MIRACLES DE TOUR-HASSAN-VÉLI
Djoba1 — le Berger (1) — vinrent s'établir sur les terres fertiles qui leur avaient été concédées dans le voisinage du mont Argée par le roi d’Iconium, Ala-Eddyn.
Cheikh-Tour-Hassan-Véli occupa le sommet de la montage Téqué-Dag — Montagne au Couvent — où se trouve maintenant son tombeau (2). Cheikh-Djoban s'établit en un endroit qui a gardé son nom — la localité de Cheïkh-Djoban — au versant ouest du mont Argée.
Ces deux personnages se sont rendus célèbres par de nombreux miracles dont voici les principaux :
Mourad, sultan de Stamboul — Constantinople — était en guerre contre le khalife de Bagdad. Ayant rassemblé une nombreuse armée, il dirigea une expédition contre la capitale de l'Asie Mineure.
Mourad passa avec son armée dans la plaine qui séparait les fiefs respectifs de Cheïkh-Tour- Hassan-Véli et de Cheikh-Djoban. Les deux
(1) Cheikh-Djoban — le Berger — parce qu’il fut, assure-t-on, un éleveur renommé de bétail de toute espèce.
(2) Elle est située au sud-ouest du mont Argée et séparée de la montagne par une plaine étendue.
chefs descendirent de la montagne et offrirent lhospitalité au Sultan, à sa suite et à son armée.
En voyant venir les deux vénérables vieillards, Sultan-Mourad descendit de sa monture pour leur témoigner son respect. Puis il marcha quelque temps à côté des cheikhs, en leur demandant des renseignements sur la contrée voisine.
L'armée s’impatientait.
« Allez! commanda Sultan-Mourad, maïs doucement ! »
À partir de ce moment, la plaine où passait l’armée turque fut nommée Yavache-Ovassi, c’est-à-dire la Plaine doucement.
Sultan-Mourad se demandait où les cheïkhs prendraient assez de vivres pour le nourrir, lui et son armée ; aussi n’osait-il accepter l'invitation. Mais les deux vieillards insistèrent si fort qu'il finit par se rendre à leur demande.
Cheïkh-Tour-Hassan-Véli ne possédait qu’un peu de blé concassé, à peine de quoi nourrir une personne ; quant à Cheïkh-Djoban, il était un peu plus riche : il avait un petit morceau de beurre et une corbeille d'orge !
Les deux vieillards réunirent leurs provisions et apprètèrent un pilau qui rassasia le roi et son armée ; l’orge de Cheïkh-Djoban nourrit la cavalerie du Sultan.