre à des pièges , ni le terrasser à coups de pierres , ni le blesser à coups de fusil. T/invulnérable quadrupède

(l) Déparlemnit du Jm«.

LE LIÈVRE u'aUGERANS. <)77

aimait à se faire suivre de près; et les bons garçons , qui ne perdaient jamais l’espoir de l’atteinilre , en étaient toujours jKnir leur reconduite »*ssoulHéo jusqu’à la forêt de Chaux.

Depuis cinquante ans, le mystérieux animal, qui SC jouait avec tant d’impunité des générations suo eossives d’Augcrans , ne s’éUût pas rencontré dans ses parages de la Loue. Il n’avait rien moins fallu (|u’une révolution comme celle de 1789 pour l’écarter : sentant que les projectiles auxquels il se trouvait alors plus que jamais en butte, jxjurraient bien faire brèche à son rable, il avait pris le sage parti lie l’émigration.

Le lièvre-fée est rentré. J’en ai appris des nouvelles indirectes , de la manière la plus fortuite , par la voie de la presse, et par les soins d’un amateur de traditions populaires, qui en a fait, comme moi, l’objet d’un article spécial. L’ ex-fée a d’abord mené, dans sa retraite, une vie obscure et dénuée' de vaine gloire; mais, depuis 1839, il parait que l’on cherche à réintégrer cet esprit dans l’exercice de ses privilèges.

Sa divine liliation reste à établir. Nous ne le dirons pas issu du grand lièvre des sauvages, créateur de la terre suivant les dogmes religieux de l’Amérique septentrionale. Nous ne le ferons jias non plus descendre de la lune chinoise où l’on voit un lièvre vénéré, aussi bien que sur les gâteaux (pie l'on mange en l’honneur de cet astre. Mais

H7K LE LIÈVRE d’aUGERANS.

nous croyons nous rappeler que le môme animal était sacré chez quelques nations de l’Europe. César nous apprend du moins que les Bretons insulaires ne' se permettaient pas d’en manger.

Nous avouons qu’avec aussi peu de documents on no compose pas des généalogies. Nous finirons par une histoire de chasseur.

Au château de Rongis, près de Valenciennes, un vieux lièvre avait la réputation d’être sorcier. Les gardes l'appelaient Gaspard. Chacun assurait lui avoir tiré plus de cent coups de fusil, .\ussi, personne ne le tirait plus. Dernièrement, enûn, certain chasseur, avouant qu’il ne croyait pas aux sorciers des temps modernes, et, se trouvant en compagnie de ces bons croyants , a voulu déconcerter leur superstition ; il a couché en joue le lièvre-fée ou le lièvre-sorcier , et l’a étendu par terre. Les deux gardes étaient stupéfaits , ils n’osaient loucher l’animal. Ce bravo Gaspard était couvert de nobles blessures : ses oreilles étaient percées comme une écumoire ; sa peau à moitié pelée, ses pattes raccommodées par les chirurgiens des lièvres montraient que, plus d’une fois, il avait vu de près l’ennemi. Lorsque , deux ou trois jours après , on apprit à ces gens que le lièvre n’avait pu être mangé, tant il était dur, ils triomphèrent , en répétant partout; « Nous le savions bien, le lièvre était sorcier (IL »

(I) Jom nnl drt Chnêsrurti .

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